Auteur dramatique et comédien français du XVIIe siècle, Molière a dirigé sa propre troupe et joué devant le roi Louis XIV. Ses comédies se moquent des défauts humains et des abus de son temps, comme Dom Juan (1665) ou Les Fourberies de Scapin (1671). Dans Le Médecin malgré lui (1666), étudié sur le site, un pauvre fagotier est obligé de se faire passer pour médecin.
Écrivain français du XVIIIe siècle, Marivaux a surtout écrit des comédies pour les comédiens italiens de Paris. Ses pièces analysent finement la naissance de l'amour, comme Le Jeu de l'amour et du hasard (1730). Dans L'Île des esclaves (1725), étudiée sur le site, maîtres et serviteurs échangent leurs rôles sur une île. On parle de « marivaudage » pour désigner son style.
Écrivain français du XVIIIe siècle, Beaumarchais a eu une vie très mouvementée : horloger, homme d'affaires, agent secret… Il est l'auteur de deux comédies célèbres, Le Barbier de Séville (1775) et Le Mariage de Figaro (1784), étudiées sur le site, où le valet Figaro, rusé et insolent, critique les privilèges des nobles.
Comédie et comique : de la farce à la comédie de Molière
Pourquoi rit-on au théâtre, et de quoi ? La séquence part de la farce médiévale, un genre court, populaire et sans prétention, dont le seul but est de faire rire. Elle montre ensuite comment Molière, dans George Dandin ou le Mari confondu (1668), reprend les situations et les personnages types de la farce (le mari trompé, la belle-famille tyrannique, les valets bavards) pour en faire une satire sociale, et jusqu'à frôler le tragique. Des scènes de Marivaux et de Beaumarchais, puis une réflexion de Molière lui-même sur la comédie, permettent enfin de distinguer le comique (un registre, ce qui fait rire) de la comédie (un genre théâtral).
Fiche enseignant
Intitulé
Comédie et comique : de la farce à George Dandin
Objet d'étude
Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle : la comédie, ses genres et ses registres
Œuvre intégrale
Molière, George Dandin ou le Mari confondu, comédie en trois actes et en prose (1668)
Groupement
La Farce du cuvier (XVe siècle) ; Molière, L'École des maris, Les Femmes savantes, Dom Juan, La Critique de l'École des femmes ; Marivaux, L'Île des esclaves ; Beaumarchais, Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro
Durée
Onze séances, dont deux évaluations
Fil rouge
Le comique de la comédie est-il encore celui de la farce ? De quoi, et pourquoi, nous fait-on rire ?
Le parcours
N°
Dominante
Support
Notions
1
Qu'est-ce qu'une farce ?
La Farce du cuvier, scènes 1 et 2
Farce, types, trompeur trompé
2
Une situation type : le mari et la belle-famille
George Dandin, I, 1 et I, 4
Exposition, monologue, comique de répétition, satire
3
Une situation stéréotypée : le jaloux trompé
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, II, 14 ; Le Mariage de Figaro, II, 12-13
Aparté, didascalie, comique de situation
4
Un conflit stéréotypé : maîtres et valets
Marivaux, L'Île des esclaves, sc. 1 ; Molière, Dom Juan, I, 2 ; Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, III, 5
Couple maître-valet, renversement
5
Le discours sur les femmes au théâtre
L'École des maris, I, 2 ; Les Femmes savantes, I, 1
Argumentation au théâtre, thèse, stichomythie
6
Du personnage à la personne
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 3
Monologue, satire, registres
7
Un comique structurant
George Dandin, actes I à III
Structure répétitive, dénouement
8
La nuit, ressort dramatique et comique
George Dandin, III, 1 à 8
Quiproquo, double énonciation
9
Évaluation : texte et mise en scène
George Dandin, III, 5
Énonciation, aparté, mise en scène
10
Une réflexion sur la comédie
La Critique de l'École des femmes, sc. 6
Comédie et tragédie, « la règle de plaire »
11
Évaluation de fin de séquence
Sujets de dissertation
Méthode de la dissertation
Les textes étudiés
Texte
Auteur et œuvre
Date
Texte 1
Anonyme, La Farce du cuvier, scènes 1 et 2
XVe siècle
Texte 2
Molière, George Dandin, acte I, scènes 1 et 4
1668
Texte 3
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, II, 14, et Le Mariage de Figaro, II, 12
1775 et 1784
Texte 4
Marivaux, L'Île des esclaves, scène 1
1725
Texte 5
Molière, L'École des maris, I, 2, et Les Femmes savantes, I, 1
1661 et 1672
Texte 6
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 3
1784
Texte 7
Molière, George Dandin, acte III, scènes 2, 5, 6, 7 et 8
1668
Texte 8
Molière, La Critique de l'École des femmes, scène 6
1663
2Texte 1 · Séance 1
Qu'est-ce qu'une farce ?
La Farce du cuvier, anonyme, milieu du XVe siècle
La pièce
✱Jaquinot, le mari, se plaint seul en scène d'être tyrannisé par sa femme Jeannette et par sa belle-mère Jaquette : il veut redevenir « maître en sa maison ». Les deux femmes lui imposent alors d'écrire sur un parchemin la liste de toutes les tâches qu'il devra accomplir : se lever le premier, faire le feu, bercer l'enfant, faire la lessive… Jaquinot proteste, jette sa plume, se rassied, puis finit par signer. Mais pendant la lessive, Jeannette bascule dans le cuvier et appelle à l'aide : son mari consulte gravement son parchemin et répond que cette tâche ne figure pas sur son rôlet. Il ne la tire de là qu'après lui avoir fait promettre qu'il sera désormais le maître.
