Poète et critique français du XVIIe siècle, Boileau a défendu les règles du classicisme. Dans L'Art poétique (1674), étudié sur le site, il explique en vers comment bien écrire et fixe les règles du théâtre, comme la règle des trois unités. Il a aussi écrit des Satires, où il se moque des mauvais auteurs et des défauts de son temps.
Écrivain français du XVIIIe siècle, Marivaux a surtout écrit des comédies pour les comédiens italiens de Paris. Ses pièces analysent finement la naissance de l'amour, comme Le Jeu de l'amour et du hasard (1730). Dans L'Île des esclaves (1725), étudiée sur le site, maîtres et serviteurs échangent leurs rôles sur une île. On parle de « marivaudage » pour désigner son style.
Marivaux, La Double Inconstance : texte et représentation
Cette séquence de Première STT fait lire en œuvre intégrale une comédie de Marivaux, La Double Inconstance, créée le 6 avril 1723 par les Comédiens-Italiens à l'Hôtel de Bourgogne. Un Prince aime Silvia, une jeune villageoise qu'il a fait enlever ; mais Silvia aime Arlequin, qui l'aime aussi. Les lois du pays interdisent au Prince la violence : il faut donc que les deux amants cessent de s'aimer d'eux-mêmes. Flaminia, fille d'un domestique du Prince, monte pour cela une comédie dans la comédie, avec ses rôles, ses déguisements et ses mensonges.
La séquence suit cette intrigue en cinq extraits, du refus de Silvia (I, 1) à son changement de cœur (III, 8). Elle s'appuie sur deux questions qui traversent toute la pièce : qui joue un rôle, et devant qui ? (les masques) et où se trouvent les personnages, et où voudraient-ils être ? (l'espace scénique). Elle prépare aux trois exercices de l'épreuve anticipée de français : commentaire, dissertation et écriture d'invention.
Fiche enseignant
Intitulé
La Double Inconstance : texte et représentation, jeux de masques et espace scénique
Objet d'étude
Le théâtre : texte et représentation (programme de Première, 2001)
Œuvre intégrale
Marivaux, La Double Inconstance, comédie en trois actes et en prose (1723)
Classe et période
Première STT (1STT2), novembre 2001 à janvier 2002
Durée
Dix séances, un devoir maison, une évaluation de fin de séquence
Fil rouge
Comment le théâtre de Marivaux fait-il du jeu de l'acteur le ressort même de l'intrigue amoureuse ?
Le parcours
N°
Dominante
Support
Notions
1
Entrer dans l'œuvre : paratexte et horizon d'attente
Couverture, liste des personnages, biographie
Paratexte, horizon d'attente
2
Les scènes de théâtre aux XVIIe et XVIIIe siècles
Iconographie : Hôtel de Bourgogne, Comédie-Française ; Arlequin
Théâtre à l'italienne, Comédiens-Italiens
3
Texte 1 · Une ouverture spectaculaire
Acte I, scène 1
Exposition, stichomythie, hors-scène
4
Cours · L'espace dans la pièce
L'ensemble de l'œuvre
Espace scénique, espace ludique, hors-scène
5
Texte 2 · Le piège se referme
Acte I, scène 13
Didascalies, comique de situation et de mots
6
Cours · Masques et mensonges
L'ensemble de l'œuvre ; la commedia dell'arte
Masque, canevas, théâtre dans le théâtre
7
Texte 3 · Une scène de masques
Acte II, scène 2
Mise en abyme, double énonciation
8
Texte 4 · L'aveu de Flaminia
Acte III, scène 7
Registres comique et pathétique, scène d'aveu
9
Texte 5 · « Je rêve à moi »
Acte III, scène 8
Dénouement préparé, inconstance
10
Entraînement et évaluation
Annales zéro STT (Marivaux, La Colonie ; Beaumarchais, Le Mariage de Figaro) ; évaluation sur III, 8
Commentaire, dissertation, invention
DM
Texte et représentation
Boileau, Art poétique ; Jean Vilar ; Antonin Artaud
Mise en scène, jeu de l'acteur
Les extraits étudiés
Extrait
Scène
Ce qui s'y joue
Texte 1
Acte I, scène 1
Silvia, enlevée par le Prince, refuse de manger, d'écouter Trivelin et d'aimer un autre qu'Arlequin.
Texte 2
Acte I, scène 13
Flaminia éloigne Silvia et retient Arlequin, qui finit par se laisser tenter par un bon dîner.
Texte 3
Acte II, scène 2
Lisette, déguisée en dame de la cour, vient « piquer » Silvia devant le Prince, déguisé en officier.
