Français en classe
4e · Textes narratifs

Le fantastique : Le Horla, La Main, Frankenstein

10 textes3 à retenir6 fiches d'activité
Créé en octobre 2023
Programme officielRegarder le monde, inventer des mondes · « La fiction pour interroger le réel »

Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 4e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 4e à la rentrée 2027.

Entrée de l'ancien programme, toujours en vigueur
  • Regarder le monde, inventer des mondes · « La fiction pour interroger le réel »

rattachement proposé

Portrait de Guy de MaupassantGuy de Maupassant
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 4 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Le récit fantastique : Le Horla, La Main, Frankenstein

Cette séquence de 4e fait découvrir le récit fantastique, une notion du XIXe siècle : l'irruption d'un phénomène inexplicable dans la réalité. Elle part de l'écoute d'une nouvelle courte de Maupassant, La Main, puis suit pas à pas le journal du narrateur du Horla (1887), de la carafe vidée pendant la nuit jusqu'à l'incendie final. À chaque étape, la même question revient : le Horla est-il une créature invisible qui existe vraiment, ou une création de l'imagination d'un personnage qui devient fou ? La lecture intégrale de Frankenstein de Mary Shelley, préparée par un documentaire et présentée en exposés, élargit l'enquête au roman gothique et à la figure du monstre. La séquence se termine par l'écriture d'une nouvelle fantastique et par un devoir de type brevet.

Fiche enseignant
Intitulé
Le récit fantastique : Le Horla, La Main (Maupassant), Frankenstein (Shelley)
Entrée du programme
Cycle 4, « La fiction pour interroger le réel » (rattachement proposé)
Œuvres
Maupassant, Le Horla (version de 1887) et La Main ; Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), en lecture intégrale
Période
Octobre 2023 à janvier 2024 (4e2) ; cours sur le Horla repris en novembre 2024 ; travail sur Frankenstein à la Toussaint 2026
Fil rouge
Le narrateur est-il fou, ou le surnaturel existe-t-il ? Comme lui, le lecteur hésite.

Le parcours

N°DominanteSupportLangue et notions
1Qu'est-ce que le fantastique ?Maupassant, La Main (écoute)Surnaturel, inexplicable ; mots de la peur
2Le Horla, un journal intimeMaupassant et la folieJournal intime, narrateur-personnage
3« Ai-je perdu la raison ? »Le Horla, 5 au 10 juilletPhrases interrogatives et exclamatives ; champ lexical
4Une main invisibleLe Horla, 6 aoûtCompléments circonstanciels et essentiels
5« Je suis perdu ! »Le Horla, 14 aoûtDiscours direct et indirect
6Nommer et voir l'invisibleLe Horla, 19 aoûtLa révélation du nom ; le miroir
7Le dénouementLe Horla, fin de la nouvelleUne fin ouverte
8Le Horla en imagesAdaptation animée ; contrôle de lectureComparer deux versions
9Le monstre et son créateurMary Shelley, FrankensteinRécits enchâssés ; roman gothique
10Écrire une nouvelle fantastiqueExpression écrite n° 2Narration à la 1re personne, temps du passé
11Évaluation de fin de séquenceLe Horla, 7 août ; dictée tirée de La MainDevoir de type brevet, 1 h 30

Les textes étudiés

TexteExtraitCe qui s'y joue
Texte 1La Main, débutUn juge refuse le mot « surnaturel ».
Texte 2La Main, la main d'écorchéChez sir John Rowell, une main enchaînée au mur.
Texte 3La Main, finLa mort de l'Anglais et l'explication du juge.
Texte 4Le Horla, 5 et 6 juilletLa carafe vidée pendant le sommeil.
Texte 5Le Horla, 6 aoûtLa rose cueillie par une main invisible.
Texte 6Le Horla, 14 aoûtLe narrateur possédé.
Texte 7Le Horla, 19 aoûtLe nom du Horla.
Texte 8Le Horla, 19 août (suite)Le reflet disparu dans le miroir.
Texte 9Le Horla, finL'incendie de la maison.
ÉvaluationLe Horla, 7 août« Je me demande si je suis fou. »
2Séance 1 · Ouverture

Qu'est-ce que le fantastique ?

Écoute de la nouvelle La Main, de Guy de Maupassant

La séquence s'ouvre sur l'écoute de La Main. Dans un salon parisien, un juge d'instruction, M. Bermutier, raconte à un cercle de dames une affaire qu'il a dû abandonner autrefois, en Corse. Les trois extraits suivants en donnent le début, le cœur et la fin.

Texte 1 · « Cela touche au surnaturel »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

On faisait cercle autour de M. Bermutier, juge d'instruction qui donnait son avis sur l'affaire mystérieuse de Saint-Cloud. Depuis un mois, cet inexplicable crime affolait Paris. Personne n'y comprenait rien.

[…]

Une d'elles, plus pâle que les autres, prononça pendant un silence :

– C'est affreux. Cela touche au « surnaturel ». On ne saura jamais rien.

Le magistrat se tourna vers elle :

– Oui, madame, il est probable qu'on ne saura jamais rien. Quant au mot « surnaturel » que vous venez d'employer, il n'a rien à faire ici. Nous sommes en présence d'un crime fort habilement conçu, fort habilement exécuté, si bien enveloppé de mystère que nous ne pouvons le dégager des circonstances impénétrables qui l'entourent. Mais j'ai eu, moi, autrefois, à suivre une affaire où vraiment semblait se mêler quelque chose de fantastique. Il a fallu l'abandonner, d'ailleurs, faute de moyens de l'éclaircir.