« Il faut faire au gré de sa femme, / Jaquinot, ne l'oubliez pas ! » … « Je n'obéis qu'au parchemin. »
La Farce du cuvier, scène 2, dans l'adaptation en vers modernes distribuée en classe (adaptateur non nommé dans les documents : citation volontairement limitée ; texte distribué en classe)
Synthèse : définir la farce
Critère
La farce
Histoire
Tradition des XVe et XVIe siècles.
Longueur
Pièce courte, en vers (octosyllabes).
Personnages
Trois ou quatre ; des figures immuables et schématiques : l'épouse rusée et infidèle, le mari cocu, le vilain obtus, le moine débauché, le marchand malhonnête. Les vices sont de caractère et d'état.
Action
Linéaire ; elle se dénoue par un renversement final de la situation : le trompeur est trompé.
Thèmes
La vie quotidienne : querelle de ménage, préséance au sein du couple, émancipation de la femme, adultère, vols, fourberies diverses.
Comique
Simple et efficace : comique d'action ou de situation (disputes, coups) ; comique de langage (double sens, parodie, pédanterie, proverbes, grossièretés).
Morale
Pragmatique : la ruse, le succès, la loi du plus fort ou du talion, la nécessité de survivre et la soif du plaisir.
Repères. D'après l'article « Farce » de l'Encyclopædia Universalis distribué en classe (résumé ici), l'âge d'or de la farce se situe entre 1400 et 1600. Les pièces, jouées par quatre ou cinq acteurs avec des meubles et des costumes ordinaires, mettent en scène les heurts entre mari et femme, vendeur et client, maître et serviteur. La plus célèbre est La Farce de maître Pathelin (vers 1460), dont une réplique est passée en proverbe : « Revenons à ces moutons ». Molière est le grand héritier de ces farceurs anonymes : déguisements, tromperies, coups de bâton et langue savoureuse se retrouvent dans ses pièces.
Molière, George Dandin, acte I, scènes 1 et 4 (1668)
✱La pièce. George Dandin, riche paysan, a épousé Angélique, fille de Monsieur et Madame de Sotenville, gentilshommes ruinés. Il a gagné un titre, « Monsieur de la Dandinière », mais sa femme le méprise et se laisse courtiser par Clitandre. À trois reprises, Dandin croit pouvoir confondre sa femme devant ses beaux-parents ; à trois reprises, c'est lui qui se retrouve confondu. La scène est, pendant toute la pièce, devant la maison de George Dandin.
Acte I, scène 1 · « Vous avez fait une sottise »Molière1622 – 1673
George Dandin Ah ! qu'une femme demoiselle est une étrange affaire, et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse de soi est bonne, c'est une chose considérable assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter. […] L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent, et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin, George Dandin, vous avez fait une sottise la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant, et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.
Molière, George Dandin ou le Mari confondu, acte I, scène 1 (1668)
Hans Ludwig Böhm, Victor Arnold dans le rôle de George Dandin (Deutsches Theater de Berlin), photographie publiée en 1919 ✱Dandin en paysan enrichi, sabots aux pieds : le mari qui regrette d'avoir épousé une « demoiselle ».Domaine public · Wikimedia Commons
Acte I, scène 4 : une situation type
✱Lubin, le valet de Clitandre, vient d'apprendre à Dandin, sans savoir à qui il parle, que sa femme reçoit un galant. Dandin va se plaindre à ses beaux-parents.
Acte I, scène 4 · « Ma femme n'est pas ma femme ? »
Monsieur de Sotenville Qu'est-ce, mon gendre ? vous me paraissez tout troublé.
George Dandin Aussi en ai-je du sujet, et…
Madame de Sotenville Mon Dieu ! notre gendre, que vous avez peu de civilité de ne pas saluer les gens quand vous les approchez !
George Dandin Ma foi ! ma belle-mère, c'est que j'ai d'autres choses en tête, et…
[Madame de Sotenville lui reproche de ne pas savoir vivre « parmi les personnes de qualité ».]
Madame de Sotenville Ne vous déferez-vous jamais avec moi de la familiarité de ce mot de « ma belle-mère », et ne sauriez-vous vous accoutumer à me dire « Madame » ?
George Dandin Parbleu ! si vous m'appelez votre gendre, il me semble que je puis vous appeler ma belle-mère.
[Madame de Sotenville rappelle la « grande différence » entre son gendre et elle ; Monsieur de Sotenville vante ses « actions de vigueur ».]
Monsieur de Sotenville Doucement, mon gendre. Apprenez qu'il n'est pas respectueux d'appeler les gens par leur nom, et qu'à ceux qui sont au-dessus de nous il faut dire « Monsieur » tout court.
George Dandin Hé bien ! Monsieur tout court, et non plus Monsieur de Sotenville, j'ai à vous dire que ma femme me donne…
Monsieur de Sotenville Tout beau ! Apprenez aussi que vous ne devez pas dire « ma femme », quand vous parlez de notre fille.
George Dandin J'enrage. Comment ? ma femme n'est pas ma femme ?
[Dandin parvient enfin à dire qu'il est « mal satisfait » de son mariage, qui n'a servi qu'à « reboucher » les dettes de ses beaux-parents. Ceux-ci lui vantent l'honneur d'être allié à leur maison.]
Madame de Sotenville Et à celle de la Prudoterie, dont j'ai l'honneur d'être issue, maison où le ventre anoblit, et qui, par ce beau privilège, rendra vos enfants gentilshommes ?
George Dandin Oui, voilà qui est bien, mes enfants seront gentilshommes ; mais je serai cocu, moi, si l'on n'y met ordre.
