Romancière française du XIXe siècle, George Sand, pseudonyme masculin choisi par Aurore Dupin, a défendu la liberté des femmes dans ses romans, comme Indiana (1832), étudié sur le site. Elle a aussi écrit des romans champêtres, comme La Mare au diable (1846). Son récit Une conspiration en 1537 a inspiré à Musset sa pièce Lorenzaccio.
Poète et auteur dramatique français, Musset est une grande figure du romantisme. Il a écrit des pièces pleines de fantaisie et de mélancolie, comme Les Caprices de Marianne (1833) et Lorenzaccio (1834), toutes deux étudiées sur le site, mais aussi des poèmes, comme Les Nuits. Sa liaison avec George Sand l'a profondément marqué.
Lorenzaccio : le drame romantique et ses mises en scène
Cette séquence de Terminale littéraire accompagne l'étude d'une œuvre du programme limitatif des années 2012-2014 : Lorenzaccio, drame en cinq actes publié par Alfred de Musset en 1834. Elle suit le parcours du texte, de ses sources (une chronique florentine, une nouvelle de la Renaissance, une scène historique de George Sand) à sa publication en volume, puis à sa lente conquête de la scène, de Sarah Bernhardt en 1896 aux mises en scène les plus récentes. Elle s'organise en quatre étapes : autour de Musset et des romantiques ; autour des contextes historiques ; autour des sources ; autour de la réception et des mises en scène. Des exposés d'élèves jalonnent le parcours.
Fiche enseignant
Intitulé
Lorenzaccio de Musset : le drame romantique et ses mises en scène
Programme
Terminale L, programme limitatif 2012-2014 (Bulletin officiel du 15 mars 2012), domaine « Lire-écrire-publier »
Œuvre intégrale
Alfred de Musset, Lorenzaccio (1834), lecture cursive puis études d'extraits
Durée
Seize semaines, quatre étapes de trois ou quatre séances, exposés d'élèves
Fil rouge
Comment le sens d'une pièce écrite pour être lue se déplace-t-il au fil de ses publications et de ses représentations ?
Si Lorenzaccio présente par ses sources une riche intertextualité, il s'agit surtout d'étudier l'œuvre en mettant l'accent sur la réception (« écrire-publier »). […] L'enjeu n'est pas une connaissance exhaustive de toutes les représentations ou interprétations, mais une compréhension, par l'étude d'une œuvre, des inflexions sémantiques et de leurs richesses suivant le support matériel de la publication, l'horizon de la réception et ses contextes.
Bulletin officiel du 15 mars 2012, programme limitatif de Terminale L, extrait
Le parcours
Étape
Séances
Supports
Notions
1. Autour de Musset, les romantiques, l'enfant du siècle
Le nom de Lorenzaccio, le vrai Lorenzo et la création de Musset ; Musset et les romantiques (exposés) ; un héros, un antihéros ?
Acte I, scène 4 ; biographie ; groupement sur le héros
Héros, antihéros, héros problématique
Lecture cursive
Activité de repérage, acte par acte (24 janvier 2013, 2 h 30, livre autorisé) : voir la section « Évaluations »
L'œuvre intégrale ; synopsis
Structure, intrigues
2. Les contextes historiques
Florence en 1536, Paris en 1830-1834 ; les personnages et le pouvoir ; le drame historique et la Préface de Cromwell ; la censure
Acte III, scène 3 ; Hugo, Préface de Cromwell (1827)
Tyrannicide, drame romantique, unités
3. Les sources, la genèse
Varchi, Marguerite de Navarre, George Sand ; le drame shakespearien ; Sarah Bernhardt crée le rôle
Acte IV, scène 11 et ses sources
Réécriture, dramatisation
4. Réception et mises en scène
Un théâtre dans un fauteuil ; lieux, costumes, accessoires ; les mises en scène de 1896 à 2013 ; écrire une critique
Tableaux des mises en scène ; captations
Mise en scène, rôle travesti, version scénique
Les extraits étudiés
Texte
Extrait
Enjeu
Texte 1
Acte I, scène 4 : Lorenzo s'évanouit à la vue d'une épée
Le masque de la lâcheté ; le couple du duc et de son favori
Texte 2
Acte III, scène 3 : « Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? »
Le meurtre comme dernier reste de vertu
Texte 3
Hugo, Préface de Cromwell (1827), deux extraits
Contre les unités ; le sublime et le grotesque
Texte 4
Les sources du meurtre : Varchi, Marguerite de Navarre (1559), George Sand (1833)
Chronique, nouvelle, scène historique
Texte 5
Acte IV, scène 11 : le meurtre du duc
De la chronique au drame : une nuit de noces sanglante
2Étape 1 · Séances 1 et 2
Lorenzo, Lorenzino, Lorenzaccio
Le nom, le vrai Lorenzo et la création de Musset
Un nom, plusieurs masques
Le personnage historique, Lorenzo de Médicis (1514-1548), cousin du duc Alexandre, est surnommé Lorenzino parce qu'il est « délicat et maigre de corps » ; le duc l'appelle « le Philosophe », et ceux qui le connaissent mieux « Lorenzaccio ». Le suffixe péjoratif -accio fait du prénom une insulte : quelque chose comme « le mauvais Lorenzo ». Musset multiplie ces noms dans la pièce : Renzo dans la bouche du duc et de sa mère, Lorenzetta quand le duc se moque de sa lâcheté, mignon dans l'intimité de la débauche. Chaque nom est un masque, et le héros lui-même ne sait plus lequel est son visage.