Texte 4
Acte III, scène 7
Flaminia, faussement chassée, avoue son amour à Arlequin, qui découvre qu'il l'aime aussi.
Texte 5
Acte III, scène 8
Silvia constate qu'elle n'aime plus Arlequin et se décide pour l'« officier ».
2Séance 1 · Ouverture
Paratexte et horizon d'attente
Marivaux et son époque, la couverture, les personnages
Avant de lire la pièce, on l'aborde par ses seuils : le nom de l'auteur, le titre, l'image de couverture, la liste des personnages. Ce paratexte fait naître chez le lecteur des attentes, un horizon d'attente, que la lecture confirmera ou déjouera. Le questionnaire se fait en trois colonnes, à l'aide de l'édition de poche utilisée en classe.
L'Hôtel de Bourgogne, la Comédie-Française et les Comédiens-Italiens
Charles-Nicolas Cochin d'après Antoine Watteau, L'Amour au théâtre italien, gravure, XVIIIe siècle ✱Les Comédiens-Italiens, avec Arlequin et Pierrot : la troupe pour laquelle Marivaux écrit sa pièce.Domaine public · Wikimedia CommonsAnonyme, façade de l'Hôtel des Comédiens italiens ordinaires du Roi (Hôtel de Bourgogne), dessin, XVIIIe siècle ✱Le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, où les Comédiens-Italiens créent La Double Inconstance en 1723.Domaine public · Wikimedia Commons
Le document distribué en classe réunit deux vues de scènes de l'époque : la scène de l'Hôtel de Bourgogne, la plus ancienne salle de Paris, et celle de la Comédie-Française en 1710. Il présente aussi Arlequin et les acteurs italiens pour lesquels Marivaux a écrit La Double Inconstance.
Acte I, scène 1 · Le refus de SilviaMarivaux1688 – 1763
SILVIA, TRIVELIN et quelques femmes à la suite de Silvia. (Silvia paraît sortir comme fâchée.)
Trivelin Mais, Madame, écoutez-moi.
Silvia Vous m'ennuyez.
Trivelin Ne faut-il pas être raisonnable ?
Silviaimpatientée Non, il ne faut pas l'être, et je ne la serai point.
Trivelin Cependant…
Silviaavec colère Cependant, je ne veux point avoir de raison ; et quand vous recommenceriez cinquante fois votre cependant, je n'en veux point avoir : que ferez-vous là ?
Trivelin Vous avez soupé hier si légèrement, que vous serez malade si vous ne prenez rien ce matin.
Silvia Et moi, je hais la santé, et je suis bien aise d'être malade. Ainsi, vous n'avez qu'à renvoyer tout ce qu'on m'apporte ; car je ne veux aujourd'hui ni déjeuner, ni dîner, ni souper ; demain la même chose ; je ne veux qu'être fâchée, vous haïr tous tant que vous êtes, jusqu'à ce que j'aie vu Arlequin, dont on m'a séparée. […]
[Trivelin rappelle à Silvia que c'est son « Souverain » qui l'aime et qui l'a choisie pour épouse parmi ses sujettes. Silvia répond qu'on ne lui a pas demandé son avis et qu'on ne force pas les gens à recevoir des présents malgré eux. Trivelin lui vante les honneurs et les divertissements dont on l'entoure.]
Marivaux, La Double Inconstance, acte I, scène 1 (1723), début
Acte I, scène 1 · « Une princesse qui pleure »
Silvia Eh bien ! mon serviteur, qui me vantez tant les honneurs que j'ai ici, qu'ai-je affaire de ces quatre ou cinq fainéantes qui m'espionnent toujours ? On m'ôte mon amant, et on me rend des femmes à la place ; ne voilà-t-il pas un beau dédommagement ? […] Une bourgeoise contente dans un petit village vaut mieux qu'une princesse qui pleure dans un bel appartement. […] (Elle se dérange de sa place.) Je suis outrée ; tenez, voulez-vous me faire un plaisir ? Ôtez-vous de là, je ne puis vous souffrir ; laissez-moi m'affliger en repos.
Trivelin Le compliment est court, mais il est net ; tranquillisez-vous pourtant, Madame.
Silvia Sortez sans me répondre, cela vaudra mieux.
Trivelin Encore une fois, calmez-vous. Vous voulez Arlequin, il viendra incessamment ; on est allé le chercher.
Silviaavec un soupir Je le verrai donc ?
Trivelin Et vous lui parlerez aussi.
Silvias'en allant Je vais l'attendre ; mais si vous me trompez, je ne veux plus ni voir ni entendre personne.