[…]

M. Bermutier sourit gravement, comme doit sourire un juge d'instruction. Il reprit :

– N'allez pas croire, au moins, que j'aie pu, même un instant, supposer en cette aventure quelque chose de surhumain. Je ne crois qu'aux causes normales. Mais si, au lieu d'employer le mot « surnaturel » pour exprimer ce que nous ne comprenons pas, nous nous servions simplement du mot « inexplicable », cela vaudrait beaucoup mieux.

Guy de Maupassant, La Main (1883), début de la nouvelle · Lire l'œuvre

Texte 2 · « C'était une main, une main d'homme »

[Juge à Ajaccio, Bermutier lie connaissance avec un Anglais mystérieux, sir John Rowell, qui s'exerce chaque matin au tir. Il entre un soir dans sa maison.]

Son salon était tendu de noir, de soie noire brodée d'or. De grandes fleurs jaunes couraient sur l'étoffe sombre, brillaient comme du feu.

[…]

Mais, au milieu du plus large panneau, une chose étrange me tira l'œil. Sur un carré de velours rouge, un objet noir se détachait. Je m'approchai : c'était une main, une main d'homme. Non pas une main de squelette, blanche et propre, mais une main noire desséchée, avec les ongles jaunes, les muscles à nu et des traces de sang ancien, de sang pareil à une crasse, sur les os coupés net, comme d'un coup de hache, vers le milieu de l'avant-bras.

Autour du poignet, une énorme chaîne de fer, rivée, soudée à ce membre malpropre, l'attachait au mur par un anneau assez fort pour tenir un éléphant en laisse.

[…]

Je crus qu'il plaisantait. Je dis :

– Cette chaîne maintenant est bien inutile, la main ne se sauvera pas.

Sir John Rowell reprit gravement :

– Elle voulé toujours s'en aller. Cette chaîne été nécessaire.

D'un coup d'œil rapide j'interrogeai son visage, me demandant :

– Est-ce un fou, ou un mauvais plaisant ?

Guy de Maupassant, La Main (1883) · Lire l'œuvre

Texte 3 · « Je ne sais rien de plus »

[Un an plus tard, sir John est retrouvé étranglé. La main a disparu ; la chaîne pend, brisée ; un doigt de la main est serré entre les dents du mort. L'enquête ne donne rien.]

Or, une nuit, trois mois après le crime, j'eus un affreux cauchemar. Il me sembla que je voyais la main, l'horrible main, courir comme un scorpion ou comme une araignée le long de mes rideaux et de mes murs. Trois fois, je me réveillai, trois fois je me rendormis, trois fois je revis le hideux débris galoper autour de ma chambre en remuant les doigts comme des pattes.

Le lendemain, on me l'apporta, trouvé dans le cimetière, sur la tombe de sir John Rowell, enterré là ; car on n'avait pu découvrir sa famille. L'index manquait.

Voilà, mesdames, mon histoire. Je ne sais rien de plus.

Les femmes, éperdues, étaient pâles, frissonnantes. Une d'elles s'écria :

– Mais ce n'est pas un dénouement cela, ni une explication ! Nous n'allons pas dormir si vous ne nous dites pas ce qui s'était passé, selon vous.

Le magistrat sourit avec sévérité :

– Oh ! moi, mesdames, je vais gâter, certes, vos rêves terribles. Je pense tout simplement que le légitime propriétaire de la main n'était pas mort, qu'il est venu la chercher avec celle qui lui restait. Mais je n'ai pu savoir comment il a fait, par exemple. C'est là une sorte de vendetta.

Une des femmes murmura :

– Non, ça ne doit pas être ainsi.

Et le juge d'instruction, souriant toujours, conclut :

– Je vous avais bien dit que mon explication ne vous irait pas.

Guy de Maupassant, La Main (1883), fin de la nouvelle · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapefantastiqueVoir dans le Lexique →
3Séance 2 · Œuvre

Le Horla, le journal d'un homme qui doute

Guy de Maupassant, Le Horla, version de 1887

Gravure : un homme assis dans son lit tient une bougie et regarde autour de lui avec inquiétude
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), « J'allume une bougie. Je suis seul », illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1905 ✱Réveillé par un cauchemar, le narrateur allume sa bougie : il n'y a personne dans sa chambre.Domaine public · Wikimedia Commons
Gravure : un moine et un homme en chapeau discutent sur un rempart face à la mer
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), le narrateur et un moine au Mont-Saint-Michel, illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1905 ✱Au Mont-Saint-Michel, un moine dit au narrateur qu'il existe peut-être des êtres invisibles.Domaine public · Wikimedia Commons

Chronologie de la nouvelle✱

✱
Dates du journalCe qui arrive au narrateur
8 maiBonheur dans sa maison au bord de la Seine ; il salue un trois-mâts brésilien.
Mai-juinFièvre, angoisse, cauchemars : quelqu'un l'étouffe pendant son sommeil.
JuilletMont Saint-Michel ; la carafe vidée ; séance d'hypnotisme à Paris [à vérifier].
6-19 aoûtLa rose cueillie ; la possession ; le nom du Horla ; le reflet disparu.
10 septembreIl enferme le Horla et met le feu à sa maison.
Carte mentale de l'étapejournalVoir dans le Lexique →
4Textes 4 à 8 · Séances 3 à 6

Le journal de la peur

Le Horla, du 5 juillet au 19 août : les marques littéraires de l'émotion

Séance 3 · « Ai-je perdu la raison ? » (5 au 10 juillet)

Texte 4 · La carafe vide
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

▶ Écouter toute l'œuvre Le Horla (YouTube)▶ Voir Le Horla en LSF (en plusieurs parties) (YouTube)

5 juillet. — Ai-je perdu la raison ? Ce qui s'est passé, ce que j'ai vu la nuit dernière est tellement étrange, que ma tête s'égare quand j'y songe !