Texte 1 · Acte I, scène 4 · « Chère Lorenzetta »Alfred de Musset1810 – 1857
Au palais ducal. Sire Maurice, que Lorenzo vient de railler, tire son épée. Le duc veut que son cousin se batte.
Le Duc Eh bien ! ta gaieté s'évanouit si vite ? Tu trembles, cousin ? Fi donc ! tu fais honte au nom des Médicis, je ne suis qu'un bâtard, et je le porterais mieux que toi, qui es légitime ? Une épée, une épée ! un Médicis ne se laisse point provoquer ainsi. Pages, montez ici ; toute la cour le verra, et je voudrais que Florence entière y fût.
Lorenzo Son Altesse se rit de moi.
Le Duc J'ai ri tout à l'heure, mais maintenant je rougis de honte. Une épée !
Il prend l'épée d'un page et la présente à Lorenzo.
Valori Monseigneur, c'est pousser trop loin les choses. Une épée tirée en présence de votre Altesse est un crime punissable dans l'intérieur du palais.
Le Duc Qui parle ici, quand je parle ?
Valori Votre Altesse ne peut avoir eu autre dessein que celui de s'égayer un instant, et sire Maurice lui-même n'a point agi dans une autre pensée.
Le Duc Et vous ne voyez pas que je plaisante encore ! Qui diable pense ici à une affaire sérieuse ? Regardez Renzo, je vous en prie ; ses genoux tremblent ; il serait devenu pâle, s'il pouvait le devenir. Quelle contenance, juste Dieu ! je crois qu'il va tomber.
Lorenzo chancelle ; il s'appuie sur la balustrade et glisse à terre tout d'un coup.
Le Ducriant aux éclats Quand je vous le disais ! personne ne le sait mieux que moi ; la seule vue d'une épée le fait trouver mal. Allons ! chère Lorenzetta, fais-toi emporter chez ta mère.
Les pages relèvent Lorenzo.
Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte I, scène 4 (1834 ; texte de 1853)
Les séances 3 et 4 reposent sur des exposés d'élèves (« Biographie de Musset », « Les écrivains romantiques ») puis sur un groupement de personnages de théâtre. On cherche les points communs entre Lorenzo et son auteur, puis entre Lorenzo et les héros romantiques, avant de poser la question qui traverse toute la séquence : Lorenzo est-il un héros, un antihéros, un héros absurde ?
Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n'est plus ; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux.
Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, I, 2 (1836)
Aidé de Giomo, le duc enlève, sous les yeux de son frère, une jeune fille que Lorenzo lui a achetée.
2
Une rue, au point du jour
Marchands et bourgeois commentent la politique de la ville. Le duc et Lorenzo sortent d'un bal déguisés en religieuses ; Julien Salviati insulte Louise Strozzi.
3
Palais Cibo, avant midi
Le marquis part pour la campagne ; la marquise s'indigne devant le cardinal Cibo des frasques du duc ; le cardinal intercepte une lettre d'amour du duc à la marquise.
4
Palais ducal, avant midi
Le cardinal Valori rapporte l'irritation du pape. Provoqué en duel par sire Maurice, Lorenzo s'évanouit à la vue de l'épée ; le cardinal Cibo trouve la chose suspecte.
5
Devant l'église San Miniato
Scène de foule ; Salviati se vante d'une promesse que lui aurait faite Louise Strozzi.
6
Le soir, au bord de l'Arno
Marie Soderini confie à Catherine Ginori sa douleur devant la débauche de son fils ; les bannis quittent Florence en la maudissant.
Acte II
Sc.
Lieu et moment
Ce qui se passe
1
Chez les Strozzi, le soir
Philippe déplore la corruption de Florence ; ses fils Pierre et Thomas apprennent l'insulte faite à Louise et décident de la venger.
2
Le portail d'une église, 2 janvier 1536
Lorenzo raille la pureté du peintre Tebaldeo Freccia et lui commande « un tableau d'importance » pour le jour de ses noces.
3
Palais Cibo, l'après-midi
Le cardinal confesse la marquise et tente de lui soutirer des confidences sur le duc ; elle devine ses calculs.
4
Palais Soderini, 3 janvier, le soir
Marie raconte son rêve ; Bindo et Venturi accablent Lorenzo, puis acceptent les faveurs du duc. Le duc demande à Lorenzo un rendez-vous avec Catherine.