(Pendant qu'elle sort, le Prince et Flaminia entrent d'un autre côté et la regardent sortir.)
Marivaux, La Double Inconstance, acte I, scène 1 (1723), suite et fin
Toute la pièce se déroule dans un seul lieu, « le palais du Prince ». Pourtant l'espace n'y est jamais neutre : pour Silvia et Arlequin, il est d'abord une prison qu'ils veulent fuir ; à la fin, ils l'acceptent et s'y installent. Comment ce retournement est-il possible ? Le cours répond à cette question en trois notions et deux temps.
1. Un espace scénique répulsif
La pièce oppose l'espace scénique, le palais, et le hors-scène : le village d'où viennent Silvia et Arlequin.
L'espace scénique est invivable, refusé : les deux villageois n'ont qu'un désir, fuir cette prison dorée. Silvia veut sortir dès la première scène.
Le hors-scène fait contrepoint : c'est le lieu d'un passé heureux et idyllique, que les personnages évoquent avec nostalgie (« Une bourgeoise contente dans un petit village… »).
Pour sortir de cette crise, les organisateurs de l'inconstance vont préparer le dénouement. Dès la scène 2 de l'acte I, Flaminia l'annonce comme une prophétie : là où Trivelin voit en Silvia « un prodige », elle répond que cela « est bon dans un conte de fée » et qu'elle saura bien « la ranger à son devoir de femme ».
2. Le jeu comme subterfuge : un théâtre dans le théâtre
Le Prince, Lisette et Flaminia créent un nouvel espace : c'est l'effet de mise en abyme, ou de « théâtre dans le théâtre ». Flaminia, enthousiaste metteur en scène, fait entrer les personnages ; on joue une pièce dont Silvia et Arlequin vont devoir être, sans le savoir, les acteurs principaux.
Le hors-scène constitué par le palais fonctionne comme un lieu magique : c'est là, loin des yeux du spectateur, que le charme opère. C'est l'espace de la corruption : repas, cadeaux, flatteries.
Les personnages investissent peu à peu l'espace : le palais cesse d'être une prison (c'est un choix de mise en scène à rendre visible) ; les gestes des acteurs changent avec l'avènement du jeu amoureux ; l'espace social encombré de la cour laisse place à une « partie carrée », deux couples face à face.
✱Dernière scène de l'acte I. Flaminia s'est présentée aux deux amants comme une amie, hostile au projet du Prince (I, 8 et I, 11). À la scène précédente, Silvia et Arlequin se sont retrouvés et se sont juré un amour éternel… sans serments, puisque Silvia déclare qu'« il n'y aura pas besoin de serments ».
Acte I, scène 13 · « Ne craignez rien, mes enfants »Marivaux1688 – 1763
ARLEQUIN, TRIVELIN, SILVIA, FLAMINIA.
Trivelinà Silvia Je suis au désespoir de vous interrompre ; mais votre mère vient d'arriver, Mademoiselle Silvia, et elle demande instamment à vous parler.
Silviaregardant Arlequin Arlequin, ne me quittez pas ; je n'ai rien de secret pour vous.
Arlequinla prenant sous le bras Marchons, ma petite.
Flaminiad'un air de confiance, et s'approchant d'eux Ne craignez rien, mes enfants. Allez toute seule trouver votre mère, ma chère Silvia, cela sera plus séant. Vous êtes libres de vous voir autant qu'il vous plaira ; c'est moi qui vous en assure. Vous savez bien que je ne voudrais pas vous tromper.
Arlequin Oh ! non ; vous êtes de notre parti, vous.
Silvia Adieu donc, mon fils ; je vous rejoindrai bientôt. (Elle sort.)
Arlequinà Flaminia, qui veut s'en aller et qu'il arrête Notre amie, pendant qu'elle sera là, restez avec moi pour empêcher que je ne m'ennuie ; il n'y a ici que votre compagnie que je puisse endurer.
Flaminiacomme en secret Mon cher Arlequin, la vôtre me fait bien du plaisir aussi ; mais j'ai peur qu'on ne s'aperçoive de l'amitié que j'ai pour vous.
Marivaux, La Double Inconstance, acte I, scène 13 (1723), début
Acte I, scène 13 · « Je suis si triste ! »
[Trivelin annonce que le dîner est prêt. Arlequin, « tristement », répond qu'il n'a point faim ; Flaminia insiste « d'un air d'amitié ». Arlequin demande si la soupe est bonne, veut attendre Silvia qui « aime le potage », puis se laisse convaincre de la laisser dîner avec sa mère.]
