Français en classe
3e · Textes narratifs

Lire attentivement : la nouvelle à chute

Maupassant, L'Aveugle, La Parure et les maîtres de la chute

8 textes3 à retenir5 fiches d'activité
Créé en 2019
Programme officielLe programme en vigueur et ses liens

Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 3e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 3e à la rentrée 2028.

Module de lecture attentive qui ouvre l'année : il ne relève d'aucune entrée en particulier.

rattachement proposé

Portrait de Guy de MaupassantGuy de Maupassant
Portrait de VoltaireVoltaire
Portrait de Denis DiderotDenis Diderot
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 4 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Lire attentivement : la nouvelle à chute, de Maupassant à Buzzati

Cette séquence ouvre l'année de 3e. Dans les dossiers d'Etienne Buraud, elle s'appelle d'abord « Séquence zéro : la lecture », puis « Module de lecture attentive ». Avant d'aborder les grands textes de l'année, les élèves apprennent à lire un texte deux fois, à repérer les phrases qui ne prennent leur sens qu'à la seconde lecture et à résumer une nouvelle avec exactitude. La nouvelle à chute se prête bien à cet entraînement : sa fin inattendue oblige à relire tout le début autrement.

Le chapitre est recentré sur Guy de Maupassant, dont les nouvelles sont reproduites : L'Aveugle (1882), étudiée en entraînement, et La Parure (1884), modèle de la chute. Il s'ouvre sur un texte de Voltaire qui fait l'éloge de la lecture en feignant de la condamner. Les nouvelles du XXe siècle de la sélection d'Etienne Buraud (Buzzati, Bradbury, Brown, Matheson, Kassak…) sont protégées par le droit d'auteur : elles sont présentées par un résumé et distribuées en classe.

Fiche enseignant
Intitulé
Lire attentivement : la nouvelle à chute
Place dans l'année
Séquence d'ouverture de 3e (« séquence zéro »), au premier trimestre, dès la rentrée de septembre
Textes
Maupassant, L'Aveugle et La Parure ; Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture » ; une sélection de nouvelles à chute du XXe siècle
Évaluations
Contrôle N°1 de 3e (lecture attentive, énonciation, dictée) ; évaluation de 2021, mise à jour en 2025
Années
2019 à 2025, classes de 3e de la cité scolaire Victor-Hugo
Fil rouge
Quelles phrases du texte prennent sens à la seconde lecture ?

✱Programme. Compétence « Lire » du cycle 4 ; les textes préparent l'entrée de 3e « Dénoncer les travers de la société » (cruauté dans L'Aveugle, vanité dans La Parure, censure chez Voltaire).

Le parcours

N°SéanceSupportNotions
1Lire, un « horrible danger » ?Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture » (1765)Ironie, réquisitoire, Lumières
2La méthode : lire deux foisUne nouvelle de science-fiction à finir (14 septembre 2021)Indices, chronologie, inventer une chute
3Travaux dirigés, texte 2Buzzati, « Pauvre petit garçon ! » (Le K, 1966)Résumer, justifier en citant
4-5Texte 1 · Un martyre normandMaupassant, L'Aveugle (1882)Narrateur, chronologie, nature des mots
6Texte 2 · La chute exemplaireMaupassant, La Parure (1884)Indices, ellipse, chute
7Lectures en réseauUne sélection de nouvelles à chuteL'implicite, l'iceberg
8Écrire une nouvelle à chuteProductions des élèves, lues et enregistrées (novembre 2021)Lecture à voix haute
9ÉvaluationsMatheson, « Cycle de survie » ; Diderot ; dictéeRésumé, énonciation
+Prolongement : un romanSepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amourPortrait, structure du récit

Les textes étudiés

TexteŒuvre, date
OUVERTUREVoltaire, « De l'horrible danger de la lecture »Nouveaux Mélanges, 1765
TEXTE 1Guy de Maupassant, L'AveugleNouvelle datée du 31 mars 1882
TEXTE 2Guy de Maupassant, La ParureNouvelle datée du 17 février 1884
ÉVALUATIONDenis Diderot, discours du vieillard tahitienSupplément au voyage de Bougainville, 1772
2Séance 1 · Ouverture

Lire, un « horrible danger » ?

Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765

Voltaire imagine un décret, un « mandement », signé par le mufti de l'Empire ottoman, la plus haute autorité religieuse de Constantinople. Le cadre est historique : l'imprimerie a bien été introduite en Turquie en 1726 par Saïd Effendi, secrétaire d'ambassade, plus tard ambassadeur à Paris. La date finale correspond au 23 juillet 1730, mais le texte a sans doute été écrit en décembre 1764.