5
Palais Strozzi, le soir
Pierre annonce qu'il vient de frapper Julien Salviati et refuse de se cacher.
6
Palais ducal, le soir
Tebaldeo peint le duc, qui a ôté sa cotte de mailles ; la cotte disparaît. Giomo soupçonne Lorenzo.
7
Devant le palais ducal
Salviati, couvert de sang, crie vengeance ; le duc fait arrêter les Strozzi.
Acte III
Sc.
Lieu et moment
Ce qui se passe
1
Chambre de Lorenzo, 4 janvier, au matin
Lorenzo s'exerce aux armes avec Scoronconcolo et fait du bruit pour habituer les voisins au tapage.
2
Palais Strozzi, le matin
Pierre veut en finir avec les Médicis et entraîne son père au souper des conjurés chez les Pazzi.
3
Une rue, le matin
Les fils Strozzi sont arrêtés. Lorenzo révèle à Philippe son projet de tuer le duc, sans illusion sur sa portée politique.
4
Palais Soderini
Catherine lit à Marie la lettre d'amour d'Alexandre ; Marie sent sa mort prochaine.
5
Palais Cibo, midi
La marquise décide de devenir la maîtresse du duc pour agir sur lui.
6
Boudoir de la marquise
Elle presse le duc de libérer Florence ; il s'ennuie ; elle mesure qu'elle a trahi son mari pour rien.
7
Palais Strozzi, le soir
Au souper des quarante Strozzi, Louise meurt empoisonnée ; Philippe renonce et quitte Florence.
Acte IV
Sc.
Lieu et moment
Ce qui se passe
1
Palais ducal, 5 janvier, le matin
Lorenzo fixe au duc le rendez-vous avec Catherine, le soir même, chez lui.
2
Une rue
Libérés, les fils Strozzi apprennent la mort de leur sœur et le départ de leur père ; Pierre jure de se venger.
3
Une rue
Seul, Lorenzo s'interroge sur le meurtre qu'il prépare : « De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? »
4
Palais Cibo
Le cardinal fait chanter la marquise ; elle avoue tout à son mari.
5
Chambre de Lorenzo
Catherine annonce la maladie de Marie ; seul, Lorenzo mesure qu'il a failli la corrompre.
6
Une vallée
Philippe refuse de prendre les armes contre sa patrie avec les conjurés soutenus par François Ier.
7
Au bord de l'Arno, le soir
Lorenzo annonce aux républicains qu'il va tuer le duc ; personne ne le croit.
8
Une plaine, le soir
Sans Philippe, les bannis refusent de suivre Pierre.
9
Une place, la nuit
Dans une exaltation proche du délire, Lorenzo se prépare : c'est le monologue des « noces ».
10
Palais ducal, avant minuit
Malgré les avertissements, le duc suit Lorenzo.
11
Chambre de Lorenzo, 6 janvier, après minuit
Le duc s'est couché ; Lorenzo le tue. Scoronconcolo découvre l'identité de la victime.
Acte V
Sc.
Lieu et moment
Ce qui se passe
1
Palais ducal, le matin
Les Huit cherchent un successeur ; le cardinal Cibo impose Côme de Médicis.
2
Venise, chez Philippe
Lorenzo annonce le meurtre ; Philippe croit à la république, Lorenzo non. Sa tête est mise à prix.
3
Une rue de Florence
On raille au passage les époux Cibo réconciliés.
4
Une auberge
Pierre Strozzi reçoit le soutien du roi de France.
5
Une place, 7 janvier, au matin
Le marchand et l'orfèvre commentent l'élection de Côme ; les enfants Salviati et Strozzi rejouent les querelles de leurs pères.
6
Une rue
Soldats contre étudiants : un étudiant meurt.
7
Venise, cabinet de Philippe
Lorenzo apprend la mort de sa mère ; il sort et il est tué ; la foule jette son corps dans la lagune.
8
Florence, la grande place
Le peuple acclame Côme, qui prête serment au cardinal Cibo, au nom du pape et de Charles Quint.
Giorgio Vasari, Portrait d'Alexandre de Médicis, duc de Florence, huile sur bois, vers 1534 ✱Le vrai duc Alexandre, en armure devant Florence, deux ans avant d'être tué par son cousin Lorenzo.Domaine public · Wikimedia Commons
Musset a réécrit la chronique de Varchi et la scène historique de George Sand pour parler de la France de son temps et à elle. La deuxième étape met en regard deux époques : la Florence des Médicis, revenus au pouvoir grâce à l'empereur et au pape, et la France de 1830-1834, où la révolution de Juillet a été confisquée au profit d'une nouvelle monarchie. La séance 1 s'appuie sur l'exposé « Les événements historiques au début du XIXe siècle » ; la séance 2 étudie la fonction des personnages par rapport à la question du pouvoir.