Molière, George Dandin, acte I, scène 4 (1668), extraits
Beaumarchais, Le Barbier de Séville (1775) et Le Mariage de Figaro (1784)
✱Le vieux docteur Bartholo, tuteur de Rosine, veut l'épouser et la tient enfermée. Le comte Almaviva, déguisé en soldat ivre, vient de glisser une lettre à la jeune fille. Bartholo exige de la lire.
Le Barbier de Séville, II, 14 · La lettreBeaumarchais1732 – 1799
BARTHOLO, ROSINE.
Bartholo Mais n'es-tu pas un peu curieuse de lire avec moi le papier qu'il t'a remis ?
Rosine Quel papier ?
Bartholo Celui qu'il a feint de ramasser pour te le faire accepter.
Rosine Bon ! c'est la lettre de mon cousin l'officier, qui était tombée de ma poche.
[Bartholo insiste ; Rosine s'indigne qu'on ouvre ses lettres et menace de s'enfuir. Pendant qu'il ferme la porte, elle glisse dans sa pochette la lettre du cousin à la place de l'autre, puis feint de s'évanouir. Bartholo en profite pour lire le billet… et découvre la lettre du cousin.]
Bartholo(à part) Ô Ciel ! c'est la lettre de son cousin. Maudite inquiétude ! Comment l'apaiser maintenant ? Qu'elle ignore au moins que je l'ai lue !
[Bartholo demande pardon, à genoux. Rosine lui tend alors la lettre ; il refuse de la lire.]
Bartholo Puisque la paix est faite, mignonne, donne-moi ta main. Si tu pouvais m'aimer, ah ! comme tu serais heureuse.
Rosine(baissant les yeux) Si vous pouviez me plaire, ah ! comme je vous aimerais.
Bartholo Je te plairai, je te plairai ; quand je te dis que je te plairai !
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte II, scène 14 (1775), extraits
✱Dix ans plus tard, dans Le Mariage de Figaro, Rosine est devenue la Comtesse Almaviva, et c'est le Comte qui est jaloux. Le jeune page Chérubin s'est caché dans le cabinet de toilette de la Comtesse quand le Comte frappe à la porte.
Le Mariage de Figaro, II, 12 · « Il y a quelqu'un dans ce cabinet »
LE COMTE, LA COMTESSE.
Le Comte(un peu sévère) Vous n'êtes pas dans l'usage de vous enfermer !
La Comtesse(troublée) Je… je chiffonnais… oui, je chiffonnais avec Suzanne ; elle est passée un moment chez elle.
[Le Comte parle d'un billet anonyme qui l'a « agité ».] Le page fait tomber une chaise dans le cabinet.
Le Comte Quel bruit entends-je ?
La Comtesse(plus troublée) Du bruit ?
Le Comte On a fait tomber un meuble.
La Comtesse Je… je n'ai rien entendu, pour moi.
Le Comte Il faut que vous soyez furieusement préoccupée !
La Comtesse Préoccupée ! de quoi ?
Le Comte Il y a quelqu'un dans ce cabinet, madame.
La Comtesse Eh… qui voulez-vous qu'il y ait, monsieur ?
Le Comte C'est moi qui vous le demande ; j'arrive.
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte II, scène 12 (1784), extrait
Jean-Baptiste Liénard d'après Jacques-Philippe-Joseph de Saint-Quentin, Le Mariage de Figaro, acte I : le Comte découvre Chérubin caché dans un fauteuil, gravure sur cuivre, 1785 ✱Le Comte jaloux découvre Chérubin caché : la même situation revient avec le cabinet fermé de l'acte II.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapestéréotypeVoir dans le Lexique →
5Texte 4 · Séance 4
Un conflit stéréotypé : maîtres et valets
Marivaux, L'Île des esclaves (1725), avec Molière et Beaumarchais
L'Île des esclaves, scène 1 · « Je l'ai été, je le confesse à ta honte »Marivaux1688 – 1763
Le théâtre représente une mer et des rochers d'un côté, et de l'autre quelques arbres et des maisons. IPHICRATE s'avance tristement sur le théâtre avec ARLEQUIN.
Iphicrate(après avoir soupiré) Arlequin !
Arlequin(avec une bouteille de vin qu'il a à sa ceinture) Mon patron !
Iphicrate Que deviendrons-nous dans cette île ?
Arlequin Nous deviendrons maigres, étiques, et puis morts de faim : voilà mon sentiment et notre histoire.
[Iphicrate explique qu'ils ont échoué dans l'île des Esclaves, où les maîtres sont tués ou réduits en esclavage. Arlequin se met à siffler, à chanter, à rire, et refuse de le suivre.]
Arlequin Mon cher patron, vos compliments me charment ; vous avez coutume de m'en faire à coups de gourdin qui ne valent pas ceux-là, et le gourdin est dans la chaloupe.
Iphicrate Eh ! ne sais-tu pas que je t'aime ?
Arlequin Oui, mais les marques de votre amitié tombent toujours sur mes épaules, et cela est mal placé. […]
Iphicrate Esclave insolent !
Arlequin(riant) Ah ! ah ! vous parlez la langue d'Athènes, mauvais jargon que je n'entends plus.
Iphicrate Méconnais-tu ton maître, et n'es-tu plus mon esclave ?
Arlequin(se reculant d'un air sérieux) Je l'ai été, je le confesse à ta honte ; mais va, je te le pardonne : les hommes ne valent rien. Dans le pays d'Athènes j'étais ton esclave, tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort : eh bien, Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi ; on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice-là. […] Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable, tu sauras mieux ce qu'il est permis de faire souffrir aux autres.