Extrait 1 · « Pour les causes ci-dessous énoncées »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.

Comme ainsi soit que Saïd Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l'Espagne et l'Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l'imprimerie, […] il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l'imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.

1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l'ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.

[…]

4. Il se pourrait, dans la suite des temps, que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.

[…]

6. Il arriverait sans doute qu'à force de lire les auteurs occidentaux qui ont traité des maladies contagieuses, et de la manière de les prévenir, nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence.

Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », Nouveaux Mélanges (1765), début · Lire l'œuvre

Gravure : un vieillard barbu en gros turban et longue robe, un livre à la main
D'après Jean-Baptiste Vanmour, Le Moufti, ou chef de la loi, gravure du Recueil de cent estampes représentant différentes nations du Levant (Ferriol) ✱Le mufti, chef religieux de l'Empire ottoman : c'est lui qui signe le décret inventé par Voltaire.Domaine public · Wikimedia Commons
Extrait 2 · « Défendons expressément de penser »

À ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte.

Et pour empêcher qu'il n'entre quelque pensée en contrebande dans la sacrée ville impériale, commettons spécialement le premier médecin de Sa Hautesse, né dans un marais de l'Occident septentrional ; lequel médecin, ayant déjà tué quatre personnes augustes de la famille ottomane, est intéressé plus que personne à prévenir toute introduction de connaissances dans le pays ; lui donnons pouvoir, par ces présentes, de faire saisir toute idée qui se présenterait par écrit ou de bouche aux portes de la ville, et nous amener ladite idée pieds et poings liés, pour lui être infligé par nous tel châtiment qu'il nous plaira.

Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l'an 1143 de l'hégire.

Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture » (1765), fin · Lire l'œuvre

Planche gravée : des ouvriers composent des textes avec des caractères dans un atelier ; dessous, des détails de lettres
Louis-Jacques Goussier (dessin) et Robert Bénard (gravure), Imprimerie en lettres, l'opération de la casse, planche de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ✱Un atelier d'imprimerie au XVIIIe siècle : c'est l'imprimerie que le décret du mufti interdit.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeironieVoir dans le Lexique →
3Séance 2 · Méthode

Le module de lecture attentive

Lire deux fois, chercher les indices, résumer avec exactitude

Toute la séquence repose sur une même démarche, reprise d'une nouvelle à l'autre et jusque dans les évaluations. Elle s'applique à des textes courts, que l'on peut lire deux fois pendant la séance.

Première application : une nouvelle sans fin

Pour le mardi 14 septembre 2021, les élèves de 3e lisent une nouvelle de science-fiction dont Etienne Buraud a supprimé la dernière réplique. Le texte, protégé, est distribué en classe.

Résumé. Le narrateur est traducteur aux Nations unies. Des extraterrestres, les Kanamites, petits, velus, au nez en forme de groin, débarquent sur Terre et offrent à l'humanité des cadeaux prodigieux : une énergie presque gratuite, un procédé qui rend les terres plus fertiles, puis un champ qui empêche toute explosion et rend la guerre impossible. Soumis au détecteur de mensonges, ils affirment ne vouloir que la paix et l'abondance des hommes. Seul Grégori, un collègue du narrateur, reste méfiant : il se procure un livre kanamite et en déchiffre le titre, « Comment servir l'homme ». Des humains partent pour des séjours d'échange sur la planète des Kanamites. Inscrit sur la liste des passagers, Grégori ne dort plus : il a déchiffré le premier paragraphe du livre. Le texte s'arrête au moment où il va dire ce qu'il a lu.

✱Il s'agit sans doute de « Comment servir l'homme » (« To Serve Man », 1950) de l'Américain Damon Knight [à vérifier : l'auteur n'est pas nommé dans le document].

Carte mentale de l'étapelectureVoir dans le Lexique →
4Séance 3 · Travaux dirigés

Un petit garçon pas comme les autres

Dino Buzzati, « Pauvre petit garçon ! », Le K, 1966

Deuxième texte des travaux dirigés : une nouvelle de l'écrivain italien Dino Buzzati, tirée du recueil Le K (1966, traduction française chez Robert Laffont en 1967). Le texte est protégé : il est distribué en classe.