Deux époques en miroir
Florence, 1536
France, 1830-1834
La situation politique
Chassés de Florence, les Médicis y reviennent grâce à Charles Quint et à deux papes de leur famille. En 1530, l'empereur fait de son gendre Alexandre le duc héréditaire de la ville : « le pape et l'empereur sont accouchés d'un bâtard » (I, 2). Après le meurtre, le cardinal Cibo impose Côme, de la branche cadette (V, 1 ; V, 8).
Les Bourbons reviennent en 1814, soutenus par les monarchies européennes et l'Église. Les ordonnances de Charles X provoquent la révolution de Juillet ; mais les libéraux appellent au trône Louis-Philippe, de la branche cadette : la république espérée est confisquée.
L'Église
Alliance du trône et de l'autel : le cardinal Valori, émissaire officiel du pape (I, 4) ; le cardinal Cibo, « l'anneau invisible » qui attache le duc à Rome et à César (II, 3).
Le cardinal Cibo rassemble les traits du prêtre intrigant (Richelieu, Mazarin) et du jésuite, cible de l'anticléricalisme des années 1830 : direction de conscience, lettres interceptées, chantage à la confession (IV, 4).
L'opposition républicaine
Les grandes familles (Strozzi, Pazzi, Rucellai) veulent le retour de leurs privilèges ; elles parlent beaucoup et n'agissent pas : « on a braillé, on a bu du vin sucré et cassé des carreaux » (V, 5). Philippe incarne une vertu éloquente et impuissante.
Sociétés secrètes, banquets patriotiques, barbe des républicains (II, 4) : autant d'allusions à l'opposition de 1830-1834, et aux libéraux ralliés par peur du désordre.
Le peuple
L'orfèvre s'indigne, le marchand s'accommode d'une cour qui fait vivre le commerce de luxe (I, 2 ; I, 5). Les étudiants sont massacrés (V, 6) : « Pauvre peuple, quel badaud on fait de toi ! » (V, 1).
La monarchie bourgeoise enrichit les possédants ; les émeutes ouvrières (Lyon, 1831 et 1834) et le massacre de la rue Transnonain (1834) sont réprimés dans le sang. La jeunesse se sent sans avenir (I, 5).
L'artiste
Les artistes dépendent des commandes de l'Église et des princes ; le duc « protège les arts » (I, 4). Tebaldeo croit à la pureté de l'art, mais accepte de peindre le duc (II, 2 ; II, 6).
Musset interroge l'idéal romantique de l'artiste pur et indépendant dans une société marchande, où « l'art est un métier ».
Les personnages et le pouvoir
Personnage
Sa place face au pouvoir
Le duc Alexandre
Le tyran débauché, brutal, installé par une puissance étrangère ; il gouverne par la peur et le plaisir, et s'ennuie de la politique (III, 6).
Le cardinal Cibo
Le vrai maître du jeu, qui tire les fils dans l'ombre au service de Rome et de l'empereur ; c'est lui qui fait élire Côme.
Philippe Strozzi
Le républicain vertueux, le « faiseur de sentences » : il rêve de liberté antique mais renonce à agir après la mort de Louise (III, 7 ; IV, 6).
Pierre Strozzi
L'action brutale et l'ambition personnelle : il se vengera avec l'appui de la France (V, 4).
La marquise Cibo
Une femme qui croit pouvoir libérer Florence en devenant la maîtresse du duc : un réformisme rêvé, et l'échec (III, 6).
Marie, Catherine, Louise
Les femmes victimes : la mère qui meurt de douleur, la tante convoitée, la jeune fille insultée puis empoisonnée.
Florence
Un personnage collectif : la ville que les bannis maudissent en la quittant (I, 6), et dont le peuple des scènes de rue fait une présence constante.
Texte 2 · Acte III, scène 3 · « Pourquoi je tue Alexandre »Alfred de Musset1810 – 1857
Une rue. Les fils Strozzi viennent d'être arrêtés. Lorenzo a révélé à Philippe son projet ; le vieillard lui demande pourquoi il veut tuer le duc s'il ne croit pas aux républicains.
Lorenzo Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine), il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? […]
[Lorenzo avoue qu'il aime désormais « le vin, le jeu et les filles » ; il veut que le monde sache enfin qui il est, et qui il est lui-même, et se dit las d'être conspué par les républicains.]
Lorenzo […] Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Érostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre ; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.
Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte III, scène 3 (1834), début et fin de la tirade
Charles Martin, illustration de Lorenzaccio pour les Œuvres complètes illustrées d'Alfred de Musset, 1928 ✱Lorenzo seul, le poignard à la ceinture : le meurtre d'Alexandre est le but de sa vie.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapetyranVoir dans le Lexique →
6Étape 2 · Séances 3 et 4
Le drame contre les unités
Hugo, Préface de Cromwell (1827) ; la censure et le pouvoir
La séance 3 replace Lorenzaccio dans l'histoire du drame historique et romantique, à partir de deux extraits de la Préface de Cromwell, le manifeste de Victor Hugo. La séance 4 pose la question des rapports entre création artistique et pouvoir, à travers la censure et le personnage du peintre Tebaldeo.
