Français en classe
Tle · Théâtre

Musset, Lorenzaccio

Le drame romantique et ses mises en scène

4 textes2 à retenir8 fiches d'activité
Créé en 2012-2013
Portrait de Alfred de MussetAlfred de Musset
Portrait de George SandGeorge Sand
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 4 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Lorenzaccio : le drame romantique et ses mises en scène

Cette séquence de Terminale littéraire accompagne l'étude d'une œuvre du programme limitatif des années 2012-2014 : Lorenzaccio, drame en cinq actes publié par Alfred de Musset en 1834. Elle suit le parcours du texte, de ses sources (une chronique florentine, une nouvelle de la Renaissance, une scène historique de George Sand) à sa publication en volume, puis à sa lente conquête de la scène, de Sarah Bernhardt en 1896 aux mises en scène les plus récentes. Elle s'organise en quatre étapes : autour de Musset et des romantiques ; autour des contextes historiques ; autour des sources ; autour de la réception et des mises en scène. Des exposés d'élèves jalonnent le parcours.

Fiche enseignant
Intitulé
Lorenzaccio de Musset : le drame romantique et ses mises en scène
Programme
Terminale L, programme limitatif 2012-2014 (Bulletin officiel du 15 mars 2012), domaine « Lire-écrire-publier »
Œuvre intégrale
Alfred de Musset, Lorenzaccio (1834), lecture cursive puis études d'extraits
Durée
Seize semaines, quatre étapes de trois ou quatre séances, exposés d'élèves
Fil rouge
Comment le sens d'une pièce écrite pour être lue se déplace-t-il au fil de ses publications et de ses représentations ?

Si Lorenzaccio présente par ses sources une riche intertextualité, il s'agit surtout d'étudier l'œuvre en mettant l'accent sur la réception (« écrire-publier »). […] L'enjeu n'est pas une connaissance exhaustive de toutes les représentations ou interprétations, mais une compréhension, par l'étude d'une œuvre, des inflexions sémantiques et de leurs richesses suivant le support matériel de la publication, l'horizon de la réception et ses contextes.

Bulletin officiel du 15 mars 2012, programme limitatif de Terminale L, extrait

Le parcours

ÉtapeSéancesSupportsNotions
1. Autour de Musset, les romantiques, l'enfant du siècleLe nom de Lorenzaccio, le vrai Lorenzo et la création de Musset ; Musset et les romantiques (exposés) ; un héros, un antihéros ?Acte I, scène 4 ; biographie ; groupement sur le hérosHéros, antihéros, héros problématique
Lecture cursiveActivité de repérage, acte par acte (24 janvier 2013, 2 h 30, livre autorisé) : voir la section « Évaluations »L'œuvre intégrale ; synopsisStructure, intrigues
2. Les contextes historiquesFlorence en 1536, Paris en 1830-1834 ; les personnages et le pouvoir ; le drame historique et la Préface de Cromwell ; la censureActe III, scène 3 ; Hugo, Préface de Cromwell (1827)Tyrannicide, drame romantique, unités
3. Les sources, la genèseVarchi, Marguerite de Navarre, George Sand ; le drame shakespearien ; Sarah Bernhardt crée le rôleActe IV, scène 11 et ses sourcesRéécriture, dramatisation
4. Réception et mises en scèneUn théâtre dans un fauteuil ; lieux, costumes, accessoires ; les mises en scène de 1896 à 2013 ; écrire une critiqueTableaux des mises en scène ; captationsMise en scène, rôle travesti, version scénique

Les extraits étudiés

TexteExtraitEnjeu
Texte 1Acte I, scène 4 : Lorenzo s'évanouit à la vue d'une épéeLe masque de la lâcheté ; le couple du duc et de son favori
Texte 2Acte III, scène 3 : « Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? »Le meurtre comme dernier reste de vertu
Texte 3Hugo, Préface de Cromwell (1827), deux extraitsContre les unités ; le sublime et le grotesque
Texte 4Les sources du meurtre : Varchi, Marguerite de Navarre (1559), George Sand (1833)Chronique, nouvelle, scène historique
Texte 5Acte IV, scène 11 : le meurtre du ducDe la chronique au drame : une nuit de noces sanglante
2Étape 1 · Séances 1 et 2

Lorenzo, Lorenzino, Lorenzaccio

Le nom, le vrai Lorenzo et la création de Musset

Un nom, plusieurs masques

Le personnage historique, Lorenzo de Médicis (1514-1548), cousin du duc Alexandre, est surnommé Lorenzino parce qu'il est « délicat et maigre de corps » ; le duc l'appelle « le Philosophe », et ceux qui le connaissent mieux « Lorenzaccio ». Le suffixe péjoratif -accio fait du prénom une insulte : quelque chose comme « le mauvais Lorenzo ». Musset multiplie ces noms dans la pièce : Renzo dans la bouche du duc et de sa mère, Lorenzetta quand le duc se moque de sa lâcheté, mignon dans l'intimité de la débauche. Chaque nom est un masque, et le héros lui-même ne sait plus lequel est son visage.

Texte 1 · Acte I, scène 4 · « Chère Lorenzetta »
Portrait de Alfred de Musset
Alfred de Musset1810 – 1857

▶ Écouter toute la pièce Lorenzaccio (Littérature audio)

Au palais ducal. Sire Maurice, que Lorenzo vient de railler, tire son épée. Le duc veut que son cousin se batte.

Le Duc
Eh bien ! ta gaieté s'évanouit si vite ? Tu trembles, cousin ? Fi donc ! tu fais honte au nom des Médicis, je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux que toi, qui es légitime ? Une épée, une épée ! un Médicis ne se laisse point provoquer ainsi. Pages, montez ici ; toute la cour le verra, et je voudrais que Florence entière y fût.

Lorenzo
Son Altesse se rit de moi.

Le Duc
J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte. Une épée !

Il prend l'épée d'un page et la présente à Lorenzo.

Valori
Monseigneur, c'est pousser trop loin les choses. Une épée tirée en présence de votre Altesse est un crime punissable dans l'intérieur du palais.

Le Duc
Qui parle ici, quand je parle ?