Marivaux, L'Île des esclaves, scène 1 (1725), extraits
Maurice Sand, Arlequin (1671), gravure pour Masques et bouffons, 1860 ✱Arlequin, valet de la commedia dell'arte, devient chez Marivaux l'esclave qui renverse son maître.Domaine public · Wikimedia Commons
Deux autres couples maître-valet
Dom Juan, I, 2 · « Holà, maître sot »Molière1622 – 1673
Sganarelle Ma foi ! Monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante raillerie que de se railler du Ciel, et que les libertins ne font jamais une bonne fin.
Dom Juan Holà ! maître sot, vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances.
Sganarelle Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde. […] C'est bien à vous, petit ver de terre, petit mirmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes révèrent ? […]
Dom Juan Paix !
Molière, Dom Juan ou le Festin de pierre, acte I, scène 2 (1665), extrait
Le Mariage de Figaro, III, 5 · « Je sais God-dam »Beaumarchais1732 – 1799
Le Comte Les domestiques ici… sont plus longs à s'habiller que les maîtres !
Figaro C'est qu'ils n'ont point de valets pour les y aider.
[Le Comte cherche à savoir ce que Figaro sait de ses projets sur Suzanne ; Figaro esquive en faisant l'éloge burlesque de la langue anglaise, « God-dam ».]
Le Comte Cent fois je t'ai vu marcher à la fortune, et jamais aller droit.
Figaro Comment voulez-vous ? la foule est là : chacun veut courir : on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut ; le reste est écrasé.
Le Comte Avec du caractère et de l'esprit, tu pourrais un jour t'avancer dans les bureaux.
Figaro De l'esprit pour s'avancer ? Monseigneur se rit du mien. Médiocre et rampant, et l'on arrive à tout.
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte III, scène 5 (1784), extrait
Molière, L'École des maris (1661) et Les Femmes savantes (1672)
Angélique, Rosine, la Comtesse : la comédie met sans cesse en scène des femmes mariées contre leur gré ou surveillées par un tuteur jaloux. Molière fait de cette question un véritable débat d'idées. Dans L'École des maris, Sganarelle et Ariste sont frères ; avant de mourir, un ami leur a confié l'éducation de ses filles, Isabelle et Léonor, qu'ils doivent épouser. Lisette, la suivante de Léonor, vient de déclarer que les femmes doivent jouir d'une certaine liberté.
L'École des maris, I, 2 · « Qu'il nous faut en riant instruire la jeunesse »Molière1622 – 1673
Sganarelle
Ariste
Molière, L'École des maris, acte I, scène 2 (1661), début de l'extrait étudié (v. 161 et suivants de la pièce)
[Ariste poursuit : il laisse Léonor voir le monde, les bals, les comédies, et lui laisse « liberté tout entière » de l'épouser ou non. Sganarelle l'interroge alors sur ce qu'il permettra à sa femme une fois mariée.]
L'École des maris, I, 2 · « Allez, vous êtes un vieux fou »
[Sganarelle demande si Ariste laissera sa femme « courir tous les bals et les lieux d'assemblée » ; Ariste répond : « Oui, vraiment. »]
Sganarelle
Ariste
Sganarelle
Ariste
Sganarelle
Ariste
Sganarelle
Ariste
Sganarelle
Molière, L'École des maris, acte I, scène 2 (1661), fin de l'extrait
Prolongement : Les Femmes savantes
✱Onze ans plus tard, Molière renverse la situation : c'est une femme, Armande, qui méprise le mariage au nom de la philosophie, tandis que sa sœur Henriette veut épouser Clitandre.
Les Femmes savantes, I, 1 · « Ce vulgaire dessein »
ARMANDE, HENRIETTE.
Armande
Henriette
Armande
[Armande s'indigne du mot même de « mariage ».]
Henriette
Molière, Les Femmes savantes, acte I, scène 1 (1672), extrait
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte V, scène 3 (1784)
✱La situation. La nuit, dans le parc du château d'Aguas-Frescas. Figaro, caché, attend de surprendre Suzanne et le Comte. Seul en scène, il laisse éclater sa jalousie, puis, glissant de sa situation présente à toute sa vie passée, il se lance dans le plus long monologue du théâtre français du XVIIIe siècle.
Acte V, scène 3 · « Vous vous êtes donné la peine de naître »Beaumarchais1732 – 1799
FIGARO, seul, se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre :
Figaro Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante !… nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ?… […] Non, monsieur le Comte, vous ne l'aurez pas… vous ne l'aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !… Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs, pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… [Figaro raconte alors sa vie : enfant volé par des bandits, apprenti chirurgien, auteur dramatique censuré, emprisonné pour un écrit sur l'argent, journaliste supprimé, banquier de jeu, puis barbier « de ville en ville », jusqu'à ce que le Comte veuille lui prendre sa fiancée. Il conclut : « sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ».] Ô bizarre suite d'événements ! Comment cela m'est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d'autres ? Qui les a fixées sur ma tête ? […] maître ici, valet là, selon qu'il plût à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées ; j'ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l'illusion s'est détruite et, trop désabusé… Désabusé !… Désabusé !… Suzon, Suzon, Suzon ! que tu me donnes de tourments !… J'entends marcher… on vient. Voici l'instant de la crise.
Il se retire près de la première coulisse à sa droite.
Beaumarchais, La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, acte V, scène 3 (1784), début et fin du monologue
Après avoir lu la pièce en entier, on observe sa construction. George Dandin ne raconte pas une intrigue qui progresse d'acte en acte : il répète trois fois le même schéma, celui du mari qui veut confondre sa femme et qui finit confondu. La répétition, procédé de base de la farce, devient ici le principe qui structure toute la comédie.