L'unité de temps n'est pas plus solide que l'unité de lieu. L'action, encadrée de force dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu'encadrée dans le vestibule. Toute action a sa durée propre comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à tous les événements ! appliquer la même mesure sur tout ! On rirait d'un cordonnier qui voudrait mettre le même soulier à tous les pieds. […] ce qui était vivant dans la chronique est mort dans la tragédie. Voilà pourquoi, bien souvent, la cage des unités ne renferme qu'un squelette.
Texte 3 a · Victor Hugo, Préface de Cromwell (1827), extrait 1 : les trois unités
Il ne peut pas plus y avoir trois unités dans le drame que trois horizons dans un tableau. Du reste, gardons-nous de confondre l'unité avec la simplicité d'action. L'unité d'ensemble ne répudie en aucune façon les actions secondaires sur lesquelles doit s'appuyer l'action principale. […] L'unité d'ensemble est la loi de perspective du théâtre.
Victor Hugo, Préface de Cromwell, extrait 1 (suite)
[La muse moderne] sentira que tout dans la création n'est pas humainement beau, que le laid y existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime, le mal avec le bien, l'ombre avec la lumière. […] Elle se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d'autres termes, le corps à l'âme, la bête à l'esprit.
Texte 3 b · Victor Hugo, Préface de Cromwell (1827), extrait 2 : le sublime et le grotesque
Le meurtre du duc Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzo, dans la nuit de l'Épiphanie 1537, a été raconté avant Musset par un chroniqueur, par une conteuse et par une romancière. Comparer ces quatre versions permet de mesurer ce que Musset garde, ce qu'il supprime et ce qu'il invente : de la chronique au drame, l'intérêt se déplace du meurtre vers le meurtrier.
Texte 4 · Les trois sources
Benedetto Varchi, Chroniques florentines, livre XV (XVIe siècle, publiées en 1723)
L'historien dit tenir son récit de la bouche même de Lorenzo et de Scoronconcolo. Il raconte la jeunesse de Lorenzo, sa feinte lâcheté, puis le meurtre avec une précision presque médicale : le premier coup de dague traverse les reins et le diaphragme ; Scoronconcolo fend la joue du duc ; le duc mord le pouce de Lorenzo et ne le lâche plus ; il faut l'égorger. Après la mort, les meurtriers frappent encore, « tant de sang que la chambre en devint comme un lac » (traduction ancienne). C'est Varchi qui fournit à Musset le mot de Lorenzo au duc endormi, « Seigneur, dormez-vous ? », et la réponse « Seigneur, n'en doutez pas ».
Marguerite de Navarre, L'Heptaméron (1559), douzième nouvelle
La reine de Navarre ne nomme pas les personnages : un duc de Florence demande à un gentilhomme, qu'il aime « comme luy-mesme », de lui livrer sa sœur ; le gentilhomme feint d'accepter et le tue dans son lit. La narratrice prend parti pour le meurtrier, qui délivre « sa patrie d'un tel tyran », mais elle prête au duc une défense courageuse :
[…] lequel, denué d'armes et non de cueur, se mest en son seant, dedans le lict, et print le gentil homme à travers le corps, en luy disant : « Est-ce cy la promesse que vous me tenez ? » Et, voiant qu'il n'avoit autres armes que les dentz et les ongles, mordit le gentil homme au poulce, et à force de bras se defendit, tant que tous deux tomberent en la ruelle du lict.
Marguerite de Navarre, L'Heptaméron, deuxième journée, douzième nouvelle (1559), orthographe non modernisée
George Sand, Une conspiration en 1537 (1833), scène VI
George Sand transforme la chronique en « scène historique » dialoguée, qu'elle confie à Musset. Elle garde les détails sanglants de Varchi et les dramatise par le dialogue et les didascalies.
Texte 4 · George Sand, scène VI · « C'est de joie »George Sand1804 – 1876
La chambre de Lorenzo. Le duc s'est jeté sur le lit. Lorenzo et Scoronconcolo sont à l'entrée de la chambre.
Lorenzo Le cœur me bondit avec tant de violence que je ne puis marcher.
Scoronconcolo Si c'est de peur, laisse-moi passer le premier.
Lorenzol'arrêtant Eh ! non ! C'est de joie. (Il marche l'épée à la main vers le lit et entr'ouvre le rideau.) Seigneur, dormez-vous ? (Il lui passe son épée au travers du corps.) C'est fait.
Le Duc roule par terre en rugissant. Scoronconcolo lui enlève une joue d'un coup de dague. Le Duc ensanglanté se relève et court dans la chambre avec égarement.
Lorenzo Maladroit, tu frappes au visage ! C'est au cœur ! au cœur ! (Au Duc.) Holà, seigneur, point tant de bruit ! Acceptez ce bâillon ! (Il lui met les doigts dans la bouche.)
Scoronconcolo Le damné bondit comme une panthère. Où es-tu donc, maître ? Je n'y vois plus.