Comme je le fais maintenant chaque soir, j'avais fermé ma porte à clef ; puis, ayant soif, je bus un demi-verre d'eau, et je remarquai par hasard que ma carafe était pleine jusqu'au bouchon de cristal.

[Il s'endort et se réveille deux heures plus tard, avec la sensation d'être assassiné.]

Ayant enfin reconquis ma raison, j'eus soif de nouveau ; j'allumai une bougie et j'allai vers la table où était posée ma carafe. Je la soulevai en la penchant sur mon verre ; rien ne coula. — Elle était vide ! Elle était vide complètement ! D'abord, je n'y compris rien ; puis, tout à coup, je ressentis une émotion si terrible, que je dus m'asseoir, ou plutôt, que je tombai sur une chaise ! puis, je me redressai d'un saut pour regarder autour de moi ! puis je me rassis, éperdu d'étonnement et de peur, devant le cristal transparent ! Je le contemplais avec des yeux fixes, cherchant à deviner. Mes mains tremblaient !

On avait donc bu cette eau ? Qui ? Moi ? moi, sans doute ? Ce ne pouvait être que moi ? Alors, j'étais somnambule, je vivais, sans le savoir, de cette double vie mystérieuse qui fait douter s'il y a deux êtres en nous, ou si un être étranger, inconnaissable et invisible, anime, par moments, quand notre âme est engourdie, notre corps captif qui obéit à cet autre, comme à nous-mêmes, plus qu'à nous-mêmes.

[…]

6 juillet. — Je deviens fou. On a encore bu toute ma carafe cette nuit ; — ou plutôt, je l'ai bue !

Mais, est-ce moi ? Est-ce moi ? Qui serait-ce ? Qui ? Oh ! mon Dieu ! Je deviens fou ? Qui me sauvera ?

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 5 et 6 juillet · Lire l'œuvre

Gravure : un homme en chemise de nuit lève une carafe vide près d'une bougie, l'air épouvanté
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), la carafe vide, illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1905 ✱Bougie en main, le narrateur découvre que sa carafe a été vidée pendant son sommeil.Domaine public · Wikimedia Commons

Le 10 juillet, le narrateur fait « des épreuves surprenantes » : avant de se coucher, il place sur sa table du vin, du lait, de l'eau, du pain et des fraises, pour savoir ce que boit et mange l'être de la nuit.

Séance 4 · Une main invisible (6 août)

Texte 5 · « J'ai vu ! »

▶ Écouter toute l'œuvre Le Horla (YouTube)▶ Voir Le Horla en LSF (en plusieurs parties) (YouTube)

6 août. — Cette fois, je ne suis pas fou. J'ai vu… j'ai vu… j'ai vu !… Je ne puis plus douter… j'ai vu !… J'ai encore froid jusque dans les ongles… j'ai encore peur jusque dans les moelles… j'ai vu !…

Je me promenais à deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers… dans l'allée des rosiers d'automne qui commencent à fleurir.

Comme je m'arrêtais à regarder un géant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout près de moi, la tige d'une de ces roses se plier, comme si une main invisible l'avait tordue, puis se casser comme si cette main l'eût cueillie ! Puis la fleur s'éleva, suivant la courbe qu'aurait décrite un bras en la portant vers une bouche, et elle resta suspendue dans l'air transparent, toute seule, immobile, effrayante tache rouge à trois pas de mes yeux.

Éperdu, je me jetai sur elle pour la saisir ! Je ne trouvai rien ; elle avait disparu. Alors je fus pris d'une colère furieuse contre moi-même ; car il n'est pas permis à un homme raisonnable et sérieux d'avoir de pareilles hallucinations.

Mais était-ce bien une hallucination ? Je me retournai pour chercher la tige, et je la retrouvai immédiatement sur l'arbuste, fraîchement brisée, entre les deux autres roses demeurées à la branche.

Alors, je rentrai chez moi l'âme bouleversée ; car je suis certain, maintenant, certain comme de l'alternance des jours et des nuits, qu'il existe près de moi un être invisible, qui se nourrit de lait et d'eau, qui peut toucher aux choses, les prendre et les changer de place, doué par conséquent d'une nature matérielle, bien qu'imperceptible pour nos sens, et qui habite comme moi, sous mon toit…

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 6 août · Lire l'œuvre

Gravure : dans un jardin, un homme se retourne, effrayé, vers une rose qui flotte dans l'air
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), la rose cueillie par une main invisible, illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1905 ✱« J'ai vu ! » : sous les yeux du narrateur, une rose se détache seule de sa tige.Domaine public · Wikimedia Commons

Séance 5 · « Je suis perdu ! » (14 août)

Texte 6 · Le narrateur possédé

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14 août. — Je suis perdu ! Quelqu'un possède mon âme et la gouverne ! quelqu'un ordonne tous mes actes, tous mes mouvements, toutes mes pensées. Je ne suis plus rien en moi, rien qu'un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j'accomplis. Je désire sortir. Je ne peux pas. Il ne veut pas ; et je reste, éperdu, tremblant, dans le fauteuil où il me tient assis. Je désire seulement me lever, me soulever, afin de me croire encore maître de moi. Je ne peux pas ! Je suis rivé à mon siège ; et mon siège adhère au sol, de telle sorte qu'aucune force ne nous soulèverait.