Trivelin Le vin est au frais, et le rôt tout prêt.
Arlequin Je suis si triste !… Ce rôt est donc friand ?
Trivelin C'est du gibier qui a une mine !…
Arlequin Que de chagrin ! Allons donc ; quand la viande est froide, elle ne vaut rien.
Flaminia N'oubliez pas de boire à ma santé.
Arlequin Venez boire à la mienne, à cause de la connaissance.
Flaminia Oui-da, de tout mon cœur ; j'ai une demi-heure à vous donner.
Arlequin Bon ! je suis content de vous.
Marivaux, La Double Inconstance, acte I, scène 13 (1723), fin
De la commedia dell'arte au théâtre dans le théâtre
Laurent Cars d'après Nicolas Lancret, Silvia et Thomassin en Arlequin dans Le Je ne sais quoi de Boissy, gravure, XVIIIe siècle ✱Thomassin, l'Arlequin de 1723, porte le demi-masque noir face à Silvia, à visage découvert.Domaine public · Wikimedia CommonsJacques Callot, Zanni, personnage de la commedia dell'arte, XVIIe siècle ✱Le masque du valet de la commedia dell'arte, ancêtre d'Arlequin.Domaine public · Wikimedia Commons
1. Le masque, un accessoire de théâtre
Le masque est d'abord un accessoire du théâtre antique : il fixe le type du personnage, amplifie la voix, oblige l'acteur à tout dire par le corps. Il survit dans La Double Inconstance à travers Arlequin, héritier de la commedia dell'arte, qui joue avec son demi-masque noir.
2. Jeu théâtral et jeu amoureux
Marivaux respecte la tradition profonde des Italiens : le plaisir, la jubilation du jeu, que l'on retrouve dans Le Jeu de l'amour et du hasard. C'est qu'il y a chez lui une imbrication profonde entre le jeu théâtral et le jeu amoureux, c'est-à-dire entre son thème de prédilection et la forme même de son art :
le théâtre, comme l'amour, est une illusion où chacun porte un masque auquel l'autre doit croire, et qui doit le séduire ;
comme le théâtre, l'amour est éphémère, et les serments sont des mensonges qu'on fait sans le savoir (I, 12) ;
l'illusion théâtrale est le moyen de séduire les spectateurs ; mais elle se double, dans l'intrigue, d'un théâtre dans le théâtre, qui devient un moyen de piéger les deux amants.
3. Typologie des acteurs
Pour chaque personnage, demandez-vous : qui joue quel rôle, et comment ? Quel degré d'aptitude a cet acteur forcé ? Quelle fonction a-t-il dans la pièce ?
Personnage
Scènes à relire
Le rôle joué et ses limites
Flaminia
I, 8 ; II, 11 ; III, 1
Elle joue l'amie, puis l'amante. Joue-t-elle tout le temps ? Peu à peu, le jeu devient amour sincère ; en III, 1 elle avoue au Prince avoir « pris du goût pour Arlequin, seulement pour [se] désennuyer dans le cours de [leur] intrigue ».
Le Prince
II, 2 et 3 ; III, 5 ; III, 9
Il se fait passer pour un simple officier du palais. Il se démasque devant Arlequin (III, 5), puis devant Silvia, à qui il révèle son rang (III, 9).
Le Seigneur
II, 7 ; III, 4
Chargé de flatter Arlequin et de lui offrir des lettres de noblesse. Joue-t-il vraiment ?
Lisette
I, 6 ; II, 2 ; II, 10
Elle tente d'abord de séduire Arlequin, puis joue la dame de la cour méprisante devant Silvia.
Trivelin
II, 5 ; III, 3
Officier du palais, il exécute les ordres ; mais en III, 3 le masque tombe, et sa jalousie explique son comportement.
« À présent, je me moque du tour que notre amitié nous a joué. Patience ; tantôt nous lui en jouerons d'un autre. »
À la scène précédente (II, 1), Silvia a raconté à Flaminia les tentatives des gens de la cour pour la convaincre, et la manière dont le Prince a voulu l'acheter. Flaminia a flatté sa beauté, puis lui a rapporté les moqueries des dames de la cour sur sa « beauté rustique ». Piquée, Silvia est déjà tombée dans le piège : « il ne tient qu'à moi de les faire taire ». Arrivent alors l'officier, qui n'est autre que le Prince, et une dame de la cour, qui n'est autre que Lisette.
Acte II, scène 2 · « Quel âge avez-vous, ma fille ? »Marivaux1688 – 1763
LE PRINCE, sous le nom d'officier du palais, LISETTE, sous le nom de dame de la cour, et les ACTEURS PRÉCÉDENTS. (Le Prince, en voyant Silvia, salue avec beaucoup de soumission.)