Lorenzo Je le tiens, là, sous moi ! (Il jette le Duc sur le lit.) Maudit ! Tu mords comme un chien enragé. Mais c'est égal ! Tu mourras de la main de Lorenzaccio.
Scoronconcolo Ôte-toi de là, maître, que je le frappe !
Lorenzo Je ne puis. Ce chien furieux tient mon pouce entre ses dents. Il me le broie. Ah ! le cœur me manque. Je souffre ! Dépêche-toi de le tuer !
[Scoronconcolo éventre le matelas, puis égorge le duc au couteau. Le foyer se rallume et éclaire la chambre.]
Scoronconcolo Entrailles du Christ ! C'est le Duc lui-même !
Lorenzo Oui, c'est lui, c'est bien lui ! Ô joie du ciel ! Le voir ainsi !
George Sand, Une conspiration en 1537, scène VI (1833), extrait
La scène se termine sur un moment d'extase : Lorenzo, assis à la fenêtre, savoure la nuit « fraîche et parfumée » et s'écrie : « Lorenzaccio n'est plus ! Lève-toi, Laurent de Médicis ! »
Texte 5 · Acte IV, scène 11
Texte 5 · Acte IV, scène 11 · « Inestimable diamant »Alfred de Musset1810 – 1857
Le Duc Je suis transi, — il fait vraiment froid. (Il ôte son épée.) Eh bien, mignon, qu'est-ce que tu fais donc ?
Lorenzo Je roule votre baudrier autour de votre épée, et je la mets sous votre chevet. Il est bon d'avoir toujours une arme sous la main. (Il entortille le baudrier de manière à empêcher l'épée de sortir du fourreau.)
[Le duc annonce qu'il va se mettre au lit pour éviter les conversations ; Lorenzo sort chercher sa tante. Seul, le duc décide de faire semblant de dormir. Il se couche. Lorenzo rentre, l'épée à la main.]
Lorenzo Dormez-vous, seigneur ? (Il le frappe.)
Le Duc C'est toi, Renzo ?
Lorenzo Seigneur, n'en doutez pas. (Il le frappe de nouveau. Entre Scoronconcolo.)
Scoronconcolo Est-ce fait ?
Lorenzo Regarde, il m'a mordu au doigt. Je garderai jusqu'à la mort cette bague sanglante, inestimable diamant.
Scoronconcolo Ah ! mon Dieu ! c'est le duc de Florence !
Lorenzos'asseyant sur le bord de la fenêtre Que la nuit est belle ! Que l'air du ciel est pur ! Respire, respire, cœur navré de joie !
Scoronconcolo Viens, maître, nous en avons trop fait ; sauvons-nous.
Lorenzo Que le vent du soir est doux et embaumé ! Comme les fleurs des prairies s'entr'ouvrent ! Ô nature magnifique, ô éternel repos !
Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte IV, scène 11 (1834), extrait
Le drame shakespearien ; Sarah Bernhardt crée le rôle (1896)
Alfons Mucha, affiche de Lorenzaccio avec Sarah Bernhardt, Théâtre de la Renaissance, lithographie, 1896 ✱L'affiche de la création de 1896 : Sarah Bernhardt joue Lorenzo, soixante-deux ans après la publication.Domaine public · Wikimedia Commons
Les romantiques ont fait de Shakespeare leur modèle contre la tragédie classique. La séance 2 rapproche Lorenzaccio de deux de ses pièces, Hamlet et Jules César, à l'aide d'extraits et, si possible, d'une captation de Hamlet. La séance 3 montre comment la pièce entre enfin au théâtre, soixante-deux ans après sa publication, grâce à une actrice.
Sarah Bernhardt crée le rôle
Le 3 décembre 1896, au théâtre de la Renaissance, Sarah Bernhardt, âgée de cinquante-deux ans, crée le rôle de Lorenzo dans une version scénique d'Armand d'Artois. Le texte est condensé en cinq actes, les scènes regroupées, tout l'acte V supprimé : la pièce s'achève sur le meurtre. Quatre décors réalistes reconstituent la Florence de la Renaissance ; les costumes, noirs et blancs, sont signés Mucha. Le spectacle est repris en 1897, puis en 1912.
Lire, jouer et mettre en scène Lorenzaccio, de 1834 à 2013
Sarah Bernhardt dans Lorenzaccio, composition (mention sur le document : Albert Besnard ; Commons : Alphonse Mucha), années 1890 ✱Sarah Bernhardt en Lorenzo : la première fois que la pièce passe du livre à la scène.Domaine public · Wikimedia Commons
La dernière étape est au cœur du domaine « Lire-écrire-publier » : comment le sens d'une pièce se transforme-t-il selon qu'on la lit dans un volume ou qu'on la voit sur une scène, en 1896, en 1952, en 1969 ou en 2013 ? On part du choix de Musset, on étudie les éléments concrets de la représentation, puis on compare les mises en scène.