Valori
Votre Altesse ne peut avoir eu autre dessein que celui de s'égayer un instant, et sire Maurice lui-même n'a point agi dans une autre pensée.

Le Duc
Et vous ne voyez pas que je plaisante encore ! Qui diable pense ici à une affaire sérieuse ? Regardez Renzo, je vous en prie ; ses genoux tremblent ; il serait devenu pâle, s'il pouvait le devenir. Quelle contenance, juste Dieu ! je crois qu'il va tomber.

Lorenzo chancelle ; il s'appuie sur la balustrade et glisse à terre tout d'un coup.

Le Duc riant aux éclats
Quand je vous le disais ! personne ne le sait mieux que moi ; la seule vue d'une épée le fait trouver mal. Allons ! chère Lorenzetta, fais-toi emporter chez ta mère.

Les pages relèvent Lorenzo.

Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte I, scène 4 (1834 ; texte de 1853)

Dessin : un homme massif et barbu se penche vers un jeune homme pâle qui tient une épée
Charles Martin, illustration de Lorenzaccio pour les Œuvres complètes illustrées d'Alfred de Musset, 1928 ✱Le duc et Lorenzo, une épée entre eux : devant l'arme, Lorenzo joue le lâche qui s'évanouit.Domaine public · Wikimedia Commons
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3Étape 1 · Séances 3 et 4

L'enfant du siècle et son héros

Musset, les romantiques et l'ambiguïté du héros

Les séances 3 et 4 reposent sur des exposés d'élèves (« Biographie de Musset », « Les écrivains romantiques ») puis sur un groupement de personnages de théâtre. On cherche les points communs entre Lorenzo et son auteur, puis entre Lorenzo et les héros romantiques, avant de poser la question qui traverse toute la séquence : Lorenzo est-il un héros, un antihéros, un héros absurde ?

Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux.

Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, I, 2 (1836)

Un héros, un antihéros ?✱

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4Lecture cursive · Repères

La pièce scène par scène

Synopsis de Lorenzaccio

Acte I

Sc.Lieu et momentCe qui se passe
1Un jardin, minuit, 29 décembre 1535Aidé de Giomo, le duc enlève, sous les yeux de son frère, une jeune fille que Lorenzo lui a achetée.
2Une rue, au point du jourMarchands et bourgeois commentent la politique de la ville. Le duc et Lorenzo sortent d'un bal déguisés en religieuses ; Julien Salviati insulte Louise Strozzi.
3Palais Cibo, avant midiLe marquis part pour la campagne ; la marquise s'indigne devant le cardinal Cibo des frasques du duc ; le cardinal intercepte une lettre d'amour du duc à la marquise.
4Palais ducal, avant midiLe cardinal Valori rapporte l'irritation du pape. Provoqué en duel par sire Maurice, Lorenzo s'évanouit à la vue de l'épée ; le cardinal Cibo trouve la chose suspecte.
5Devant l'église San MiniatoScène de foule ; Salviati se vante d'une promesse que lui aurait faite Louise Strozzi.
6Le soir, au bord de l'ArnoMarie Soderini confie à Catherine Ginori sa douleur devant la débauche de son fils ; les bannis quittent Florence en la maudissant.

Acte II

Sc.Lieu et momentCe qui se passe
1Chez les Strozzi, le soirPhilippe déplore la corruption de Florence ; ses fils Pierre et Thomas apprennent l'insulte faite à Louise et décident de la venger.
2Le portail d'une église, 2 janvier 1536Lorenzo raille la pureté du peintre Tebaldeo Freccia et lui commande « un tableau d'importance » pour le jour de ses noces.
3Palais Cibo, l'après-midiLe cardinal confesse la marquise et tente de lui soutirer des confidences sur le duc ; elle devine ses calculs.
4Palais Soderini, 3 janvier, le soirMarie raconte son rêve ; Bindo et Venturi accablent Lorenzo, puis acceptent les faveurs du duc. Le duc demande à Lorenzo un rendez-vous avec Catherine.
5Palais Strozzi, le soirPierre annonce qu'il vient de frapper Julien Salviati et refuse de se cacher.
6Palais ducal, le soirTebaldeo peint le duc, qui a ôté sa cotte de mailles ; la cotte disparaît. Giomo soupçonne Lorenzo.
7Devant le palais ducalSalviati, couvert de sang, crie vengeance ; le duc fait arrêter les Strozzi.

Acte III

Sc.Lieu et momentCe qui se passe
1Chambre de Lorenzo, 4 janvier, au matinLorenzo s'exerce aux armes avec Scoronconcolo et fait du bruit pour habituer les voisins au tapage.
2Palais Strozzi, le matinPierre veut en finir avec les Médicis et entraîne son père au souper des conjurés chez les Pazzi.
3Une rue, le matinLes fils Strozzi sont arrêtés. Lorenzo révèle à Philippe son projet de tuer le duc, sans illusion sur sa portée politique.
4Palais SoderiniCatherine lit à Marie la lettre d'amour d'Alexandre ; Marie sent sa mort prochaine.
5Palais Cibo, midiLa marquise décide de devenir la maîtresse du duc pour agir sur lui.
6Boudoir de la marquiseElle presse le duc de libérer Florence ; il s'ennuie ; elle mesure qu'elle a trahi son mari pour rien.
7Palais Strozzi, le soirAu souper des quarante Strozzi, Louise meurt empoisonnée ; Philippe renonce et quitte Florence.

Acte IV

Sc.Lieu et momentCe qui se passe
1Palais ducal, 5 janvier, le matinLorenzo fixe au duc le rendez-vous avec Catherine, le soir même, chez lui.
2Une rueLibérés, les fils Strozzi apprennent la mort de leur sœur et le départ de leur père ; Pierre jure de se venger.
3Une rueSeul, Lorenzo s'interroge sur le meurtre qu'il prépare : « De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? »
4Palais CiboLe cardinal fait chanter la marquise ; elle avoue tout à son mari.
5Chambre de LorenzoCatherine annonce la maladie de Marie ; seul, Lorenzo mesure qu'il a failli la corrompre.
6Une valléePhilippe refuse de prendre les armes contre sa patrie avec les conjurés soutenus par François Ier.
7Au bord de l'Arno, le soirLorenzo annonce aux républicains qu'il va tuer le duc ; personne ne le croit.
8Une plaine, le soirSans Philippe, les bannis refusent de suivre Pierre.
9Une place, la nuitDans une exaltation proche du délire, Lorenzo se prépare : c'est le monologue des « noces ».
10Palais ducal, avant minuitMalgré les avertissements, le duc suit Lorenzo.
11Chambre de Lorenzo, 6 janvier, après minuitLe duc s'est couché ; Lorenzo le tue. Scoronconcolo découvre l'identité de la victime.