Résumé. Dans un jardin public au bord d'un fleuve, Mme Klara tricote sur un banc. Son fils Dolfi, cinq ans, chétif et pâle, est la risée des autres enfants, blonds et robustes, qui le surnomment « Laitue ». Ce jour-là, il a un fusil neuf. Les garçons, qui jouent à la guerre, font mine de l'accueillir, le nomment capitaine et l'envoient en tête de l'attaque. C'est un piège : il trébuche sur une ficelle tendue, il est bombardé de boulettes d'argile et piétiné, même par ses compagnons d'armes, et son fusil est cassé. Sa mère ne lui demande que ce qu'il a fait à ses vêtements et l'imagine plus tard en petit employé terne, vaincu par la vie. Un bref instant, l'enfant n'est qu'un petit garçon malheureux qui demande un peu de bonté ; puis son visage se durcit. La dernière réplique, celle d'une dame qui prend congé de la mère, révèle le nom de famille de Dolfi.

Carte mentale de l'étapechuteVoir dans le Lexique →
5Texte 1 · Séances 4 et 5

Un martyre normand

Guy de Maupassant, L'Aveugle, 1882

Etienne Buraud a d'abord donné cette nouvelle en contrôle à une classe de 4e (octobre 2019), puis l'a reprise en 3e comme entraînement du module de lecture attentive. Le texte est ici reproduit presque en entier : seuls quelques passages sont résumés entre crochets.

Extrait 1 · « La joie du premier soleil »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

Qu'est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l'allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie ; on voudrait embrasser le soleil.

Les aveugles sous les portes, impassibles en leur éternelle obscurité, restent calmes comme toujours au milieu de cette gaieté nouvelle, et, sans comprendre, ils apaisent à toute minute leur chien qui voudrait gambader.

[…]

J'ai connu un de ces hommes dont la vie fut un des plus cruels martyres qu'on puisse rêver.

C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès que les vieux furent partis, l'existence atroce commença. Recueilli par une sœur, tout le monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. À chaque repas, on lui reprochait la nourriture ; on l'appelait fainéant, manant ; et bien que son beau-frère se fût emparé de sa part d'héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste assez pour qu'il ne mourût point.

Guy de Maupassant, L'Aveugle (1882), début · Lire l'œuvre

Tableau : une cour de ferme herbue avec des bâtiments à colombages, une mare, une vache et des poules
Claude Monet, Cour de ferme en Normandie, huile sur toile, 1863, musée d'Orsay ✱Une ferme normande au soleil, comme celle où vit l'aveugle, au milieu des bêtes et des champs.Domaine public · Wikimedia Commons
Extrait 2 · « Un souffre-douleur »

Il avait une figure toute pâle, et deux grands yeux blancs comme des pains à cacheter ; et il demeurait impassible sous l'injure, tellement enfermé en lui-même qu'on ignorait s'il la sentait. Jamais d'ailleurs il n'avait connu aucune tendresse, sa mère l'ayant toujours un peu rudoyé, ne l'aimant guère ; car aux champs les inutiles sont des nuisibles, et les paysans feraient volontiers comme les poules qui tuent les infirmes d'entre elles.

[Son impassibilité finit par exaspérer sa famille.]

On imagina toutes les farces cruelles que sa cécité put inspirer. Et, pour se payer de ce qu'il mangeait, on fit de ses repas des heures de plaisir pour les voisins et de supplice pour l'impotent.

Les paysans des maisons prochaines s'en venaient à ce divertissement ; on se le disait de porte en porte, et la cuisine de la ferme se trouvait pleine chaque jour. Tantôt on posait sur la table, devant son assiette où il commençait à puiser le bouillon, quelque chat ou quelque chien. La bête avec son instinct flairait l'infirmité de l'homme et, tout doucement, s'approchait, mangeait sans bruit, lapant avec délicatesse ; et quand un clapotis de langue un peu bruyant avait éveillé l'attention du pauvre diable, elle s'écartait prudemment pour éviter le coup de cuiller qu'il envoyait au hasard devant lui.

Alors c'étaient des rires, des poussées, des trépignements des spectateurs tassés le long des murs. Et lui, sans jamais dire un mot, se remettait à manger de la main droite, tandis que, de la gauche avancée, il protégeait et défendait son assiette.

[Vient ensuite « le jeu des claques », puis on le force à mendier.]

Guy de Maupassant, L'Aveugle (1882) · Lire l'œuvre

Extrait 3 · « Et voici comment il mourut »

Ce fut alors contre lui une haine déchaînée, impitoyable. Et voici comment il mourut.