I. Trois actes, un même schéma : le comique de répétition
Étape
Acte I
Acte II
Acte III
Lubin prévient malgré lui Dandin que sa femme le trompe
I, 2 : Lubin révèle le message du galant sans savoir à qui il parle.
II, 5 : Lubin avoue, en croyant se taire, que le vicomte a donné de l'argent à Claudine.
III, 3 : dans la nuit, il prend Dandin pour Claudine : « ton maître est plaisamment attrapé ».
Dandin monte un stratagème pour prendre sa femme sur le fait
I, 4 à 6 : il se plaint aux Sotenville.
II, 8 : il fait venir les Sotenville pour qu'ils surprennent Angélique.
III, 6 : il laisse sa femme dehors et envoie chercher ses beaux-parents.
Le stratagème se retourne contre lui
I, 5 et 6 : les amants nient ; Dandin doit faire des excuses à Clitandre.
II, 8 : Angélique feint de battre Clitandre ; c'est Dandin qui reçoit les coups.
III, 7 : enfermé dehors, accusé d'ivrognerie, Dandin demande pardon à genoux.
II. Quel dénouement pour George Dandin ?
✱Le dernier stratagème de Dandin a échoué : ses beaux-parents, arrivés en habits de nuit, l'ont obligé à demander pardon à sa femme. Monsieur de Sotenville lui dicte ses excuses, mot à mot.
Acte III, scènes 7 et 8 · « La tête la première »Molière1622 – 1673
Monsieur de Sotenville Nous y donnerons ordre. Allons, mettez-vous à genoux.
George Dandin À genoux ?
Monsieur de Sotenville Oui, à genoux, et sans tarder.
George Dandin(Il se met à genoux, sa chandelle à la main.) Ô Ciel ! Que faut-il dire ?
Monsieur de Sotenville « Madame, je vous prie de me pardonner. »
George Dandin « Madame, je vous prie de me pardonner. »
Monsieur de Sotenville « L'extravagance que j'ai faite. »
George Dandin « L'extravagance que j'ai faite » (à part) de vous épouser.
[Les Sotenville menacent leur gendre s'il recommence, puis rentrent se coucher : « Voilà le jour qui va paraître. »]
SCÈNE 8. GEORGE DANDIN, seul.
George Dandin Ah ! je le quitte maintenant, et je n'y vois plus de remède : lorsqu'on a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti qu'on puisse prendre, c'est de s'aller jeter dans l'eau la tête la première.
Molière, George Dandin, acte III, fin de la scène 7 et scène 8 (1668)
Jean-Michel Moreau le Jeune (dessin) et Jean-Jacques Le Veau (gravure), George Dandin, gravure pour les Œuvres de Molière, 1773 ✱La nuit, Dandin doit se mettre à genoux et demander pardon : le schéma se répète une dernière fois.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapecomiqueVoir dans le Lexique →
9Texte 7 · Séance 8
La nuit, ressort dramatique et comique
Molière, George Dandin, acte III, scènes 1 à 8 (1668)
Tout l'acte III se joue la nuit. Ce changement de décor n'est pas un simple ornement : l'obscurité, que l'on figure au théâtre par des chandelles et des lanternes, permet les rencontres secrètes, les méprises et les cachettes. Elle devient un ressort dramatique (elle fait avancer l'action) et un ressort comique (elle crée les quiproquos).
L'acte III, scène par scène
Scène
Personnages
Ressort comique ou dramatique
III, 1
Clitandre, Lubin
Comique de mots : les réflexions de Lubin sur la nuit (« pourquoi il ne fait point jour la nuit ») ; une réflexion sur l'éducation des valets.
III, 2
Angélique, Claudine, Clitandre, Lubin
Le quiproquo de l'échange des couples amoureux.
III, 3
Dandin, Lubin
Quiproquo de Lubin, qui prend Dandin pour Claudine et lui baise la main.
III, 4
Dandin, Colin
Le jeu de cache-cache ; une nouvelle variation sur le couple maître-valet.
[Angélique et Claudine sortent sans bruit de la maison, laissant la porte entrouverte. Les quatre personnages s'appellent à voix basse, chacun à son tour : « St. »]
Clitandre(à Claudine) Madame.
Angélique(à Lubin) Quoi ?
Lubin(à Angélique) Claudine.
Claudine(à Clitandre) Qu'est-ce ?
Clitandre(ayant rencontré Claudine) Ah ! Madame, que j'ai de joie !
Lubin(ayant rencontré Angélique) Claudine, ma pauvre Claudine.
Claudine(à Clitandre) Doucement, Monsieur.
Angélique(à Lubin) Tout beau, Lubin.
Clitandre Est-ce toi, Claudine ?
Claudine Oui.
Lubin Est-ce vous, Madame ?
Angélique Oui.
[Claudine conclut : « Vous avez pris l'une pour l'autre » ; Lubin s'excuse : « la nuit, on n'y voit goutte ». Les amants vont s'asseoir au fond du théâtre, sur un gazon, au pied d'un arbre.]
Molière, George Dandin, acte III, scène 2 (1668)
Acte III, scène 6 : la tentation du tragique
✱Dandin a fermé la porte : Angélique est dehors, et il a envoyé chercher ses beaux-parents. Elle avoue sa faute et supplie ; il reste inflexible.
George Dandin Ah ! crocodile, qui flatte les gens pour les étrangler.
Angélique Accordez-moi cette faveur.
George Dandin Point d'affaires. Je suis inexorable.
Angélique Montrez-vous généreux.
George Dandin Non.
Angélique De grâce !
George Dandin Point.