Acte V

Sc.Lieu et momentCe qui se passe
1Palais ducal, le matinLes Huit cherchent un successeur ; le cardinal Cibo impose Côme de Médicis.
2Venise, chez PhilippeLorenzo annonce le meurtre ; Philippe croit à la république, Lorenzo non. Sa tête est mise à prix.
3Une rue de FlorenceOn raille au passage les époux Cibo réconciliés.
4Une aubergePierre Strozzi reçoit le soutien du roi de France.
5Une place, 7 janvier, au matinLe marchand et l'orfèvre commentent l'élection de Côme ; les enfants Salviati et Strozzi rejouent les querelles de leurs pères.
6Une rueSoldats contre étudiants : un étudiant meurt.
7Venise, cabinet de PhilippeLorenzo apprend la mort de sa mère ; il sort et il est tué ; la foule jette son corps dans la lagune.
8Florence, la grande placeLe peuple acclame Côme, qui prête serment au cardinal Cibo, au nom du pape et de Charles Quint.
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5Étape 2 · Séances 1 et 2

Florence 1536, Paris 1834

La question du pouvoir et du tyrannicide

Un jeune homme en armure assis tient un bâton de commandement ; au fond, la ville de Florence et son dôme
Giorgio Vasari, Portrait d'Alexandre de Médicis, duc de Florence, huile sur bois, vers 1534 ✱Le vrai duc Alexandre, en armure devant Florence, deux ans avant d'être tué par son cousin Lorenzo.Domaine public · Wikimedia Commons

Musset a réécrit la chronique de Varchi et la scène historique de George Sand pour parler de la France de son temps et à elle. La deuxième étape met en regard deux époques : la Florence des Médicis, revenus au pouvoir grâce à l'empereur et au pape, et la France de 1830-1834, où la révolution de Juillet a été confisquée au profit d'une nouvelle monarchie. La séance 1 s'appuie sur l'exposé « Les événements historiques au début du XIXe siècle » ; la séance 2 étudie la fonction des personnages par rapport à la question du pouvoir.

Deux époques en miroir

Florence, 1536France, 1830-1834
La situation politiqueChassés de Florence, les Médicis y reviennent grâce à Charles Quint et à deux papes de leur famille. En 1530, l'empereur fait de son gendre Alexandre le duc héréditaire de la ville : « le pape et l'empereur sont accouchés d'un bâtard » (I, 2). Après le meurtre, le cardinal Cibo impose Côme, de la branche cadette (V, 1 ; V, 8).Les Bourbons reviennent en 1814, soutenus par les monarchies européennes et l'Église. Les ordonnances de Charles X provoquent la révolution de Juillet ; mais les libéraux appellent au trône Louis-Philippe, de la branche cadette : la république espérée est confisquée.
L'ÉgliseAlliance du trône et de l'autel : le cardinal Valori, émissaire officiel du pape (I, 4) ; le cardinal Cibo, « l'anneau invisible » qui attache le duc à Rome et à César (II, 3).Le cardinal Cibo rassemble les traits du prêtre intrigant (Richelieu, Mazarin) et du jésuite, cible de l'anticléricalisme des années 1830 : direction de conscience, lettres interceptées, chantage à la confession (IV, 4).
L'opposition républicaineLes grandes familles (Strozzi, Pazzi, Rucellai) veulent le retour de leurs privilèges ; elles parlent beaucoup et n'agissent pas : « on a braillé, on a bu du vin sucré et cassé des carreaux » (V, 5). Philippe incarne une vertu éloquente et impuissante.Sociétés secrètes, banquets patriotiques, barbe des républicains (II, 4) : autant d'allusions à l'opposition de 1830-1834, et aux libéraux ralliés par peur du désordre.
Le peupleL'orfèvre s'indigne, le marchand s'accommode d'une cour qui fait vivre le commerce de luxe (I, 2 ; I, 5). Les étudiants sont massacrés (V, 6) : « Pauvre peuple, quel badaud on fait de toi ! » (V, 1).La monarchie bourgeoise enrichit les possédants ; les émeutes ouvrières (Lyon, 1831 et 1834) et le massacre de la rue Transnonain (1834) sont réprimés dans le sang. La jeunesse se sent sans avenir (I, 5).
L'artisteLes artistes dépendent des commandes de l'Église et des princes ; le duc « protège les arts » (I, 4). Tebaldeo croit à la pureté de l'art, mais accepte de peindre le duc (II, 2 ; II, 6).Musset interroge l'idéal romantique de l'artiste pur et indépendant dans une société marchande, où « l'art est un métier ».

Les personnages et le pouvoir

PersonnageSa place face au pouvoir
Le duc AlexandreLe tyran débauché, brutal, installé par une puissance étrangère ; il gouverne par la peur et le plaisir, et s'ennuie de la politique (III, 6).
Le cardinal CiboLe vrai maître du jeu, qui tire les fils dans l'ombre au service de Rome et de l'empereur ; c'est lui qui fait élire Côme.
Philippe StrozziLe républicain vertueux, le « faiseur de sentences » : il rêve de liberté antique mais renonce à agir après la mort de Louise (III, 7 ; IV, 6).
Pierre StrozziL'action brutale et l'ambition personnelle : il se vengera avec l'appui de la France (V, 4).
La marquise CiboUne femme qui croit pouvoir libérer Florence en devenant la maîtresse du duc : un réformisme rêvé, et l'échec (III, 6).
Marie, Catherine, LouiseLes femmes victimes : la mère qui meurt de douleur, la tante convoitée, la jeune fille insultée puis empoisonnée.
FlorenceUn personnage collectif : la ville que les bannis maudissent en la quittant (I, 6), et dont le peuple des scènes de rue fait une présence constante.
Texte 2 · Acte III, scène 3 · « Pourquoi je tue Alexandre »
Portrait de Alfred de Musset
Alfred de Musset1810 – 1857

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Une rue. Les fils Strozzi viennent d'être arrêtés. Lorenzo a révélé à Philippe son projet ; le vieillard lui demande pourquoi il veut tuer le duc s'il ne croit pas aux républicains.