Puis, tout d'un coup, il faut, il faut, il faut que j'aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. Et j'y vais. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S'il en est un, délivrez-moi, sauvez-moi ! secourez-moi ! Pardon ! Pitié ! Grâce ! Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur !

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 14 août · Lire l'œuvre

Séance 6 · Nommer et voir l'invisible (19 août)

Texte 7 · « Le règne de l'homme est fini »

▶ Écouter toute l'œuvre Le Horla (YouTube)▶ Voir Le Horla en LSF (en plusieurs parties) (YouTube)

19 août. — Je sais… je sais… je sais tout ! Je viens de lire ceci dans la Revue du Monde scientifique : « Une nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro. […] »

[La revue décrit une épidémie de folie au Brésil : les habitants se disent possédés par des êtres invisibles qui se nourrissent de leur vie et boivent de l'eau et du lait.]

Ah ! Ah ! je me rappelle, je me rappelle le beau trois-mâts brésilien qui passa sous mes fenêtres en remontant la Seine, le 8 mai dernier ! Je le trouvai si joli, si blanc, si gai ! L'Être était dessus, venant de là-bas, où sa race est née ! Et il m'a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi ; et il a sauté du navire sur la rive. Oh ! mon Dieu !

À présent, je sais, je devine. Le règne de l'homme est fini.

[…] Il est venu, le… le… comment se nomme-t-il… le… il me semble qu'il me crie son nom, et je ne l'entends pas… le… oui… il le crie… J'écoute… je ne peux pas… répète… le… Horla… J'ai entendu… le Horla… c'est lui… le Horla… il est venu !…

Ah ! le vautour a mangé la colombe, le loup a mangé le mouton ; le lion a dévoré le buffle aux cornes aiguës ; l'homme a tué le lion avec la flèche, avec le glaive, avec la poudre ; mais le Horla va faire de l'homme ce que nous avons fait du cheval et du bœuf : sa chose, son serviteur et sa nourriture, par la seule puissance de sa volonté. Malheur à nous !

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 19 août · Lire l'œuvre

Texte 8 · « Je ne me vis pas dans ma glace ! »

▶ Écouter toute l'œuvre Le Horla (YouTube)▶ Voir Le Horla en LSF (en plusieurs parties) (YouTube)

19 août. — Je le tuerai. Je l'ai vu ! […]

[Le soir, toutes les lumières allumées, le narrateur fait semblant d'écrire, dos à une haute armoire à glace, pour attirer l'être invisible.]

Donc, je faisais semblant d'écrire, pour le tromper, car il m'épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu'il lisait par-dessus mon épaule, qu'il était là, frôlant mon oreille.

Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh ! bien ?… on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n'était pas dedans… et j'étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n'osais plus avancer, je n'osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu'il était là, mais qu'il m'échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet.

Comme j'eus peur ! Puis voilà que tout à coup je commençai à m'apercevoir dans une brume, au fond du miroir, dans une brume comme à travers une nappe d'eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite, lentement, rendant plus précise mon image, de seconde en seconde. C'était comme la fin d'une éclipse. […]

Je l'avais vu ! L'épouvante m'en est restée, qui me fait encore frissonner.

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 19 août (seconde entrée) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapepeurVoir dans le Lexique →
5Texte 9 · Séance 7

« Il va donc falloir que je me tue »

Le Horla, la fin de la nouvelle

Texte 9 · Le bûcher
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

▶ Écouter ce texte lu (Littérature audio)

[Le narrateur a enfermé l'être invisible dans sa chambre, puis il a mis le feu à sa maison, oubliant ses domestiques endormis.]

La maison, maintenant, n'était plus qu'un bûcher horrible et magnifique, un bûcher monstrueux, éclairant toute la terre, un bûcher où brûlaient des hommes, et où il brûlait aussi, Lui, Lui, mon prisonnier, l'Être nouveau, le nouveau maître, le Horla !

Soudain le toit tout entier s'engloutit entre les murs, et un volcan de flammes jaillit jusqu'au ciel. Par toutes les fenêtres ouvertes sur la fournaise, je voyais la cuve de feu, et je pensais qu'il était là, dans ce four, mort…

— Mort ? Peut-être ?… Son corps ? son corps que le jour traversait n'était-il pas indestructible par les moyens qui tuent les nôtres ?

S'il n'était pas mort ?… seul peut-être le temps a prise sur l'Être Invisible et Redoutable. Pourquoi ce corps transparent, ce corps inconnaissable, ce corps d'Esprit, s'il devait craindre, lui aussi, les maux, les blessures, les infirmités, la destruction prématurée ?

La destruction prématurée ? toute l'épouvante humaine vient d'elle ! Après l'homme le Horla. — Après celui qui peut mourir tous les jours, à toutes les heures, à toutes les minutes, par tous les accidents, est venu celui qui ne doit mourir qu'à son jour, à son heure, à sa minute, parce qu'il a touché la limite de son existence !