Angélique Je vous en conjure de tout mon cœur.
George Dandin Non, non, non. Je veux qu'on soit détrompé de vous, et que votre confusion éclate.
Angélique Hé bien ! si vous me réduisez au désespoir, je vous avertis qu'une femme en cet état est capable de tout, et que je ferai quelque chose ici dont vous vous repentirez.
[Angélique menace de se tuer avec un couteau, pour que l'on accuse son mari de sa mort. Dandin n'y croit pas : « On ne s'avise plus de se tuer soi-même, et la mode en est passée il y a longtemps. » Elle feint de se frapper ; Dandin sort avec une chandelle pour voir ; les deux femmes rentrent et l'enferment dehors.]
Molière, George Dandin, acte III, scène 6 (1668), extrait
François Boucher, George Dandin ou le Mari confondu, gravure pour les Œuvres de Molière (Figures de Boucher pour Molière), milieu du XVIIIe siècle ✱La nuit, Dandin à la porte, une chandelle à la main, tandis qu'Angélique et Claudine l'observent du balcon.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapenuitVoir dans le Lexique →
10Évaluation · Séance 9
Évaluation : texte et mise en scène
Molière, George Dandin, acte III, scène 5 (1668)
Pierre Brissart (dessin) et Jean Sauvé (gravure), George Dandin, frontispice de l'édition des Œuvres de Molière, 1682 ✱Dandin à genoux, un cierge à la main, devant Angélique et les Sotenville : une mise en image de 1682.Domaine public · Wikimedia Commons
Devoir en classe, noté sur 20 points : questions sur le texte (10 points), sur le répertoire des notions (4 points) et sur la mise en scène vue en classe (6 points). Dandin, caché dans l'obscurité, surprend la fin du rendez-vous nocturne de sa femme.
Acte III, scène 5 · « Voilà nos carognes de femmes »Molière1622 – 1673
CLITANDRE, ANGÉLIQUE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE, LUBIN.
Angélique Adieu. Il est temps de se retirer.
Clitandre Quoi ? si tôt ?
Angélique Nous nous sommes assez entretenus.
Clitandre Ah ! Madame, puis-je assez vous entretenir, et trouver en si peu de temps toutes les paroles dont j'ai besoin ? Il me faudrait des journées entières pour me bien expliquer à vous de tout ce que je sens, et je ne vous ai pas dit encore la moindre partie de ce que j'ai à vous dire.
[Angélique promet de nouveaux rendez-vous ; Clitandre se désole qu'elle aille « trouver un mari » : « les privilèges qu'ont les maris sont des choses cruelles pour un amant qui aime bien ».]
Angélique Serez-vous assez faible pour avoir cette inquiétude, et pensez-vous qu'on soit capable d'aimer de certains maris qu'il y a ? On les prend, parce qu'on ne s'en peut défendre, et que l'on dépend de parents qui n'ont des yeux que pour le bien ; mais on sait leur rendre justice, et l'on se moque fort de les considérer au-delà de ce qu'ils méritent.
George Dandin Voilà nos carognes de femmes.
Clitandre Ah ! qu'il faut avouer que celui qu'on vous a donné était peu digne de l'honneur qu'il a reçu, et que c'est une étrange chose que l'assemblage qu'on a fait d'une personne comme vous avec un homme comme lui !
George Dandin(à part) Pauvres maris ! voilà comme on vous traite.
Molière, George Dandin, acte III, scène 5 (1668), début
[Clitandre ajoute que le Ciel n'a pas fait Angélique « pour être la femme d'un paysan ».]
George Dandin Plût au Ciel fût-elle la tienne ! Tu changerais bien de langage. Rentrons ; c'en est assez.
Il entre et ferme la porte.
Claudine Madame, si vous avez à dire du mal de votre mari, dépêchez vite, car il est tard.
Clitandre Ah ! Claudine, que tu es cruelle !
Angélique Elle a raison. Séparons-nous.
Clitandre Il faut donc s'y résoudre, puisque vous le voulez. Mais au moins je vous conjure de me plaindre un peu des méchants moments que je vais passer.
Angélique Adieu.
Lubin Où es-tu, Claudine, que je te donne le bonsoir ?
Claudine Va, va, je le reçois de loin, et je t'en renvoie autant.
Molière, George Dandin, acte III, scène 5 (1668), fin
11Texte 8 · Séance 10
Une réflexion sur la comédie
Molière, La Critique de l'École des femmes, scène 6 (1663)
Scène 6 · « Une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens »Molière1622 – 1673
Dorante Vous croyez donc, Monsieur Lysidas, que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange ?
Uranie Ce n'est pas mon sentiment, pour moi. La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre.
Dorante Assurément, Madame ; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous abuseriez pas. Car enfin, je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser les Destins, et dire des injures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont des portraits à plaisir, où l'on ne cherche point de ressemblance ; et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature. On veut que ces portraits ressemblent ; et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot, dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n'être point blâmé, de dire des choses qui soient de bon sens et bien écrites ; mais ce n'est pas assez dans les autres, il y faut plaisanter ; et c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.
Climène Je crois être du nombre des honnêtes gens ; et cependant je n'ai pas trouvé le mot pour rire dans tout ce que j'ai vu.
Le Marquis Ma foi, ni moi non plus.
[Dorante raille les goûts du Marquis et défend le jugement de la cour contre « le savoir enrouillé des pédants ». Lysidas prétend montrer dans la pièce « cent défauts visibles ».]
Lysidas Ceux qui possèdent Aristote et Horace voient d'abord, Madame, que cette comédie pèche contre toutes les règles de l'art.