Lorenzo
Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine), il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? […]

[Lorenzo avoue qu'il aime désormais « le vin, le jeu et les filles » ; il veut que le monde sache enfin qui il est, et qui il est lui-même, et se dit las d'être conspué par les républicains.]

Lorenzo
[…] Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Érostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre ; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.

Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte III, scène 3 (1834), début et fin de la tirade

Dessin : un jeune homme en pourpoint et cape sombre, un poignard au côté, se cache le visage
Charles Martin, illustration de Lorenzaccio pour les Œuvres complètes illustrées d'Alfred de Musset, 1928 ✱Lorenzo seul, le poignard à la ceinture : le meurtre d'Alexandre est le but de sa vie.Domaine public · Wikimedia Commons
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6Étape 2 · Séances 3 et 4

Le drame contre les unités

Hugo, Préface de Cromwell (1827) ; la censure et le pouvoir

La séance 3 replace Lorenzaccio dans l'histoire du drame historique et romantique, à partir de deux extraits de la Préface de Cromwell, le manifeste de Victor Hugo. La séance 4 pose la question des rapports entre création artistique et pouvoir, à travers la censure et le personnage du peintre Tebaldeo.

L'unité de temps n'est pas plus solide que l'unité de lieu. L'action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu'encadrée dans le vestibule. Toute action a sa durée propre comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à tous les événements ! appliquer la même mesure sur tout ! On rirait d'un cordonnier qui voudrait mettre le même soulier à tous les pieds. […] ce qui était vivant dans la chronique est mort dans la tragédie. Voilà pourquoi, bien souvent, la cage des unités ne renferme qu'un squelette.

Texte 3 a · Victor Hugo, Préface de Cromwell (1827), extrait 1 : les trois unités

Il ne peut pas plus y avoir trois unités dans le drame que trois horizons dans un tableau. Du reste, gardons-nous de confondre l'unité avec la simplicité d'action. L'unité d'ensemble ne répudie en aucune façon les actions secondaires sur lesquelles doit s'appuyer l'action principale. […] L'unité d'ensemble est la loi de perspective du théâtre.

Victor Hugo, Préface de Cromwell, extrait 1 (suite)

[La muse moderne] sentira que tout dans la création n'est pas humainement beau, que le laid y existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime, le mal avec le bien, l'ombre avec la lumière. […] Elle se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d'autres termes, le corps à l'âme, la bête à l'esprit.

Texte 3 b · Victor Hugo, Préface de Cromwell (1827), extrait 2 : le sublime et le grotesque

La censure, l'art et le pouvoir

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7Étape 3 · Séance 1

Le meurtre d'Alexandre

De la chronique de Varchi au drame de Musset

Le meurtre du duc Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzo, dans la nuit de l'Épiphanie 1537, a été raconté avant Musset par un chroniqueur, par une conteuse et par une romancière. Comparer ces quatre versions permet de mesurer ce que Musset garde, ce qu'il supprime et ce qu'il invente : de la chronique au drame, l'intérêt se déplace du meurtre vers le meurtrier.

Texte 4 · Les trois sources

Benedetto Varchi, Chroniques florentines, livre XV (XVIe siècle, publiées en 1723)

L'historien dit tenir son récit de la bouche même de Lorenzo et de Scoronconcolo. Il raconte la jeunesse de Lorenzo, sa feinte lâcheté, puis le meurtre avec une précision presque médicale : le premier coup de dague traverse les reins et le diaphragme ; Scoronconcolo fend la joue du duc ; le duc mord le pouce de Lorenzo et ne le lâche plus ; il faut l'égorger. Après la mort, les meurtriers frappent encore, « tant de sang que la chambre en devint comme un lac » (traduction ancienne). C'est Varchi qui fournit à Musset le mot de Lorenzo au duc endormi, « Seigneur, dormez-vous ? », et la réponse « Seigneur, n'en doutez pas ».

Marguerite de Navarre, L'Heptaméron (1559), douzième nouvelle

La reine de Navarre ne nomme pas les personnages : un duc de Florence demande à un gentilhomme, qu'il aime « comme luy-mesme », de lui livrer sa sœur ; le gentilhomme feint d'accepter et le tue dans son lit. La narratrice prend parti pour le meurtrier, qui délivre « sa patrie d'un tel tyran », mais elle prête au duc une défense courageuse :

[…] lequel, denué d'armes et non de cueur, se mest en son seant, dedans le lict, et print le gentil homme à travers le corps, en luy disant : « Est-ce cy la promesse que vous me tenez ? » Et, voiant qu'il n'avoit autres armes que les dentz et les ongles, mordit le gentil homme au poulce, et à force de bras se defendit, tant que tous deux tomberent en la ruelle du lict.

Marguerite de Navarre, L'Heptaméron, deuxième journée, douzième nouvelle (1559), orthographe non modernisée

George Sand, Une conspiration en 1537 (1833), scène VI

George Sand transforme la chronique en « scène historique » dialoguée, qu'elle confie à Musset. Elle garde les détails sanglants de Varchi et les dramatise par le dialogue et les didascalies.

Texte 4 · George Sand, scène VI · « C'est de joie »
Portrait de George Sand
George Sand1804 – 1876

La chambre de Lorenzo. Le duc s'est jeté sur le lit. Lorenzo et Scoronconcolo sont à l'entrée de la chambre.

Lorenzo
Le cœur me bondit avec tant de violence que je ne puis marcher.

Scoronconcolo
Si c'est de peur, laisse-moi passer le premier.

Lorenzo l'arrêtant
Eh ! non ! C'est de joie. (Il marche l'épée à la main vers le lit et entr'ouvre le rideau.) Seigneur, dormez-vous ? (Il lui passe son épée au travers du corps.) C'est fait.

Le Duc roule par terre en rugissant. Scoronconcolo lui enlève une joue d'un coup de dague. Le Duc ensanglanté se relève et court dans la chambre avec égarement.