Silvia Comment ! vous voilà, Monsieur ? Vous saviez donc bien que j'étais ici ?
Le Prince Oui, Mademoiselle, je le savais ; mais vous m'aviez dit de ne plus vous voir, et je n'aurais osé paraître sans Madame, qui a souhaité que je l'accompagnasse, et qui a obtenu du Prince l'honneur de vous faire la révérence.
(La dame ne dit mot, et regarde seulement Silvia avec attention ; Flaminia et elle se font des signes d'intelligence.)
Silviadoucement Je ne suis pas fâchée de vous revoir, et vous me trouvez bien triste. À l'égard de cette dame, je la remercie de la volonté qu'elle a de me faire une révérence, je ne mérite pas cela ; mais qu'elle me la fasse, puisque c'est son désir ; je lui en rendrai une comme je pourrai ; elle excusera si je la fais mal.
Lisette Oui, m'amie, je vous excuserai de bon cœur ; je ne vous demande pas l'impossible.
Silviarépétant d'un air fâché et à part, et faisant une révérence Je ne vous demande pas l'impossible ! Quelle manière de parler !
Lisette Quel âge avez-vous, ma fille ?
Silviapiquée Je l'ai oublié, ma mère.
Flaminiaà Silvia Bon.
(Le Prince paraît et affecte d'être surpris.)
Marivaux, La Double Inconstance, acte II, scène 2 (1723), début
Acte II, scène 2 · « Voyons son esprit »
Lisette Elle se fâche, je pense ?
Le Prince Mais, Madame, que signifient ces discours-là ? Sous prétexte de venir saluer Silvia, vous lui faites une insulte !
Lisette Ce n'est pas mon dessein. J'avais la curiosité de voir cette petite fille qu'on aime tant, qui fait naître une si forte passion ; et je cherche ce qu'elle a de si aimable. On dit qu'elle est naïve ; c'est un agrément campagnard qui doit la rendre amusante ; priez-la de nous donner quelques traits de naïveté ; voyons son esprit.
Silvia Eh non ! Madame, ce n'est pas la peine ; il n'est pas si plaisant que le vôtre.
Lisetteen riant Ah ! Ah ! vous demandiez du naïf ; en voilà.
Le Princeà Lisette Allez-vous-en, Madame.
Silvia Cela m'impatiente, à la fin ; et si elle ne s'en va, je me fâcherai tout de bon.
Le Princeà Lisette Vous vous repentirez de votre procédé.
Lisetteen se retirant, d'un air dédaigneux Adieu ; un pareil objet me venge assez de celui qui en a fait le choix.
Marivaux, La Double Inconstance, acte II, scène 2 (1723), fin
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 7
En III, 5, le Prince s'est démasqué devant Arlequin et l'a supplié de lui laisser Silvia, en lui offrant « tous les biens » qu'il pourrait souhaiter ; ému, Arlequin a presque cédé. Mais il a parlé de Flaminia, ce qui a fâché le Prince : Trivelin, jaloux (III, 3), a trahi l'intelligence entre Flaminia et Arlequin. Flaminia est menacée d'exil. C'est du moins ce qu'elle va faire croire.
Flaminia Trivelin nous a trahis ; le Prince a su l'intelligence qui est entre nous ; il vient de m'ordonner de sortir d'ici et m'a défendu de vous voir jamais. Malgré cela, je n'ai pu m'empêcher de venir vous parler encore une fois ; ensuite j'irai où je pourrai pour éviter sa colère.
Arlequinétonné et déconcerté Ah ! me voilà un joli garçon à présent !
Flaminia Je suis au désespoir, moi ! Me voir séparée pour jamais d'avec vous, de tout ce que j'avais de plus cher au monde ! Le temps me presse, je suis forcée de vous quitter ; mais, avant de partir, il faut que je vous ouvre mon cœur.
Arlequinen reprenant son haleine Aïe ! Qu'est-ce, m'amie ? qu'a-t-il, ce cher cœur ?
Flaminia Ce n'est point de l'amitié que j'avais pour vous, Arlequin ; je m'étais trompée.
Arlequind'un ton essoufflé C'est donc de l'amour ?
Flaminia Et du plus tendre. Adieu.
Arlequinla retenant Attendez… je me suis peut-être trompé, moi aussi, sur mon compte.