Uranie Je vous avoue que je n'ai aucune habitude avec ces messieurs-là, et que je ne sais point les règles de l'art.
Dorante Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles, dont vous embarrassez les ignorants et nous étourdissez tous les jours. […] Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. Veut-on que tout un public s'abuse sur ces sortes de choses, et que chacun ne soit pas juge du plaisir qu'il y prend ?
Molière, La Critique de l'École des femmes, scène 6 (1663), extrait
Jean Sauvé d'après Pierre Brissart, La Critique de l'École des femmes, frontispice de l'édition des Œuvres de Molière, 1682 ✱Un salon où l'on discute de la comédie : c'est le cadre de La Critique de l'École des femmes.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapecomédieVoir dans le Lexique →
12Évaluation · Séance 11
Vers l'exercice de la dissertation
Comédie et comique : sujets, méthode et corrigé
La séquence se termine par une initiation à la dissertation. Deux sujets ont été donnés selon les années : le premier part d'une définition imagée de la comédie, le second d'une réplique de La Critique de l'École des femmes étudiée à la séance 10.
Sujet A · « Le fils du comique de farce »
« Le comique de la comédie est comme le fils du comique de farce : il a les traits de son père mais son visage est un peu plus sérieux. »
Partagez-vous cette définition de la comédie ?
Sujet B · La comédie, un genre mineur ?
Pensez-vous, comme Lysidas, « que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes sérieux, et que les pièces comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange » ?
Vous répondrez à cette question en un développement composé et argumenté qui s'appuiera sur le texte de Molière, les textes lus et vus en cours et vos connaissances personnelles. (« Poème » est à entendre au sens de « pièce de théâtre » au XVIIe siècle.)
Conclusion à rédiger : la thèse de Lysidas, recevable pour la farce, ne résiste pas à l'examen de la grande comédie ; esprit et beauté sont des atouts que partagent les deux grands genres du théâtre, différemment selon les époques.
Prolongement : comédie et comique chez Shakespeare
13Entraînement · Seconde 11, 2009
Maîtres et valets : genre, registre, invention
Devoir en classe de deux heures sur un corpus de trois textes
En classe de Seconde (2de 11, 2008-2009), la séquence a été évaluée par un devoir de deux heures sur un corpus consacré au couple maître-valet. Les deux premiers textes ont été étudiés à la séance 4 ; le troisième, plus récent, est encore protégé par le droit d'auteur.
Texte
Référence
Situation
Texte 1
Molière, Dom Juan, acte I, scène 2 (1665)
Sganarelle reproche à son maître sa vie de libertin, en feignant de parler d'un autre (« je parle au maître que j'ai dit ») ; Dom Juan le fait taire. Voir la séance 4.
Texte 2
Marivaux, L'Île des esclaves, scène 1 (1725)
Iphicrate et Arlequin, naufragés sur l'île des Esclaves : le valet boit, chante, rit de son maître et refuse de le suivre. Voir la séance 4.
Texte 3
Jean Genet, Les Bonnes (1947), début de la pièce
En l'absence de leur maîtresse, deux domestiques, Claire et Solange, jouent à être Madame et sa bonne : Claire, vêtue de la robe de Madame, exige d'être insultée et déverse sa haine des domestiques. Texte distribué en classe.
✱Sources : dossier « Cours Lycée/1re/théâtre/comédie et comique, Georges Dandin » (2001-2003) : cours et définition de la farce, article « Farce » de l'Encyclopædia Universalis, études de George Dandin (I, 4 ; comique structurant ; la nuit ; quiproquo de III, 2 ; évaluation sur III, 5), le jaloux trompé, maîtres et valets, synthèse sur L'Île des esclaves, le discours sur les femmes, L'École des maris, le monologue de Figaro, La Critique de l'École des femmes, évaluation de fin de séquence et méthode de la dissertation, textes intégraux ; dossier « comédie et comique, Shakespeare » (2002-2003) ; « sujets de dissertation sur comédie et comique » (Méthodes du bac) ; devoir « Comédie et comique », 2de 11 (2008-2009). Textes de l'Anonyme du Cuvier, de Molière, Marivaux et Beaumarchais, dans le domaine public ; Genet et Ionesco cités par référence seulement. Ajouts pour le manuel (signalés par la pastille) : résumés de situation et lexiques.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
stéréotype d'abord en imprimerie : cliché fixe pour reproduire une page
Expressions
le barbon jaloux : vieillard amoureux trompé
le mari trompé : situation type de la farce
une situation stéréotypée : toujours la même, reconnaissable
un dictionnaire des idées reçues : recueil de clichés
Références culturelles
Molière, George Dandin, 1668Le paysan parvenu, l'épouse coquette et les nobles orgueilleux sont des types comiques.
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, 1775Bartholo, vieux tuteur jaloux, reprend le type traditionnel du barbon de comédie.
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1784Beaumarchais joue avec les types de la comédie, comme le valet rusé, tout en les renouvelant.
Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, 1913 [à vérifier]Flaubert y recense avec ironie les clichés et les opinions toutes faites de son époque.
Carte mentale ✱condition fémininegroupe nominal féminin
Synonymes
situation des femmesstatut des femmesplace des femmes
Dérivés
conditionneladj.conditionnerv.féminitén. f.féminismen. m.féministeadj.féminiserv.féminisationn. f.
Champ lexical
éducationmariageobéissancelibertésavoirégalité
Étymologie
condicio latin : situation, état
femina latin : femme
féminin, féminisme mots de la même famille
Expressions
l'éducation des filles : grand débat du XVIIe siècle
le mariage forcé : imposé par le père
les femmes savantes : femmes qui revendiquent le savoir
Références culturelles
Molière, L'École des femmes, 1662Arnolphe veut une épouse ignorante et soumise : Molière se moque de cette tyrannie domestique.