Lorenzo
Maladroit, tu frappes au visage ! C'est au cœur ! au cœur ! (Au Duc.) Holà, seigneur, point tant de bruit ! Acceptez ce bâillon ! (Il lui met les doigts dans la bouche.)

Scoronconcolo
Le damné bondit comme une panthère. Où es-tu donc, maître ? Je n'y vois plus.

Lorenzo
Je le tiens, là, sous moi ! (Il jette le Duc sur le lit.) Maudit ! Tu mords comme un chien enragé. Mais c'est égal ! Tu mourras de la main de Lorenzaccio.

Scoronconcolo
Ôte-toi de là, maître, que je le frappe !

Lorenzo
Je ne puis. Ce chien furieux tient mon pouce entre ses dents. Il me le broie. Ah ! le cœur me manque. Je souffre ! Dépêche-toi de le tuer !

[Scoronconcolo éventre le matelas, puis égorge le duc au couteau. Le foyer se rallume et éclaire la chambre.]

Scoronconcolo
Entrailles du Christ ! C'est le Duc lui-même !

Lorenzo
Oui, c'est lui, c'est bien lui ! Ô joie du ciel ! Le voir ainsi !

George Sand, Une conspiration en 1537, scène VI (1833), extrait

La scène se termine sur un moment d'extase : Lorenzo, assis à la fenêtre, savoure la nuit « fraîche et parfumée » et s'écrie : « Lorenzaccio n'est plus ! Lève-toi, Laurent de Médicis ! »

Texte 5 · Acte IV, scène 11

Texte 5 · Acte IV, scène 11 · « Inestimable diamant »
Portrait de Alfred de Musset
Alfred de Musset1810 – 1857

▶ Écouter toute la pièce Lorenzaccio (Littérature audio)

La chambre de Lorenzo. Entrent le duc et Lorenzo.

Le Duc
Je suis transi, — il fait vraiment froid. (Il ôte son épée.) Eh bien, mignon, qu'est-ce que tu fais donc ?

Lorenzo
Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d'avoir toujours une arme sous la main. (Il entortille le baudrier de manière à empêcher l'épée de sortir du fourreau.)

[Le duc annonce qu'il va se mettre au lit pour éviter les conversations ; Lorenzo sort chercher sa tante. Seul, le duc décide de faire semblant de dormir. Il se couche. Lorenzo rentre, l'épée à la main.]

Lorenzo
Dormez-vous, seigneur ? (Il le frappe.)

Le Duc
C'est toi, Renzo ?

Lorenzo
Seigneur, n'en doutez pas. (Il le frappe de nouveau. Entre Scoronconcolo.)

Scoronconcolo
Est-ce fait ?

Lorenzo
Regarde, il m'a mordu au doigt. Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.

Scoronconcolo
Ah ! mon Dieu ! c'est le duc de Florence !

Lorenzo s'asseyant sur le bord de la fenêtre
Que la nuit est belle ! Que l'air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !

Scoronconcolo
Viens, maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.

Lorenzo
Que le vent du soir est doux et embaumé ! Comme les fleurs des prairies s'entr'ouvrent ! Ô nature magnifique, ô éternel repos !

Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 11 (1834), extrait

Dessin : un homme est allongé sur un lit tandis qu'un jeune homme en cape se tient debout près du rideau
Charles Martin, illustration de Lorenzaccio pour les Œuvres complètes illustrées d'Alfred de Musset, 1928 ✱Dans la chambre, le duc attend sur le lit ; Lorenzo, debout, va passer à l'acte.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étaperéécritureVoir dans le Lexique →
8Étape 3 · Séances 2 et 3

L'Hamlet florentin

Le drame shakespearien ; Sarah Bernhardt crée le rôle (1896)

Affiche Art nouveau en hauteur : un jeune homme en habit sombre, pensif, sous un dragon et le titre Lorenzaccio
Alfons Mucha, affiche de Lorenzaccio avec Sarah Bernhardt, Théâtre de la Renaissance, lithographie, 1896 ✱L'affiche de la création de 1896 : Sarah Bernhardt joue Lorenzo, soixante-deux ans après la publication.Domaine public · Wikimedia Commons

Les romantiques ont fait de Shakespeare leur modèle contre la tragédie classique. La séance 2 rapproche Lorenzaccio de deux de ses pièces, Hamlet et Jules César, à l'aide d'extraits et, si possible, d'une captation de Hamlet. La séance 3 montre comment la pièce entre enfin au théâtre, soixante-deux ans après sa publication, grâce à une actrice.

Sarah Bernhardt crée le rôle

Le 3 décembre 1896, au théâtre de la Renaissance, Sarah Bernhardt, âgée de cinquante-deux ans, crée le rôle de Lorenzo dans une version scénique d'Armand d'Artois. Le texte est condensé en cinq actes, les scènes regroupées, tout l'acte V supprimé : la pièce s'achève sur le meurtre. Quatre décors réalistes reconstituent la Florence de la Renaissance ; les costumes, noirs et blancs, sont signés Mucha. Le spectacle est repris en 1897, puis en 1912.

Carte mentale de l'étapedrameVoir dans le Lexique →
9Étape 4 · Séances 1 à 3

Du fauteuil à la scène

Lire, jouer et mettre en scène Lorenzaccio, de 1834 à 2013

Une actrice aux cheveux courts, en costume de jeune seigneur de la Renaissance, assise entre deux colonnes
Sarah Bernhardt dans Lorenzaccio, composition (mention sur le document : Albert Besnard ; Commons : Alphonse Mucha), années 1890 ✱Sarah Bernhardt en Lorenzo : la première fois que la pièce passe du livre à la scène.Domaine public · Wikimedia Commons

La dernière étape est au cœur du domaine « Lire-écrire-publier » : comment le sens d'une pièce se transforme-t-il selon qu'on la lit dans un volume ou qu'on la voit sur une scène, en 1896, en 1952, en 1969 ou en 2013 ? On part du choix de Musset, on étudie les éléments concrets de la représentation, puis on compare les mises en scène.