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 7 (1723), début
Acte III, scène 7 · « Voilà que je vous aime »
[Flaminia fait mine de s'enfuir : « Arlequin, ne m'en dites pas davantage ». Il la retient : « Restez. » « Parlons raison. »]
Arlequin C'est que mon amitié est aussi loin que la vôtre ; elle est partie : voilà que je vous aime, cela est décidé, et je n'y comprends rien. Ouf !
Flaminia Quelle aventure !
Arlequin Je ne suis point marié, par bonheur.
Flaminia Il est vrai.
Arlequin Silvia se mariera avec le Prince, et il sera content.
Flaminia Je n'en doute point.
[Arlequin propose d'épouser Flaminia, puisque leur cœur « s'est mécompté ». Les deux amants se reprochent tendrement de ne pas s'être avertis de leur amour. Flaminia consent au mariage et presse Arlequin d'aller parler au Prince.]
Arlequinen soupirant Ah ! je pars pour parler au Prince. Ne dites pas à Silvia que je vous aime ; elle croirait que je suis dans mon tort, et vous savez que je suis innocent. Je ne ferai semblant de rien avec elle ; je lui dirai que c'est pour sa fortune que je la laisse là.
Flaminia Fort bien ; j'allais vous le conseiller.
Arlequin Attendez, et donnez-moi votre main, que je la baise… Qui est-ce qui aurait cru que j'y prendrais tant de plaisir ? Cela me confond.
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 7 (1723), suite et fin
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 8
✱Arlequin vient de quitter Flaminia pour aller parler au Prince. Flaminia, restée seule, voit entrer Silvia, qui a passé « plus de deux heures » avec l'officier. La première inconstance est accomplie ; la seconde va se dire.
Acte III, scène 8 · « Un amour qui s'en est allé »Marivaux1688 – 1763
FLAMINIA, SILVIA.
Flaminiaà part En vérité, le Prince a raison, ces petites personnes-là font l'amour d'une manière à ne pouvoir résister. Voici l'autre. (À Silvia qui entre.) À quoi rêvez-vous, belle Silvia ?
Silvia Je rêve à moi, et je n'y entends rien.
Flaminia Que trouvez-vous donc en vous de si incompréhensible ?
Silvia Je voulais me venger de ces femmes, vous savez bien ? Cela s'est passé.
Flaminia Vous n'êtes guère vindicative.
Silvia J'aimais Arlequin, n'est-ce pas ?
Flaminia Il me le semblait.
Silvia Eh bien, je crois que je ne l'aime plus.
Flaminia Ce n'est pas un si grand malheur.
Silvia Quand ce serait un malheur, qu'y ferais-je ? Lorsque je l'ai aimé, c'était un amour qui m'était venu ; à cette heure je ne l'aime plus, c'est un amour qui s'en est allé ; il est venu sans mon avis, il s'en retourne de même ; je ne crois pas être blâmable.
Flaminiaà part les premiers mots Rions un moment. Je le pense à peu près de même.
Silviavivement Qu'appelez-vous à peu près ? Il faut le penser tout à fait comme moi, parce que cela est. Voilà de mes gens qui disent tantôt oui, tantôt non.
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 8 (1723), début
Acte III, scène 8 · « Je vous voudrais bien voir à ma place ! »
[Silvia s'emporte contre ces « à peu près » ; Flaminia l'apaise : elle « badine ». Puis elle demande à Silvia si elle n'aime pas l'officier.]
Silvia Et qui donc ? Pourtant je n'y consens pas encore, à l'aimer ; mais à la fin, il faudra bien y venir : car dire toujours non à un homme qui demande toujours oui, le voir triste, toujours se lamentant, toujours le consoler de la peine qu'on lui fait, dame ! cela lasse : il vaut mieux ne lui en plus faire.
[Flaminia assure que l'officier « mourra de joie » ; Silvia répond qu'il mourrait de tristesse, « et c'est encore pis ».]
Silvia Je l'attends ; nous avons été plus de deux heures ensemble, et il va revenir pour être avec moi quand le Prince me parlera. Cependant quelquefois j'ai peur qu'Arlequin ne s'afflige trop ; qu'en dites-vous ? Mais ne me rendez pas scrupuleuse.
Flaminia Ne vous inquiétez pas ; on trouvera aisément moyen de l'apaiser.
Silviaavec un petit air d'inquiétude De l'apaiser ! Diantre ! il est donc bien facile de m'oublier à ce compte ? Est-ce qu'il a fait quelque maîtresse, ici ?
Flaminia Lui, vous oublier ? j'aurais donc perdu l'esprit si je vous le disais. Vous serez trop heureuse s'il ne se désespère pas.