Molière, Les Femmes savantes, 1672Molière raille des femmes pédantes, mais la pièce montre aussi leur désir d'accéder au savoir.
Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791Olympe de Gouges réclame pour les femmes les droits proclamés pour les hommes en 1789.
Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949Beauvoir montre que la condition des femmes est construite par la société : « On ne naît pas femme, on le devient ».
comédienn. m.comédiennen. f.comiqueadj.comiquementadv.tragi-comédien. f.
Champ lexical
rirequiproquovaletrusemariagedénouement heureux
Étymologie
kômos grec : fête joyeuse, cortège chantant
ôidê grec : chant
kômôidia grec, puis latin comoedia : comédie
Expressions
jouer la comédie : faire semblant
quelle comédie ! : quelle agitation exagérée
la Comédie-Française : troupe fondée en 1680, la « maison de Molière »
Références culturelles
Molière, Le Médecin malgré lui, 1666Comédie où Sganarelle, devenu médecin malgré lui, ridiculise la médecine.
Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671Comédie d'intrigue où le valet Scapin mène le jeu par ses ruses.
Marivaux, L'Île des esclaves, 1725Comédie où maîtres et esclaves échangent leurs rôles pour une leçon morale.
14IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Interviewer George Dandin après la scène finale
En classe25 min
Objectif. Comprendre le dénouement ambigu de George Dandin (acte III, scènes 7 et 8) et repérer ce que l'IA ajoute au texte.
Relis la fin de l'acte III et la synthèse « un dénouement ambigu ».
Préparez en groupes trois questions pour Dandin, juste après qu'il s'est mis à genoux.
Faites jouer Dandin à l'IA et posez vos questions.
Comparez ses réponses au texte : le personnage est-il plus comique ou plus pathétique que chez Molière ?
À écrire à l'IA
Joue George Dandin, le paysan riche de la comédie de Molière (1668), juste après la fin de la pièce, quand tes beaux-parents t'ont forcé à demander pardon à genoux. Des élèves de Seconde t'interrogent. Réponds en 3 phrases, dans un français simple, sans inventer d'événements qui ne sont pas dans la pièce.
Garde ton esprit critique. Repère les éléments ajoutés par l'IA (sentiments, projets, événements). Relie chaque réponse jugée fidèle à une réplique précise de l'acte III.
2
De la farce à la satire : comparer avec l'IA
À la maison30 min
Objectif. Montrer ce que Molière garde et transforme de La Farce du cuvier (mari dominé, comique de répétition, satire sociale).
Relis la synthèse « définir la farce » et l'encadré « de la situation farcesque à la satire sociale ».
Écris seul un tableau à deux colonnes : ce que Dandin hérite de Jaquinot, ce qui est nouveau.
Demande à l'IA le même tableau.
Compare et corrige les erreurs de l'IA sur les deux pièces.
À écrire à l'IA
Compare La Farce du cuvier (farce anonyme du XVe siècle) et George Dandin de Molière (1668) dans un tableau en deux colonnes : ce que Molière reprend de la farce, ce qu'il transforme (satire sociale, ambiguïté du dénouement). 5 lignes maximum par colonne.
Garde ton esprit critique. Les intrigues de farces médiévales sont mal connues des IA : vérifie chaque détail sur Jaquinot dans le manuel. Méfie-toi des affirmations sur les intentions de Molière sans preuve.
3
Dissertation : la comédie, un genre mineur ?
À la maison45 min
Objectif. Préparer le sujet B (Lysidas, La Critique de l'École des femmes) en élaborant son plan puis en le confrontant à une critique de l'IA.
Relis l'extrait de La Critique de l'École des femmes et la méthode « analyser un sujet de dissertation ».
Fais seul ton plan détaillé avec deux exemples par partie, pris dans les pièces de la séquence.
Demande à l'IA de critiquer ton plan, sans le refaire.
Compare ensuite ton plan avec le corrigé du manuel et note la différence principale.
À écrire à l'IA
Voici le plan de ma dissertation de Seconde sur ce sujet : « Pensez-vous, comme Lysidas, que tout l'esprit et toute la beauté sont dans les poèmes sérieux ? » (Molière, La Critique de l'École des femmes). Je le colle ci-dessous. Ne rédige rien. Dis-moi si la problématique est claire et si mes exemples prouvent vraiment mes idées.
Garde ton esprit critique. L'IA a tendance à approuver ou à proposer un plan tout fait. Ne garde que les remarques qui portent sur ton plan, et vérifie les exemples qu'elle suggère dans les pièces.
4
Jouer le quiproquo de l'acte III
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Comprendre le quiproquo et le rôle de la nuit (acte III, scène 2) en préparant une mise en scène.
Relis la définition du quiproquo et la scène 2 de l'acte III.
Note seul trois choix de mise en scène : lumière, déplacements, voix.
Demande à l'IA des conseils de mise en scène et compare avec tes choix.
Garde une idée de l'IA au maximum et justifie-la avec une réplique ou une didascalie.
À écrire à l'IA
Je prépare en Seconde la mise en scène de George Dandin de Molière, acte III, scène 2 : dans la nuit, les personnages se confondent (quiproquo). Donne 5 conseils précis de mise en scène pour rendre le quiproquo visible et drôle. Appuie chaque conseil sur la situation de la scène.
Garde ton esprit critique. Vérifie que les conseils correspondent aux personnages présents dans la scène (Angélique, Claudine, Clitandre, Lubin) et ne reposent pas sur des répliques inventées.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
12 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
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