Séance 1 · Un spectacle dans un fauteuil✱

✱Après l'échec de 1830, Musset publie ses pièces en volume : Lorenzaccio paraît en 1834. Écrit pour un lecteur, libre des contraintes de la scène, le drame multiplie scènes, personnages et lieux.

Séance 3 · Les mises en scène, de 1896 à 2013

Le tableau suivant reprend le relevé des principales mises en scène établi pour la classe. Chaque metteur en scène taille dans le texte, choisit un décor, des costumes, un acteur ou une actrice, et par là une lecture de la pièce : tantôt drame individuel d'un héros romantique, tantôt drame politique d'une ville.

Mise en scèneLorenzoTexte et espaceLecture
Armand d'Artois, 1896Sarah BernhardtCinq actes, acte V supprimé ; quatre décors réalistes ; costumes de MuchaLe destin individuel du héros
Émile Fabre, Comédie-Française, 1927Marie-Thérèse Piérat24 tableaux, actes IV et V élagués ; toiles peintesPas de dimension collective
Gaston Baty, 1945Marguerite Jamois22 tableaux ; décor abstrait, tentures noires, immense escalierDépolitisation malgré la Libération : un « Hamlet français »
Jean Vilar, Avignon, 1952 (TNP)Gérard Philipe32 tableaux, acte V respecté ; cour du palais des Papes, deux estrades ; costumes de Léon GischiaLa dimension politique (Florence) et la dimension romantique du héros
Guy Rétoré, 1969Gérard DesartheCoupures aux actes IV et V ; barres métalliques mobilesLecture politique après Mai 68 ; un héros absurde
Otomar Krejča, 1969 puis 1979Jan Tříska, puis Philippe CaubèreParavents-miroirs et cubes mobiles de Josef SvobodaLecture politique implicite après le Printemps de Prague
Franco Zeffirelli, Comédie-Française, 1976Claude Rich, puis Francis HusterDécor baroque et somptueux ; scènes de foule respectéesL'homosexualité des protagonistes
Daniel Mesguich, 1986Redjep Mitrovitsa« J'ai coupé la moitié de la pièce » ; place publique uniqueUn héros homosexuel et absurde
Georges Lavaudant, 1989Redjep MitrovitsaToutes les scènes de peuple supprimées ; bras de statue en bronzeUn fait divers « pasolinien »
Francis Huster, 1989Francis HusterRue en ruines, arbres morts ; costumes XIXe siècleTransposition à l'époque romantique
Jean-Pierre Vincent, Avignon, 2000Jérôme KircherSol de marbre, ciel d'éruption, escalier ; costumes XIXe siècleLorenzo « ange et pourriture »
Yves Beaunesne, 2009Mathieu GenetDix comédiens et des marionnettes ; costumes de la Russie du XIXe siècleLecture politique et poétique
Michel Belletante, 2013Thomas Di GenovaDeux heures, emprunts à George Sand ; pas de décor, rock en directLe film noir : des « gangs » au lieu des familles
Carte mentale de l'étapemise en scèneVoir dans le Lexique →
10Évaluations

Lire, comprendre, critiquer

Activité de repérage (24 janvier 2013) ; écrire une critique de théâtre

Deux évaluations jalonnent la séquence. La première, après la lecture cursive, vérifie la connaissance de l'œuvre intégrale : elle dure deux heures trente, le livre est autorisé. La seconde, en fin de parcours (étape 4, séance 4), est une écriture d'invention : devenir critique de théâtre.

Évaluation 1 · Activité de repérage, acte par acte

Évaluation 2 · Écriture d'invention : être critique de théâtre✱

✱Sources : dossier « Lorenzaccio » de Terminale L (Microlycée 93, 2012-2013) : progression de parcours ; tableau des analogies entre les contextes historiques ; Préface de Cromwell ; activité de repérage (24 janvier 2013) ; synopsis, textes et cours sur le meurtre d'Alexandre ; tableau des mises en scène ; captation vidéo. Textes de Musset, Hugo, Sand et Marguerite de Navarre (domaine public) ; Varchi résumé. Extraits de Lorenzaccio à collationner sur une édition de référence. Ajoutés pour le manuel : une partie des questions, la notice sur Musset, le sujet d'invention.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱personnagenom masculin
Synonymes

rôleprotagonistefigurecaractère

Antonymes

auteurspectateur

Dérivés

personnen. f.personneladj.personnellementadv.personnalitén. f.personnifierv.personnificationn. f.

Champ lexical

rôleacteurcaractèrenomportraitréplique

Étymologie
  • persona latin : masque de théâtre, puis rôle, personne
  • personne ancien français, d'où « personnage »
  • personnifier mot de la même famille
Expressions
  • la liste des personnages : en tête de la pièce
  • un personnage principal : qui joue un rôle central
  • un personnage secondaire : qui joue un rôle moindre
  • un drôle de personnage : une personne étrange
Références culturelles
  • Molière, L'Avare, 1668Harpagon est devenu un type : son nom sert à désigner un avare.
  • Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834Lorenzo est un personnage complexe et ambigu, à la fois débauché et héros.
  • Luigi Pirandello, Six personnages en quête d'auteur, 1921Six personnages abandonnés par leur auteur viennent réclamer qu'on joue leur drame.
  • Reginald Rose, Douze hommes en colère, 1954Les jurés, désignés par un simple numéro, se caractérisent par leurs paroles et leurs réactions.
Carte mentale ✱romantismenom masculin
Synonymes

mouvement romantiquesensibilité romantiquelyrisme

Antonymes

classicismerationalisme

Dérivés

romantiqueadj.romantiquementadv.préromantismen. m.romann. m.romanesqueadj.romancen. f.

Champ lexical

mélancolienaturelyrismeexilfuite du tempssentiment

Étymologie
  • romanz ancien français : langue romane, puis récit en cette langue (le « roman »)
  • romantic anglais (XVIIe siècle) : qui évoque les romans, pittoresque
  • romantique employé par Rousseau (Rêveries, 1782), puis nom d'un mouvement
Expressions
  • le mal du siècle : mélancolie de la jeunesse romantique
  • « Ô temps ! suspends ton vol » : vers célèbre du « Lac », Lamartine
  • la bataille d'Hernani : querelle autour du drame de Hugo, 1830
Références culturelles
  • Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, 1820Recueil qui ouvre le romantisme poétique français.
  • Victor Hugo, préface de Cromwell, 1827Manifeste du drame romantique : mélange du grotesque et du sublime, refus des unités.
  • Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, 1836Musset y décrit le « mal du siècle » de la jeunesse romantique.
  • Victor Hugo, Les Contemplations, 1856Sommet du lyrisme romantique : souvenir, nature, deuil et méditation.
Carte mentale ✱intriguenom féminin
Synonymes

actionhistoiretramescénariomachination

Antonymes

dénouement

Dérivés

intriguerv.intrigantadj.