Non… non… sans aucun doute, sans aucun doute… il n'est pas mort… Alors… alors… il va donc falloir que je me tue, moi !…

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), fin de la nouvelle · Lire l'œuvre

Gravure : un homme se jette en avant ; une chaise se renverse et la fumée d'une lampe tourbillonne
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), « Ma table oscilla, ma lampe tomba et s'éteignit », illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1908 ✱Le narrateur bondit sur l'être invisible, qui s'enfuit en renversant tout : il décide de le détruire.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapefolieVoir dans le Lexique →
6Séance 8 · Contrôle de lecture

Le Horla, de la nouvelle à l'écran

Contrôle de lecture, 4e2, 17 octobre 2023

Carte mentale de l'étapeadaptationVoir dans le Lexique →
7Séance 9 · Lecture intégrale

Le monstre et son créateur

Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818)

Gravure : dans un laboratoire, un jeune homme s'enfuit par la porte ; au sol, une créature géante s'éveille parmi des ossements
Theodor von Holst, frontispice de Frankenstein de Mary Shelley, gravure sur acier, Londres, Colburn et Bentley, 1831 ✱Victor Frankenstein s'enfuit, horrifié, devant la créature à laquelle il vient de donner la vie.Domaine public · Wikimedia Commons

Les exposés sur Frankenstein (4e2, 14 novembre 2023)

Les exposés sont préparés en classe, en cinquante minutes, par groupes de trois ou quatre élèves ; les livres sont nécessaires. Chaque exposé comporte une introduction qui présente la question, l'auteur et le livre, un développement et une conclusion. Pour chaque question, le groupe argumente en évoquant au moins trois passages du livre et choisit trois ou quatre extraits très courts, lus chacun par un élève. L'exposé dure de cinq à dix minutes ; on peut préparer un schéma au tableau. Les notes sont individuelles : elles dépendent de la connaissance du livre et des réponses aux questions du professeur.

Le travail de la Toussaint : lire Frankenstein et créer un objet numérique

Dans la version la plus récente de la séquence, le roman est lu pendant les vacances de la Toussaint, seul ou à deux. Chaque élève réalise un objet numérique qui montre ce qu'il a compris du roman et le présente à la classe en trois minutes à la rentrée. Après chaque étape de lecture, il note sur une feuille un passage qui l'a marqué, avec le numéro du chapitre.

ÉtapeCe que vous lisezChapitresUne question pour vous guider
1Les lettres de Walton, la jeunesse de Victor, la créationLettres 1 à 4, chapitres 1 à 5Pourquoi Victor s'enfuit-il devant ce qu'il vient de créer ?
2Les premiers malheurs et la rencontre dans la montagneChapitres 6 à 10Qui est responsable de la mort de Justine ?
3Le récit de la créatureChapitres 11 à 16Comment la créature apprend-elle à parler, et qu'est-ce qui la rend violente ?
4La promesse, le voyage, le mariageChapitres 17 à 23Victor a-t-il raison de détruire la compagne qu'il avait promise ?
5La poursuite dans les glaces et la finChapitre 24 et dernières lettresLequel des deux est le plus à plaindre ?

Les numéros de chapitres peuvent changer selon l'édition : on se fie d'abord au contenu de chaque étape.

CritèreCe qui est attenduPoints
Connaissance du romanÉvénements et personnages exacts ; le livre a été lu jusqu'au bout6
CitationsTrois citations courtes, bien choisies, avec le numéro du chapitre3
RéflexionUne réponse personnelle et justifiée à la question du vrai monstre4
Qualité de l'objetSoin, lisibilité, son audible, orthographe, brouillon manuscrit rendu3
Présentation oraleVoix claire, regard vers la classe, temps respecté, réponses aux questions4
Total20
Carte mentale de l'étapemonstreVoir dans le Lexique →
8Séance 10 · Expression écrite n° 2

Écrire un texte fantastique

Inventer une nouvelle à la manière de Maupassant

Carte mentale de l'étapefantastiqueVoir dans le Lexique →
9Séance 11 · Évaluation

Devoir de type brevet

4e2, janvier 2024 · 1 h 30 : questions (1 h 10) et dictée (20 min)

Texte · « Je me demande si je suis fou »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

▶ Écouter toute l'œuvre Le Horla (YouTube)▶ Voir Le Horla en LSF (en plusieurs parties) (YouTube)

7 août. — J'ai dormi tranquille. Il a bu l'eau de ma carafe, mais n'a point troublé mon sommeil.

Je me demande si je suis fou. En me promenant, tantôt au grand soleil, le long de la rivière, des doutes me sont venus sur ma raison, non point des doutes vagues comme j'en avais jusqu'ici, mais des doutes précis, absolus. J'ai vu des fous ; j'en ai connu qui restaient intelligents, lucides, clairvoyants même sur toutes les choses de la vie, sauf sur un point. Ils parlaient de tout avec clarté, avec souplesse, avec profondeur, et soudain leur pensée touchant l'écueil de leur folie, s'y déchirait en pièces, s'éparpillait et sombrait dans cet océan effrayant et furieux, plein de vagues bondissantes, de brouillards, de bourrasques, qu'on nomme « la démence ».

Certes, je me croirais fou, absolument fou, si je n'étais conscient, si je ne connaissais parfaitement mon état, si je ne le sondais en l'analysant avec une complète lucidité. Je ne serais donc, en somme, qu'un halluciné raisonnant. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau […].

[Le narrateur imagine qu'une « touche du clavier cérébral » est paralysée chez lui. Il se promène au bord de la rivière, heureux de vivre.]

Peu à peu, cependant un malaise inexplicable me pénétrait. Une force, me semblait-il, une force occulte m'engourdissait, m'arrêtait, m'empêchait d'aller plus loin, me rappelait en arrière. J'éprouvais ce besoin douloureux de rentrer qui vous oppresse, quand on a laissé au logis un malade aimé, et que le pressentiment vous saisit d'une aggravation de son mal.