Un hiver, la terre était couverte de neige, et il gelait horriblement. Or, son beau-frère, un matin, le conduisit fort loin sur une grande route pour lui faire demander l'aumône. Il l'y laissa tout le jour, et quand la nuit fut venue, il affirma devant ses gens qu'il ne l'avait plus retrouvé. Puis il ajouta : « Bast ! faut pas s'en occuper, quelqu'un l'aura emmené parce qu'il avait froid. Pardié ! i n'est pas perdu. I reviendra ben d'main manger la soupe. »

Le lendemain, il ne revint pas.

[Perdu dans la neige, l'aveugle erre au hasard, s'assoit au milieu d'une plaine et ne se relève pas. La neige l'ensevelit. Ses parents font mine de le chercher pendant huit jours : « Ils pleurèrent même. »]

L'hiver était rude et le dégel n'arrivait pas vite. Or, un dimanche, en allant à la messe, les fermiers remarquèrent un grand vol de corbeaux qui tournoyaient sans fin au-dessus de la plaine, puis s'abattaient comme une pluie noire en tas à la même place, repartaient et revenaient toujours.

[…]

Un gars alla voir ce qu'ils faisaient, et découvrit le corps de l'aveugle, à moitié dévoré déjà, déchiqueté. Ses yeux pâles avaient disparu, piqués par les longs becs voraces.

Et je ne puis jamais ressentir la vive gaieté des jours de soleil, sans un souvenir triste et une pensée mélancolique vers le gueux, si déshérité dans la vie que son horrible mort fut un soulagement pour tous ceux qui l'avaient connu.

Guy de Maupassant, L'Aveugle (1882), fin · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapenouvelleVoir dans le Lexique →
6Texte 2 · Séance 6

La chute exemplaire

Guy de Maupassant, La Parure, 17 février 1884

La Parure est la seule nouvelle du domaine public de la « Sélection de nouvelles à chute » d'Etienne Buraud. Mathilde, une jolie femme née « comme par une erreur du destin » dans une famille d'employés, a épousé un petit commis du ministère de l'Instruction publique ; elle rêve de luxe. Invitée à une soirée au ministère, elle obtient de son mari quatre cents francs pour une robe, mais il lui manque un bijou. Son mari lui conseille d'en emprunter un à son amie Mme Forestier.

Extrait 1 · « Choisis, ma chère »
Portrait de Guy de Maupassant
Guy de Maupassant1850 – 1893

Le lendemain, elle se rendit chez son amie et lui conta sa détresse. Mme Forestier alla vers son armoire à glace, prit un large coffret, l'apporta, l'ouvrit, et dit à Mme Loisel :

— Choisis, ma chère.

Elle vit d'abord des bracelets, puis un collier de perles, puis une croix vénitienne, or et pierreries, d'un admirable travail. Elle essayait les parures devant la glace, hésitait, ne pouvait se décider à les quitter, à les rendre. Elle demandait toujours :

— Tu n'as plus rien d'autre ?

— Mais si. Cherche. Je ne sais pas ce qui peut te plaire.

Tout à coup elle découvrit, dans une boîte de satin noir, une superbe rivière de diamants ; et son cœur se mit à battre d'un désir immodéré. Ses mains tremblaient en la prenant. Elle l'attacha autour de sa gorge, sur sa robe montante, et demeura en extase devant elle-même.

Puis, elle demanda, hésitante, pleine d'angoisse :

— Peux-tu me prêter cela, rien que cela ?

— Mais oui, certainement.

Guy de Maupassant, La Parure (1884) · Lire l'œuvre

Au bal, Mathilde triomphe. Au retour, elle s'aperçoit qu'elle a perdu la rivière. Les Loisel en achètent une toute semblable pour trente-six mille francs, empruntés à des usuriers ; quand on la lui rapporte, Mme Forestier n'ouvre pas l'écrin. Commence alors la vie horrible des nécessiteux : « Et cette vie dura dix ans. » Mathilde, devenue « la femme forte, et dure, et rude, des ménages pauvres », rencontre un dimanche son ancienne amie.

Extrait 2 · « Mais la mienne était fausse »

[Un dimanche, aux Champs-Élysées, Mathilde aperçoit Mme Forestier, « toujours jeune, toujours belle », et l'aborde. Son amie ne la reconnaît pas : « Oh !… ma pauvre Mathilde, comme tu es changée !… »]

— Oui, j'ai eu des jours bien durs, depuis que je ne t'ai vue ; et bien des misères… et cela à cause de toi !…

— De moi… Comment ça ?