Silvia Vous avez bien affaire de me dire cela ; vous êtes cause que je redeviens incertaine, avec votre désespoir.
Flaminia Et s'il ne vous aime plus, que diriez-vous ?
Silvia S'il ne m'aime plus ?… vous n'avez qu'à garder votre nouvelle.
Flaminia Eh bien, il vous aime encore, et vous en êtes fâchée ! Que vous faut-il donc ?
Silvia Hum ! vous qui riez, je vous voudrais bien voir à ma place !
Flaminia Votre amant vous cherche ; croyez-moi, finissez avec lui, sans vous inquiéter du reste.
(Elle sort.)
Marivaux, La Double Inconstance, acte III, scène 8 (1723), suite et fin
Les annales zéro de la série STT : Marivaux et Beaumarchais
Pour préparer l'épreuve écrite de l'EAF, la classe a travaillé sur le sujet « zéro » de la série STT, publié avec la réforme de 2001 pour l'objet d'étude « Le théâtre : texte et représentation ». Le corpus fait entendre des voix de femmes qui revendiquent l'égalité avec les hommes. Arthénice, une noble, et Madame Sorbin, une femme d'artisan, parlent dans La Colonie de Marivaux (1750) : dans une île où l'on veut fonder une société nouvelle, les femmes réclament leur part du pouvoir. Marceline, elle, est la mère de Figaro dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais (1784) : à l'acte III, scène 16, elle accuse les hommes d'être la cause de la misère et des fautes des femmes [corpus reconstitué d'après la correction : à vérifier sur le sujet officiel].
La scène elle-même a été distribuée en classe avec le sujet. On en donne ici la correction de la question préalable, puis les conseils de méthode notés par le professeur pour chacun des trois sujets d'écriture.
12Devoir maison
Le texte, l'acteur, la scène
Boileau, Jean Vilar, Antonin Artaud : trois idées du théâtre
Le devoir maison élargit la réflexion menée sur La Double Inconstance à la question centrale de l'objet d'étude : qu'est-ce qu'un texte de théâtre devient sur la scène ? Il réunit deux documents, une consigne de lecture et un sujet de dissertation.
Document 1 · Les règles de la scène classique : le langage canalisé
L'exposition, l'unité, la vraisemblanceNicolas Boileau1636 – 1711
Que dès les premiers vers l'action préparéeSans peine du sujet aplanisse l'entrée.Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer,De ce qu'il veut d'abord ne sait pas m'informer,5Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.Mais nous, que la raison à ses règles engage,Nous voulons qu'avec art l'action se ménage ;Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli10Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable :Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
Nicolas Boileau, Art poétique, chant III (1674), extraits · Lire l'œuvre
Document 2 · Jean Vilar, « De la tradition théâtrale » (1945)
Dans ce texte (texte distribué en classe), le metteur en scène Jean Vilar, futur fondateur du Festival d'Avignon, veut « réduire le spectacle à sa plus simple et difficile expression ». Il refuse de faire de la scène le carrefour de tous les arts : le décor doit se limiter aux éléments strictement nécessaires au jeu, la lumière et la musique doivent rester discrètes. Tout repose sur le corps et la voix de l'acteur.
13Évaluation · Écriture d'invention
Mettre en scène La Double Inconstance
Un projet de mise en scène et une scène à « didascaliser »
L'évaluation de fin de séquence est un sujet d'invention. Elle porte sur la scène 8 de l'acte III (texte 5), distribuée aux élèves sans aucune de ses didascalies : ni apartés, ni tons, ni entrées et sorties.
✱Sources : documents de la séquence « La Double Inconstance, texte et représentation » (Première STT, 1STT2, 2001-2002) : introduction à l'œuvre intégrale ; iconographie du théâtre à l'italienne ; textes 1 à 5 et pistes d'explication ; cours sur l'espace et sur les masques ; devoir maison ; évaluation de fin de séquence et barème ; correction des annales zéro STT ; index lexical d'après Pavis ; texte intégral. Textes de Marivaux, Boileau et Beaumarchais, dans le domaine public ; texte de Jean Vilar résumé. Compléments de rédaction (signalés par la pastille) : résumés de situation, lexiques, encadré « Arlequin » complété, deux consignes du devoir maison.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
inconstantia latin : manque de fermeté, d'où « inconstance »
constant, constance mots de la même famille
Expressions
la double inconstance : deux amants qui changent tous deux d'amour
souvent femme varie : proverbe ancien
l'éloge de l'inconstance : tirade de Dom Juan (I, 2)
Références culturelles
Honoré d'Urfé, L'Astrée, 1607Le berger Céladon est chassé par Astrée, qui l'accuse à tort d'inconstance.