Donc, je revins malgré moi, sûr que j'allais trouver, dans ma maison, une mauvaise nouvelle, une lettre ou une dépêche. Il n'y avait rien ; et je demeurai plus surpris et plus inquiet que si j'avais eu de nouveau quelque vision fantastique.

Guy de Maupassant, Le Horla (1887), 7 août · Lire l'œuvre

Gravure : un homme penché sur sa table, de dos ; derrière la fenêtre, une silhouette blanche se devine
William Julian-Damazy (gravé par Georges Lemoine), illustration pour Le Horla, Paris, Ollendorff, 1908 ✱Assis à sa table, le narrateur sent derrière lui une présence : est-il fou, ou le Horla existe-t-il ?Domaine public · Wikimedia Commons
AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱fantastiqueadjectif et nom masculin
Synonymes

surnaturelirréelétrangeextraordinaireimaginaire

Antonymes

réelnaturelordinairebanalrationnel

Dérivés

fantastiquementadv.fantaisien. f.fantasmen. m.fantasmagorien. f.fantômen. m.

Champ lexical

hésitationapparitionangoissefolieinvisible

Étymologie
  • phainein grec : faire voir, faire apparaître
  • phantasia grec : apparition, imagination
  • phantastikos grec : qui concerne l'imagination
  • phantasticus latin, d'où « fantastique »
  • fantôme, fantaisie mots de la même famille
Expressions
  • « C'est fantastique ! » : familier : génial, formidable
  • un récit fantastique : le genre littéraire
  • une créature fantastique : qui n'existe pas
  • croire voir un fantôme : douter de ce que l'on voit
  • ne pas en croire ses yeux : être stupéfait
Références culturelles
  • Mary Shelley, Frankenstein, 1818Un savant donne vie à une créature monstrueuse : le roman mêle fantastique et science.
  • Théophile Gautier, La Morte amoureuse, 1836Un jeune prêtre mène une double vie, partagé entre son devoir et l'amour d'une morte vampire.
  • Prosper Mérimée, La Vénus d'Ille, 1837Une statue de Vénus semble prendre vie et tuer un jeune marié, sans que le doute soit levé.
  • Guy de Maupassant, Le Horla, 1887Dans son journal, le narrateur se sent hanté par un être invisible : folie ou réalité ?
  • Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, 1970Todorov définit le fantastique comme l'hésitation entre explication naturelle et surnaturelle.
Carte mentale ✱journalnom masculin
Synonymes

journal intimecarnetmémoireschronique

Dérivés

journalisten. m.journalismen. m.journalistiqueadj.journalieradj.journéen. f.journ. m.

Champ lexical

datepremière personneconfidenceprésentdouteintimité

Étymologie
  • dies latin : jour
  • diurnalis latin : de chaque jour, d'où « journal »
  • jour, journée, journaliste mots de la même famille
Expressions
  • tenir un journal : écrire régulièrement ce que l'on vit
  • un journal intime : écrit pour soi
  • le journal de bord : registre d'un voyage en mer
Références culturelles
  • Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, 1829Un condamné à mort note ses pensées jusqu'à l'exécution, à la manière d'un journal.
  • Guy de Maupassant, Le Horla, 1887La nouvelle prend la forme du journal intime d'un homme qui sombre dans l'angoisse.
  • Bram Stoker, Dracula, 1897Le roman est composé de journaux intimes, de lettres et d'articles de presse.
  • Anne Frank, Journal, 1947Cachée avec sa famille à Amsterdam, Anne tient le journal de sa vie sous l'Occupation.
Carte mentale ✱peurnom féminin
Synonymes

crainteangoisseeffroiterreurépouvante

Antonymes

couragesérénitécalmeaudace

Dérivés

peureuxadj.peureusementadv.apeurerv.apeuréadj.

Champ lexical

frissoncauchemarangoissehallucinationnuitcri

Étymologie
  • pavor latin : effroi, peur
  • paor ancien français, d'où « peur »
  • peureux, apeuré mots de la même famille
  • épouvante mot de la même famille (latin pavere : avoir peur)
Expressions
  • avoir une peur bleue : avoir très peur
  • en être quitte pour la peur : s'en sortir sans mal
  • mourir de peur : être terrifié
  • avoir la chair de poule : frissonner de peur
Références culturelles
  • Edgar Allan Poe, Le Chat noir, 1843Le narrateur, rongé par l'alcool et la culpabilité, est hanté par un chat qui le terrifie.
  • Guy de Maupassant, Le Horla, 1887La peur grandit au fil du journal, jusqu'à pousser le narrateur à envisager de se tuer.
  • Bram Stoker, Dracula, 1897Le vampire Dracula est devenu une figure majeure de l'épouvante.
  • Stephen King, Ça, 1986Une créature qui prend la forme des peurs de chacun terrorise une bande d'enfants.
Carte mentale ✱folienom féminin
Synonymes

démencedélirealiénationdéraisonégarement

Antonymes

raisonsagesseluciditébon sens

Dérivés

fouadj.follementadv.affolerv.affolementn. m.affolantadj.folâtreadj.folâtrerv.