Séance 1 · Un spectacle dans un fauteuil✱
✱Après l'échec de 1830, Musset publie ses pièces en volume : Lorenzaccio paraît en 1834. Écrit pour un lecteur, libre des contraintes de la scène, le drame multiplie scènes, personnages et lieux.
Séance 3 · Les mises en scène, de 1896 à 2013
Le tableau suivant reprend le relevé des principales mises en scène établi pour la classe. Chaque metteur en scène taille dans le texte, choisit un décor, des costumes, un acteur ou une actrice, et par là une lecture de la pièce : tantôt drame individuel d'un héros romantique, tantôt drame politique d'une ville.
Mise en scène
Lorenzo
Texte et espace
Lecture
Armand d'Artois, 1896
Sarah Bernhardt
Cinq actes, acte V supprimé ; quatre décors réalistes ; costumes de Mucha
Le destin individuel du héros
Émile Fabre, Comédie-Française, 1927
Marie-Thérèse Piérat
24 tableaux, actes IV et V élagués ; toiles peintes
Activité de repérage (24 janvier 2013) ; écrire une critique de théâtre
Deux évaluations jalonnent la séquence. La première, après la lecture cursive, vérifie la connaissance de l'œuvre intégrale : elle dure deux heures trente, le livre est autorisé. La seconde, en fin de parcours (étape 4, séance 4), est une écriture d'invention : devenir critique de théâtre.
Évaluation 1 · Activité de repérage, acte par acte
Évaluation 2 · Écriture d'invention : être critique de théâtre✱
✱Sources : dossier « Lorenzaccio » de Terminale L (Microlycée 93, 2012-2013) : progression de parcours ; tableau des analogies entre les contextes historiques ; Préface de Cromwell ; activité de repérage (24 janvier 2013) ; synopsis, textes et cours sur le meurtre d'Alexandre ; tableau des mises en scène ; captation vidéo. Textes de Musset, Hugo, Sand et Marguerite de Navarre (domaine public) ; Varchi résumé. Extraits de Lorenzaccio à collationner sur une édition de référence. Ajoutés pour le manuel : une partie des questions, la notice sur Musset, le sujet d'invention.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
tyrannien. f.tyranniqueadj.tyranniquementadv.tyranniserv.tyranniciden. m.
Champ lexical
pouvoiroppressionviolencecitérévoltepeur
Étymologie
turannos grec : maître absolu, qui a pris le pouvoir
tyrannus latin, d'où « tyran »
tyrannie, tyrannique, tyrannicide mots de la même famille
Expressions
le tyrannicide : le meurtre d'un tyran
un tyran domestique : qui impose sa loi à sa famille
le mauvais roi : figure du tyran dans la tragédie
Références culturelles
Sophocle, Antigone, vers 441 av. J.-C.Créon impose sa volonté contre les lois divines et l'avis de la cité, à la manière d'un tyran.
Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576 [à vérifier]La Boétie s'étonne que les peuples obéissent à un tyran dont le pouvoir ne tient qu'à leur consentement.
Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834Lorenzo projette d'assassiner son cousin, le duc tyrannique Alexandre de Médicis.
Alfred Jarry, Ubu roi, 1896Le grotesque Père Ubu, tyran cupide et lâche, caricature la soif de pouvoir.
Albert Camus, Caligula, 1944Caligula exerce un pouvoir absolu et meurtrier pour prouver l'absurdité du monde.
Carte mentale ✱mise en scènenom féminin (groupe nominal)
Synonymes
régiescénographieréalisationdirection d'acteurs
Dérivés
metteur en scènen. m.mettrev.scènen. f.scéniqueadj.scénographien. f.scénarion. m.avant-scènen. f.
Champ lexical
metteur en scènedécorcostumelumièresacteurreprésentation
Étymologie
mittere latin : envoyer, placer, d'où « mettre »
skênê grec : tente, baraque ; puis scène du théâtre
scaena latin : scène
Expressions
c'est de la mise en scène : c'est arrangé pour tromper
monter une pièce : la mettre en scène
Références culturelles
Molière, L'Impromptu de Versailles, 1663Molière s'y met lui-même en scène dirigeant ses comédiens pendant une répétition.
Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671La scène du sac est un défi de mise en scène, très visuel et rythmé.
Denis Diderot, Paradoxe sur le comédien, publié en 1830Diderot y réfléchit au jeu de l'acteur : le grand comédien garde la tête froide.
11IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Lorenzo se justifie devant Philippe
En classe30 min
Objectif. Analyser les raisons du meurtre d'Alexandre (III, 3) : politiques, morales, personnelles.
Relis la tirade « Pourquoi je tue Alexandre » (III, 3).
Classez d'abord vous-mêmes les raisons de Lorenzo en trois colonnes.
Le professeur demande à l'IA de jouer Philippe Strozzi et de questionner Lorenzo.
Comparez les questions de l'IA avec la tirade : Lorenzo veut-il convaincre Philippe ou se convaincre lui-même ?