Molière, Dom Juan, 1665Dom Juan fait l'éloge de l'inconstance : selon lui, toutes les belles ont le droit de le séduire.
Marivaux, La Double Inconstance, 1723Silvia et Arlequin, amoureux au début, changent tous deux d'amour sous l'effet des manipulations.
Mozart et Da Ponte, Così fan tutte, 1790Deux officiers déguisés mettent à l'épreuve la fidélité de leurs fiancées, qui finissent par céder.
14IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Flaminia raconte sa stratégie
En classe25 min
Objectif. Comprendre la manipulation dans La Double Inconstance en interrogeant Flaminia, puis en vérifiant avec les scènes étudiées.
Relis l'acte I, scène 13 (« Ne craignez rien, mes enfants ») et l'acte III, scène 7 (l'aveu de Flaminia).
La classe prépare cinq questions pour Flaminia.
Le professeur les pose à l'IA, qui joue Flaminia.
Pour chaque réponse, la classe cherche la scène qui la confirme ou la contredit.
À écrire à l'IA
Tu joues Flaminia dans La Double Inconstance de Marivaux (1723). Réponds à nos questions sur ta stratégie pour séparer Arlequin et Silvia. Reste fidèle à la pièce. Quand tu donnes un détail qui n'est pas dans la pièce, dis-le. Nos questions : [colle les questions].
Garde ton esprit critique. Repère si l'IA prête à Flaminia des pensées que le texte ne dit pas. La question reste ouverte : Flaminia joue-t-elle ou finit-elle par aimer Arlequin ? Le texte seul permet d'en juger.
2
Didascaliser une scène
À la maison30 min
Objectif. Préparer l'évaluation de fin de séquence : ajouter des didascalies à une scène et défendre ses choix.
Choisis un passage de l'acte II, scène 2 (la scène des masques).
Écris toi-même les didascalies : gestes, tons, déplacements, regards.
Demande à l'IA de discuter tes choix.
Garde tes didascalies quand tu peux les justifier par le texte ; change celles que l'IA a raison de critiquer.
À écrire à l'IA
Voici un passage de La Double Inconstance de Marivaux (acte II, scène 2) avec les didascalies que j'ai ajoutées moi-même : [colle le passage avec tes didascalies]. Pour chaque didascalie, dis si elle est cohérente avec ce que disent les personnages et pose-moi une question si un choix te semble discutable. Ne réécris pas mes didascalies.
Garde ton esprit critique. L'IA propose souvent des jeux de scène banals. Un bon choix s'appuie sur une réplique : vérifie que chaque remarque cite le texte.
3
Silvia à la première personne
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Réécrire l'acte III, scène 8 (« Je rêve à moi ») du point de vue de Silvia, puis comparer avec une réécriture de l'IA.
Relis l'acte III, scène 8.
Écris le monologue intérieur de Silvia en quinze lignes.
Demande ensuite à l'IA la même réécriture.
Compare : laquelle reste la plus fidèle au texte de Marivaux ? Laquelle fait le mieux sentir que Silvia change ?
À écrire à l'IA
Réécris en quinze lignes le monologue intérieur de Silvia pendant l'acte III, scène 8 de La Double Inconstance de Marivaux, quand elle parle avec Flaminia de son amour pour Arlequin « qui s'en est allé ». Garde les sentiments du texte, n'invente pas d'événements.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA n'ajoute pas d'événements absents de la pièce. Compare la langue : l'IA écrit-elle dans un français moderne banal ou garde-t-elle la finesse de Marivaux ?
4
Artaud, Vilar, Boileau : qui dit quoi ?
À la maison25 min
Objectif. Préparer la dissertation du devoir maison sur le texte et la représentation.
Relis les extraits de Boileau, Vilar et Artaud et la citation du sujet.
Résume toi-même la thèse de chacun en une phrase.
Demande ensuite à l'IA ses résumés.
Compare et corrige à partir des documents du manuel.
À écrire à l'IA
Résume en une phrase chacune la conception du théâtre de Boileau (Art poétique, chant III, 1674), de Jean Vilar et d'Antonin Artaud (Le Théâtre et son double, 1938). Puis dis comment chacun lirait La Double Inconstance de Marivaux. Indique ce qui est « à vérifier ».
Garde ton esprit critique. Les thèses de Vilar et d'Artaud sont souvent simplifiées par l'IA. Ne garde que ce que tu retrouves dans les extraits du manuel. Ne recopie pas de longues phrases de ces auteurs.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
12
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