Champ lexical

actionnœudpéripétiepersonnageacterebondissement

Étymologie
  • tricae latin : embarras, sottises
  • intricare latin : embrouiller
  • intrigo italien : embrouillement, d'où « intrigue »
  • intriguer, inextricable mots de la même famille
Expressions
  • l'intrigue principale : l'action centrale de la pièce
  • une intrigue secondaire : action parallèle
  • nouer une intrigue : lancer l'action
  • une intrigue amoureuse : une aventure secrète
Références culturelles
  • William Shakespeare, Roméo et Juliette, vers 1595L'intrigue enchaîne en quelques jours rencontre, mariage secret, exil et double mort.
  • Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834L'intrigue foisonnante entremêle plusieurs complots autour de l'assassinat du duc.
  • Molière, L'Avare, 1668L'intrigue repose sur les amours contrariées des enfants d'Harpagon et sur le vol de la cassette.
Carte mentale ✱tyrannom masculin
Synonymes

despotedictateuroppresseurautocratesouverain absolu

Antonymes

bon roilibérateurdémocrate

Dérivés

tyrannien. f.tyranniqueadj.tyranniquementadv.tyranniserv.tyranniciden. m.

Champ lexical

pouvoiroppressionviolencecitérévoltepeur

Étymologie
  • turannos grec : maître absolu, qui a pris le pouvoir
  • tyrannus latin, d'où « tyran »
  • tyrannie, tyrannique, tyrannicide mots de la même famille
Expressions
  • le tyrannicide : le meurtre d'un tyran
  • un tyran domestique : qui impose sa loi à sa famille
  • le mauvais roi : figure du tyran dans la tragédie
Références culturelles
  • Sophocle, Antigone, vers 441 av. J.-C.Créon impose sa volonté contre les lois divines et l'avis de la cité, à la manière d'un tyran.
  • Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576 [à vérifier]La Boétie s'étonne que les peuples obéissent à un tyran dont le pouvoir ne tient qu'à leur consentement.
  • Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834Lorenzo projette d'assassiner son cousin, le duc tyrannique Alexandre de Médicis.
  • Alfred Jarry, Ubu roi, 1896Le grotesque Père Ubu, tyran cupide et lâche, caricature la soif de pouvoir.
  • Albert Camus, Caligula, 1944Caligula exerce un pouvoir absolu et meurtrier pour prouver l'absurdité du monde.
Carte mentale ✱dramenom masculin
Synonymes

drame romantiquepiècetragédiecatastrophe

Dérivés

dramatiqueadj.dramatiquementadv.dramaturgen. m.dramaturgien. f.dramatiserv.dédramatiserv.mélodramen. m.

Champ lexical

mélange des genreslibertéhistoirefoulehérosShakespeare

Étymologie
  • dran grec : agir
  • drama grec : action, pièce de théâtre
  • drama latin tardif, d'où « drame »
  • dramatique, dramaturge mots de la même famille
Expressions
  • le drame romantique : refuse les règles classiques
  • le drame bourgeois : genre sérieux du XVIIIe siècle
  • faire un drame de rien : exagérer
  • tourner au drame : mal finir
Références culturelles
  • Denis Diderot, Entretiens sur Le Fils naturel, 1757Diderot y théorise un « genre sérieux », le drame bourgeois, entre tragédie et comédie.
  • Victor Hugo, Préface de Cromwell, 1827Hugo y définit le drame romantique, qui mêle le sublime et le grotesque.
  • Victor Hugo, Hernani, 1830La première de ce drame romantique provoque la célèbre « bataille d'Hernani ».
  • Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834Ce drame romantique multiplie lieux et personnages autour du meurtre du tyran Alexandre de Médicis.
  • Alfred de Vigny, Chatterton, 1835Vigny met en scène le drame d'un jeune poète incompris, poussé au suicide par la société.
Carte mentale ✱réécriturenom féminin
Synonymes

repriseadaptationimitationvariation

Antonymes

original

Dérivés

réécrirev.récrirev.écrirev.écritn. m.écrituren. f.écrivainn. m.scriben. m.

Champ lexical

modèlesourceimitationparodiepastichevariante

Étymologie
  • re- latin : de nouveau
  • scribere latin : écrire ; ancien français escrire
Expressions
  • réécrire une fable : la raconter autrement
  • une réécriture parodique : qui se moque de son modèle
  • l'imitation des Anciens : principe de l'écriture classique
Références culturelles
  • Jean de La Fontaine, Fables (d'après Ésope), 1668La Fontaine réécrit en vers les fables d'Ésope et de Phèdre.
  • Guillaume Apollinaire, « La Loreley », Alcools, 1913Apollinaire réécrit une légende allemande déjà mise en vers par Brentano.
  • Raymond Queneau, Exercices de style, 1947La même histoire réécrite 99 fois : la réécriture devient un jeu.
  • Jean Anouilh, Fables, 1962Anouilh réécrit avec ironie des fables de La Fontaine.
Carte mentale ✱mise en scènenom féminin (groupe nominal)
Synonymes

régiescénographieréalisationdirection d'acteurs

Dérivés

metteur en scènen. m.mettrev.scènen. f.scéniqueadj.scénographien. f.scénarion. m.avant-scènen. f.