— Tu te rappelles bien cette rivière de diamants que tu m'as prêtée pour aller à la fête du Ministère.

— Oui. Eh bien ?

— Eh bien, je l'ai perdue.

— Comment ! puisque tu me l'as rapportée…

— Je t'en ai rapporté une autre toute pareille. Et voilà dix ans que nous la payons. Tu comprends que ça n'était pas aisé pour nous, qui n'avions rien… Enfin c'est fini, et je suis rudement contente.

Mme Forestier s'était arrêtée.

— Tu dis que tu as acheté une rivière de diamants pour remplacer la mienne ?

— Oui. Tu ne t'en étais pas aperçue, hein ! Elles étaient bien pareilles.

Et elle souriait d'une joie orgueilleuse et naïve.

Mme Forestier, fort émue, lui prit les deux mains.

— Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs !…

Guy de Maupassant, La Parure (1884), fin · Lire l'œuvre

Tableau : une large avenue bordée d'arbres où passent des calèches et des promeneurs élégants
Jean Béraud, La Promenade aux Champs-Élysées, huile sur toile, vers 1890 ✱C'est en promenade aux Champs-Élysées que Mathilde, vieillie, retrouve Mme Forestier, toujours jeune et belle.Domaine public · Wikimedia Commons
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7Séance 7 · Lectures en réseau

Une sélection de nouvelles à chute

Seize nouvelles pour s'entraîner à la lecture attentive

Etienne Buraud a réuni dans un même document, « Nouvelles à chute ! » (septembre 2021), seize nouvelles très courtes, presque toutes du XXe siècle. Elles forment le réservoir des entraînements : chacune se lit en quelques minutes et se prête à la méthode de la séance 2. Sauf La Parure, toutes sont protégées : elles sont distribuées en classe.

NouvelleAuteurRecueil ou date indiqués
« Fatale erreur »Fredric BrownFantômes et farfafouilles
« Iceberg »Fred Kassak
« Le Credo »Jacques Sternberg
« Né d'un homme et d'une femme »Richard Matheson
« Happy Meal »Anna Gavalda
« La Sentinelle » (deux traductions)Fredric BrownLune de miel en enfer
« Quand Angèle fut seule… »Pascal Mérigeau1983
« Adieu Lucy »Henri Gougaud
La ParureGuy de Maupassant17 février 1884
« Pauvre petit garçon ! »Dino BuzzatiLe K, 1966
« Lucien »Claude BourgeyxLes Petits Outrages, 1984
« Vaudou »Fredric Brown
« Cauchemar en jaune »Fredric Brown
« La Première Machine à temps »Fredric Brown
« Le Dragon »Ray BradburyUn remède à la mélancolie, 1948
« Le Reflet »Didier DaeninckxMain courante, Librio, 2000

Nouvelles résumées

Ray Bradbury, « Le Dragon »

Sur une lande hors du temps, deux chevaliers transis attendent le dragon qui dévore les voyageurs : on lui prête des yeux de braise, un souffle de fumée blanche, une course de tonnerre. Le monstre surgit enfin, avec son œil jaune et fixe ; les chevaliers le chargent et sont écrasés. Les dernières lignes changent de point de vue : deux cheminots croient avoir heurté « quelque chose » et relancent leur machine. Le dragon était un train de nuit à vapeur.

Fred Kassak, « Iceberg »

Bernard, le narrateur, timide et renfermé, aime Irène, rencontrée en larmes au parc Monceau. Mais elle consacre tous ses week-ends à Georges, dont elle parle sans cesse. Devenu « l'ami de la famille », Bernard les invite dans sa villa près de Bouville et prépare la disparition de son rival : près d'une falaise, il desserre le frein de la voiture où Georges est resté. Irène rattrape la voiture de justesse et serre dans ses bras Georges, qui se met à hurler : c'est son bébé.

Pascal Mérigeau, « Quand Angèle fut seule… »

Au retour de l'enterrement de son mari Baptiste, Angèle remet de l'ordre dans la maison et se souvient : vingt ans d'infidélité supportés en silence avec Germaine Richard, dont le mari est mort d'un mal mystérieux. Le soir, elle range la cafetière, « maintenant inutile », car elle ne buvait jamais de café, et jette à la poubelle un paquet de mort-aux-rats presque vide, alors qu'on n'avait pas vu de rat dans la maison depuis vingt ans. Le lecteur comprend qu'Angèle a empoisonné son mari.