Champ lexical

hallucinationdouteangoisseasileobsessiondélire

Étymologie
  • follis latin : soufflet, ballon (tête vide)
  • fol, fou ancien français, d'où « folie »
  • affoler, follet mots de la même famille
Expressions
  • à la folie : passionnément
  • faire des folies : dépenser sans compter
  • un grain de folie : un peu de fantaisie
  • la folie des grandeurs : ambition démesurée
Références culturelles
  • Érasme, Éloge de la folie, 1511La Folie elle-même prend la parole pour faire son éloge et railler les travers des hommes.
  • Miguel de Cervantès, Don Quichotte, 1605Rendu fou par ses lectures de romans de chevalerie, l'hidalgo prend des moulins pour des géants.
  • Gérard de Nerval, Aurélia, 1855Nerval y raconte ses propres crises de folie, vécues comme des rêves et des visions.
  • Guy de Maupassant, Le Horla, 1887Le narrateur se croit possédé par un être invisible et sombre peu à peu dans la folie.
Carte mentale ✱adaptationnom féminin
Synonymes

transpositionversionréécritureinterprétation

Antonymes

original

Dérivés

adapterv.adaptableadj.adaptabilitén. f.adaptateurn. m.adaptatifadj.inadaptéadj.réadapterv.réadaptationn. f.

Champ lexical

filmdessin animéscénariofidélitéréalisateurversion

Étymologie
  • ad latin : vers
  • aptare latin : ajuster, rendre apte
  • adaptare latin : ajuster à, d'où « adapter »
  • apte, adapter mots de la même famille
Expressions
  • une adaptation au cinéma : film tiré d'un livre
  • librement adapté de : qui prend des libertés avec le texte
  • une adaptation fidèle : qui suit de près l'œuvre
Références culturelles
  • Walt Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains, 1937Premier long métrage d'animation des studios Disney, il adapte le conte des frères Grimm.
  • Tex Avery, Red Hot Riding Hood, 1943Tex Avery détourne le Petit Chaperon rouge en dessin animé burlesque, dans une boîte de nuit moderne.
  • Jean Cocteau, La Belle et la Bête, 1946Cocteau adapte au cinéma le conte de Madame Leprince de Beaumont dans un univers poétique et merveilleux.
  • Michel Ocelot, Kirikou et la Sorcière, 1998Michel Ocelot s'inspire d'un conte traditionnel d'Afrique de l'Ouest pour ce film d'animation.
Carte mentale ✱monstrenom masculin
Synonymes

créaturebêtegéantogredémon

Antonymes

humainbeautémerveille

Dérivés

monstrueuxadj.monstrueusementadv.monstruositén. f.

Champ lexical

horreurdifformitécruautépeurcréateurlimites de l'humain

Étymologie
  • monere latin : avertir
  • monstrum latin : prodige, signe envoyé par les dieux, être étrange
  • monstrueux, monstruosité mots de la même famille
Expressions
  • un monstre sacré : une immense vedette
  • un travail monstre : un travail énorme
  • un monstre de cruauté : une personne très cruelle
  • entre Charybde et Scylla : d'un danger à un autre
Références culturelles
  • Homère, L'Odyssée, VIIIe siècle av. J.-C.Ulysse affronte le Cyclope, Charybde et Scylla, monstres de la mythologie.
  • Ovide, Les Métamorphoses, début du Ier siècleLes transformations y font naître des créatures monstrueuses, comme Méduse aux cheveux de serpents.
  • Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818La créature, rejetée pour sa laideur, devient un monstre à cause de la cruauté des hommes.
  • Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831Quasimodo, difforme et rejeté, cache sous son apparence monstrueuse un cœur généreux.

AaLes mots du récit fantastique

Les notions de la séquence

Fantastique
Intrusion du surnaturel dans le cadre réaliste d'un récit : un phénomène étrange transforme le réel et fait douter le narrateur de ce qu'il vit. Peu à peu, la peur l'envahit, et le lecteur ne peut savoir si les faits relèvent du réel ou du surnaturel.
Merveilleux
Surnaturel accepté d'emblée, dans un monde magique où les choses se déroulent de manière presque normale et familière.
Récit réaliste
Le narrateur cherche à donner l'impression qu'il retranscrit la réalité avec fidélité : descriptions précises, noms propres réels, dates, personnages ancrés dans un milieu social.
Journal intime
Récit écrit au jour le jour, à la première personne, daté : le narrateur y note l'évolution de ses pensées.
Personnage-narrateur
Le personnage qui raconte sa propre histoire en disant « je ».
Champ lexical
Ensemble des mots qui se rapportent à une même idée : la peur, l'angoisse, l'étrange, le doute.
Modalisateur
Mot qui exprime l'incertitude : peut-être, il se peut, sans doute, il me sembla.
✱
Récit enchâssé
Récit raconté par un personnage à l'intérieur d'un autre récit (le juge dans La Main, la créature dans Frankenstein).
Discours indirect
Paroles rapportées dans une proposition introduite par un verbe de parole : la personne et les temps changent.
Fin ouverte
Dénouement qui ne tranche pas et laisse le lecteur hésiter.

Sources : documents d'Etienne Buraud (Google Drive, dossier « 1. Le récit réaliste et fantastique » et dossier de la 4e2, 2023-2024) : « Le récit fantastique » (octobre 2023) ; « Cours sur le Horla » (2022, repris en novembre 2024) ; « Le Horla, extrait du 14 août » (octobre 2023) ; texte de La Main ; « Contrôle de lecture sur le Horla » (4e2, 17 octobre 2023) ; « Questions MS » (documentaire sur Mary Shelley, 2019) ; « Exposés sur Frankenstein » (4e2, 14 novembre 2023) ; « Frankenstein, travail de la Toussaint » (2026) ; « Expression écrite n° 2 : écrire un texte fantastique » ; « 4e2 Fantastique, évaluation de fin de séquence » (janvier 2024) ; pages de vocabulaire du récit réaliste et fantastique ; dossiers de booktubes (novembre 2023) et d'audios (2023). Les textes de Maupassant suivent les documents de la séquence (version de 1887 du Horla). Ajouts signalés : chronologie du Horla, encadré sur Mary Shelley, questions sur La Main et sur le 19 août, méthode de la comparaison, encadré sur la fin ouverte et trois notions du mémento. Aucun extrait de Frankenstein n'est reproduit.

10IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Le narrateur du Horla est-il fou ?

En classe25 min

Objectif. Comprendre l'hésitation propre au fantastique en réfutant une thèse défendue par l'IA.

  1. Relis les textes 4 à 8 (la carafe, la rose, le nom, le miroir).
  2. Ton professeur demande à l'IA de défendre la thèse ci-dessous.
  3. Par groupes, cherchez dans le journal des passages qui font hésiter le lecteur.
  4. Le professeur tape vos réponses ; observez si l'IA reconnaît l'hésitation.
À écrire à l'IA

Tu défends une thèse pour un débat de 4e : dans Le Horla de Maupassant, le narrateur est simplement fou, il n'y a rien de surnaturel. Donne deux arguments. Puis réponds aux objections des élèves et ne change d'avis que s'ils citent le texte.

Garde ton esprit critique. Vérifie les dates du journal citées par l'IA : elle peut se tromper d'entrée ou inventer un épisode. Le fantastique repose sur le doute : une réponse trop sûre passe à côté.

2

Fantastique, merveilleux ou science-fiction ?

En classe20 min

Objectif. Définir le fantastique et le distinguer d'autres genres, à partir de La Main et de Frankenstein.

  1. Relis la séance « Qu'est-ce que le fantastique ? ».
  2. Ton professeur pose la question à l'IA devant la classe.
  3. Comparez sa définition avec celle du cours.
  4. Discutez : Frankenstein est-il un récit fantastique, un roman gothique, autre chose ?
À écrire à l'IA

Explique la différence entre le fantastique, le merveilleux et la science-fiction, pour des élèves de 4e. Puis classe La Main de Maupassant et Frankenstein de Mary Shelley, en justifiant.

Garde ton esprit critique. L'IA peut donner une définition trop large du fantastique. Vérifie avec le cours : hésitation entre explication rationnelle et surnaturel.

3

Ma nouvelle fantastique relue

À la maison40 min

Objectif. Relire sa nouvelle fantastique (expression écrite n° 2) : narration à la première personne, temps du passé, hésitation.

  1. Écris d'abord ta nouvelle seul.
  2. Avec l'accord d'un adulte, copie-la dans l'IA avec la consigne ci-dessous.
  3. Vérifie ses remarques sur les temps avec ta leçon.
  4. Corrige seul, puis écris ce que tu as gardé et refusé.
À écrire à l'IA

Voici une nouvelle fantastique que j'ai écrite : [colle ton texte]. Dis-moi si le lecteur hésite entre une explication normale et le surnaturel, et si mes temps du passé sont cohérents. Ne réécris pas mon texte et ne propose pas de fin.

Garde ton esprit critique. Si l'IA te propose une fin, ne la prends pas : c'est ton récit. Une remarque utile cite une phrase précise de ta nouvelle.

4

Interviewer le narrateur du Horla

En classe ou à la maison25 min

Objectif. Revoir les étapes du journal du Horla en interrogeant le narrateur joué par l'IA.

  1. Prépare cinq questions sur des entrées précises du journal (5 juillet, 6 août, 14 août, 19 août).
  2. En classe avec le professeur, ou chez toi avec l'accord d'un adulte, lance la consigne ci-dessous.
  3. Note chaque réponse et cherche la date du journal qui la confirme.
  4. Barre ce qui est inventé.
À écrire à l'IA

Tu joues le narrateur du Horla de Maupassant (version de 1887). Je t'interroge sur ce que tu as écrit dans ton journal. Réponds en restant fidèle au texte et cite la date de l'entrée. Si le texte ne dit rien, dis-le.

Garde ton esprit critique. L'IA peut se tromper de date ou mélanger les deux versions du Horla. Toute réponse sans date vérifiable reste « à vérifier ».

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

6 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 08
    La Main, surnaturel ou inexplicableDécouvrir le fantastique avec une nouvelle de Maupassant : repérer le récit enchâssé, confronter deux explications d'un même crime, enrichir le vocabulaire de…
  • 09
    Le Horla, la carafe videReconnaître le journal intime, voir comment les phrases interrogatives et exclamatives traduisent l'agitation du narrateur, relever le champ lexical de la…
  • 10
    Le Horla, une main invisibleReprendre les consignes du cours sur l'entrée du 6 août : repérer le doute et l'état du narrateur, distinguer compléments circonstanciels et compléments…
  • 11
    Le Horla, un narrateur possédéComprendre comment le narrateur perd la maîtrise de lui-même, relever les marques de l'émotion, poursuivre la transposition au discours indirect commencée en…
  • 12
    Le Horla, nommer et voir l'invisibleÉtudier les deux moments clés du 19 août (le nom du Horla, le reflet disparu), peser les indices de l'existence du Horla et ceux de la folie, puis raconter la…
  • 13
    Le Horla, folie ou surnaturelS'entraîner sur les questions de l'évaluation de fin de séquence (le 7 août), puis lire la fin de la nouvelle pour comprendre pourquoi elle reste ouverte et en…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.