Champ lexical

metteur en scènedécorcostumelumièresacteurreprésentation

Étymologie
  • mittere latin : envoyer, placer, d'où « mettre »
  • skênê grec : tente, baraque ; puis scène du théâtre
  • scaena latin : scène
Expressions
  • c'est de la mise en scène : c'est arrangé pour tromper
  • monter une pièce : la mettre en scène
Références culturelles
  • Molière, L'Impromptu de Versailles, 1663Molière s'y met lui-même en scène dirigeant ses comédiens pendant une répétition.
  • Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671La scène du sac est un défi de mise en scène, très visuel et rythmé.
  • Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien, publié en 1830Diderot y réfléchit au jeu de l'acteur : le grand comédien garde la tête froide.
11IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Lorenzo se justifie devant Philippe

En classe30 min

Objectif. Analyser les raisons du meurtre d'Alexandre (III, 3) : politiques, morales, personnelles.

  1. Relis la tirade « Pourquoi je tue Alexandre » (III, 3).
  2. Classez d'abord vous-mêmes les raisons de Lorenzo en trois colonnes.
  3. Le professeur demande à l'IA de jouer Philippe Strozzi et de questionner Lorenzo.
  4. Comparez les questions de l'IA avec la tirade : Lorenzo veut-il convaincre Philippe ou se convaincre lui-même ?
À écrire à l'IA

Tu joues Philippe Strozzi dans Lorenzaccio de Musset (1834, acte III, scène 3). Lorenzo vient de t'annoncer qu'il va tuer le duc Alexandre. Pose-lui cinq questions, une à la fois, pour comprendre ses vraies raisons. Attends chaque réponse avant de poser la suivante.

Garde ton esprit critique. Les réponses de la classe doivent s'appuyer sur la tirade. Vérifiez si l'IA, dans ses relances, attribue à Lorenzo des motifs qui ne sont pas dans la pièce.

2

Le vrai Lorenzo et celui de Musset

À la maison25 min

Objectif. Distinguer l'histoire (Varchi, Florence 1537) et la création de Musset, en vérifiant les faits.

  1. Relis l'encadré sur le calendrier florentin et l'étape 3 (les sources).
  2. Demande à l'IA une fiche sur le meurtre historique d'Alexandre de Médicis.
  3. Vérifie la date avec le manuel : nuit du 6 janvier 1537.
  4. Écris trois différences entre l'histoire et le drame.
À écrire à l'IA

Fais une fiche de dix lignes sur le meurtre d'Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzino à Florence, tel que le raconte la chronique de Varchi. Donne la date et les faits principaux. Indique ensuite ce que Musset a changé dans Lorenzaccio. Écris « à vérifier » quand tu n'es pas certain.

Garde ton esprit critique. Les dates posent problème à cause du calendrier florentin (l'année commençait le 25 mars). Vérifie si l'IA donne 1536 ou 1537 et si elle explique pourquoi.

3

Quatre versions du meurtre

En classe ou à la maison30 min

Objectif. Comparer le meurtre chez Varchi, George Sand et Musset (IV, 11) et en tirer une interprétation.

  1. Relis l'extrait de George Sand (Une conspiration en 1537) et la scène IV, 11 de Musset.
  2. Réponds seul : que supprime Musset ? Pourquoi ?
  3. Demande ensuite à l'IA son analyse.
  4. Compare avec les pistes du manuel (un meurtre épuré, une nuit de noces sanglante) et note ce que l'IA n'a pas vu.
À écrire à l'IA

Compare la scène du meurtre d'Alexandre dans Une conspiration en 1537 de George Sand (1833) et dans Lorenzaccio de Musset (1834, acte IV, scène 11). Qu'est-ce que Musset supprime ou ajoute ? Quel effet cela produit-il ? Cite seulement des répliques dont tu es sûr.

Garde ton esprit critique. L'IA connaît mal la scène de George Sand et peut l'inventer. Vérifie chaque élément avec l'extrait du manuel.

4

Critique de théâtre : ton article relu

À la maison40 min

Objectif. Rédiger la critique d'une mise en scène de Lorenzaccio et la faire relire.

  1. Choisis une mise en scène étudiée (étape 4) et note ses choix : drame individuel ou politique, coupes de l'acte V, interprète de Lorenzo.
  2. Écris ton article d'une quarantaine de lignes.
  3. Demande à l'IA de vérifier la structure et la force du jugement.
  4. Garde ton avis : l'IA ne doit pas décider à ta place si la mise en scène est réussie.
À écrire à l'IA

Voici ma critique d'une mise en scène de Lorenzaccio de Musset : [colle ton article]. Vérifie qu'on y trouve une présentation de la pièce, une description des choix de mise en scène et un jugement argumenté. Dis-moi où mon jugement manque de preuves. Ne réécris pas l'article et ne change pas mon avis.

Garde ton esprit critique. Si l'IA ajoute des informations sur le metteur en scène ou les acteurs, ne les reprends pas sans les vérifier : elle en invente souvent.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

8 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 13
    Chère LorenzettaJouer et analyser la scène où Lorenzo s'évanouit devant une épée, répondre aux questions du cours sur le personnage et sa relation avec le duc, puis imaginer…
  • 14
    Lire Lorenzaccio acte par acteVérifier et organiser la lecture cursive de l'œuvre intégrale : répondre à une sélection des questions de repérage du cours (livre et synopsis autorisés), puis…
  • 15
    Florence 1536, Paris 1834Mettre en regard le contexte de l'action et celui de l'écriture, comprendre la « maladie du siècle » dont parle Musset, classer les personnages selon leur…
  • 16
    Le seul brin d'herbeDire et analyser la tirade où Lorenzo justifie le meurtre, distinguer ses raisons politiques, morales et personnelles comme le demande le cours, interpréter…
  • 17
    La cage des unitésComprendre les principes du drame romantique dans la Préface de Cromwell, vérifier sur l'acte II comment Lorenzaccio les pousse plus loin, puis réfléchir, avec…
  • 18
    Quatre versions d'un meurtreLire les trois sources du meurtre d'Alexandre (chronique, nouvelle, scène historique), jouer la scène de George Sand, puis comparer les quatre versions dans le…
  • 19
    Inestimable diamantMettre en espace la scène du meurtre, analyser le réseau d'images qui en fait une nuit de noces, mesurer le chemin parcouru depuis l'évanouissement de l'acte…
  • 20
    Lorenzo sur la scène, de 1896 à 2013Comprendre comment le sens de Lorenzaccio se déplace selon les choix des metteurs en scène (texte coupé, interprète, espace), classer les mises en scène du…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.