À écrire à l'IA
Tu joues Philippe Strozzi dans Lorenzaccio de Musset (1834, acte III, scène 3). Lorenzo vient de t'annoncer qu'il va tuer le duc Alexandre. Pose-lui cinq questions, une à la fois, pour comprendre ses vraies raisons. Attends chaque réponse avant de poser la suivante.
Garde ton esprit critique. Les réponses de la classe doivent s'appuyer sur la tirade. Vérifiez si l'IA, dans ses relances, attribue à Lorenzo des motifs qui ne sont pas dans la pièce.
2
Le vrai Lorenzo et celui de Musset
À la maison25 min
Objectif. Distinguer l'histoire (Varchi, Florence 1537) et la création de Musset, en vérifiant les faits.
Relis l'encadré sur le calendrier florentin et l'étape 3 (les sources).
Demande à l'IA une fiche sur le meurtre historique d'Alexandre de Médicis.
Vérifie la date avec le manuel : nuit du 6 janvier 1537.
Écris trois différences entre l'histoire et le drame.
À écrire à l'IA
Fais une fiche de dix lignes sur le meurtre d'Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzino à Florence, tel que le raconte la chronique de Varchi. Donne la date et les faits principaux. Indique ensuite ce que Musset a changé dans Lorenzaccio. Écris « à vérifier » quand tu n'es pas certain.
Garde ton esprit critique. Les dates posent problème à cause du calendrier florentin (l'année commençait le 25 mars). Vérifie si l'IA donne 1536 ou 1537 et si elle explique pourquoi.
3
Quatre versions du meurtre
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Comparer le meurtre chez Varchi, George Sand et Musset (IV, 11) et en tirer une interprétation.
Relis l'extrait de George Sand (Une conspiration en 1537) et la scène IV, 11 de Musset.
Réponds seul : que supprime Musset ? Pourquoi ?
Demande ensuite à l'IA son analyse.
Compare avec les pistes du manuel (un meurtre épuré, une nuit de noces sanglante) et note ce que l'IA n'a pas vu.
À écrire à l'IA
Compare la scène du meurtre d'Alexandre dans Une conspiration en 1537 de George Sand (1833) et dans Lorenzaccio de Musset (1834, acte IV, scène 11). Qu'est-ce que Musset supprime ou ajoute ? Quel effet cela produit-il ? Cite seulement des répliques dont tu es sûr.
Garde ton esprit critique. L'IA connaît mal la scène de George Sand et peut l'inventer. Vérifie chaque élément avec l'extrait du manuel.
4
Critique de théâtre : ton article relu
À la maison40 min
Objectif. Rédiger la critique d'une mise en scène de Lorenzaccio et la faire relire.
Choisis une mise en scène étudiée (étape 4) et note ses choix : drame individuel ou politique, coupes de l'acte V, interprète de Lorenzo.
Écris ton article d'une quarantaine de lignes.
Demande à l'IA de vérifier la structure et la force du jugement.
Garde ton avis : l'IA ne doit pas décider à ta place si la mise en scène est réussie.
À écrire à l'IA
Voici ma critique d'une mise en scène de Lorenzaccio de Musset : [colle ton article]. Vérifie qu'on y trouve une présentation de la pièce, une description des choix de mise en scène et un jugement argumenté. Dis-moi où mon jugement manque de preuves. Ne réécris pas l'article et ne change pas mon avis.
Garde ton esprit critique. Si l'IA ajoute des informations sur le metteur en scène ou les acteurs, ne les reprends pas sans les vérifier : elle en invente souvent.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
8 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
13
Chère LorenzettaJouer et analyser la scène où Lorenzo s'évanouit devant une épée, répondre aux questions du cours sur le personnage et sa relation avec le duc, puis imaginer…
14
Lire Lorenzaccio acte par acteVérifier et organiser la lecture cursive de l'œuvre intégrale : répondre à une sélection des questions de repérage du cours (livre et synopsis autorisés), puis…
15
Florence 1536, Paris 1834Mettre en regard le contexte de l'action et celui de l'écriture, comprendre la « maladie du siècle » dont parle Musset, classer les personnages selon leur…
16
Le seul brin d'herbeDire et analyser la tirade où Lorenzo justifie le meurtre, distinguer ses raisons politiques, morales et personnelles comme le demande le cours, interpréter…
17
La cage des unitésComprendre les principes du drame romantique dans la Préface de Cromwell, vérifier sur l'acte II comment Lorenzaccio les pousse plus loin, puis réfléchir, avec…
18
Quatre versions d'un meurtreLire les trois sources du meurtre d'Alexandre (chronique, nouvelle, scène historique), jouer la scène de George Sand, puis comparer les quatre versions dans le…
19
Inestimable diamantMettre en espace la scène du meurtre, analyser le réseau d'images qui en fait une nuit de noces, mesurer le chemin parcouru depuis l'évanouissement de l'acte…
20
Lorenzo sur la scène, de 1896 à 2013Comprendre comment le sens de Lorenzaccio se déplace selon les choix des metteurs en scène (texte coupé, interprète, espace), classer les mises en scène du…