Didier Daeninckx, « Le Reflet »

Un vieillard richissime et raciste, aveugle de naissance, vit retiré dans un château et ne tolère autour de lui que des Blancs, dont il vérifie le visage du bout des doigts. Une opération lui rend la vue. En ouvrant les yeux, il voit un Noir face à lui et ordonne qu'on le chasse. Le médecin lui explique qu'il regarde une glace : c'est son propre reflet. (Texte ajouté à la séquence en juin 2025.)

Fredric Brown, « Cauchemar en rouge » : la nouvelle bonus

L'entraînement sur L'Aveugle (séances 4 et 5) se termine par une nouvelle bonus (5 points), comptée seulement si la note du premier exercice atteint 14 sur 20 : « Cauchemar en rouge » de Fredric Brown, quelques lignes à peine (texte protégé, distribué en classe). Un homme est réveillé en pleine nuit par de légères secousses ; des cloches sonnent. Poussé par une impulsion étrange, il sort en courant, pieds nus, et traverse un champ hérissé de poteaux trapus ; il heurte l'un d'eux. Une secousse plus forte le renverse : dans le ciel s'allume en lettres de feu un mot immense, TILT. Les lumières s'éteignent, c'est la fin de tout.

Carte mentale de l'étapechuteVoir dans le Lexique →
8Séance 8 · Écriture et oral

À vous d'écrire la chute

Des nouvelles d'élèves, lues à voix haute et enregistrées

En novembre 2021, les élèves de 3e ont écrit leurs propres nouvelles à chute, puis les ont lues à voix haute et enregistrées ; les fichiers ont été rassemblés dans un dossier partagé de la classe, « Nouvelles à chute – 3e – VH 2021 ». Quelques titres donnent une idée de la variété des sujets : « La Revanche », « L'Ascension d'un champion », « L'Autre Monde », « La meilleure journée de ma vie ! », « Un regard caché », « L'Esclave quotidien », « Déchirure ».

L'exercice prolonge l'atelier de la séance 2, où il fallait inventer la chute d'une nouvelle de science-fiction en imaginant la réponse d'un personnage.

Carte mentale de l'étapechuteVoir dans le Lexique →
9Séance 9 · Évaluation

Contrôle N°1 : lecture attentive

Narration, énonciation, dictée · classe de 3e, 1 h 30

Le premier contrôle de l'année reprend exactement la méthode de la séquence. Il existe en deux versions (« Contrôle N°1 – 3°1 » et sa variante « bis »), et le même sujet de lecture a servi pour l'évaluation de la 3e3 en 2021, reprise en 2025.

I. Lecture attentive : narration (20 points)

Le texte : Richard Matheson, « Cycle de survie » (Les Mondes macabres, Casterman, 1974 ; texte protégé, distribué en classe). La nouvelle s'ouvre sur un extrait de roman sentimental : Ras et sa bien-aimée s'enlacent au pied des tours de cristal d'une cité où tout n'est que paix et bonheur. Son auteur, Richard Allen Shaggley, l'achève à sa machine à écrire et va le poster en boitant. Le facteur Al relève le courrier avec fierté, le rédacteur en chef Rick lit le manuscrit avec ravissement, l'éditeur R. A. passe du rire aux larmes, le vieux typographe Dick Allen le compose, le marchand de journaux le relit six fois. Le soir, un petit homme chauve achète l'unique exemplaire, le lit en rentrant à travers des ruines, puis range ses affaires : machine à écrire, perruque, casquette de facteur, sacoche. Le lendemain matin, il commence une nouvelle histoire de Ras.

II. Lecture attentive : énonciation (10 points)

Dans le Supplément au voyage de Bougainville, Diderot met en scène un vieillard tahitien qui apostrophe le navigateur Bougainville, venu occuper l'île en 1768, et dont le Voyage autour du monde (1771) est à l'origine du mythe du « paradis polynésien ».

« Ce pays est à toi ! et pourquoi ? »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

▶ Écouter toute l'œuvre Supplément au voyage de Bougainville (YouTube)

Ce pays est à toi ! et pourquoi ? Parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton vaisseau est rempli, tu t'es récrié, tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté le vol de toute une contrée ? Tu n'es pas un esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l'être, et tu veux nous asservir ? Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ?

[…]

Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire est bon, nous le possédons.

[…]

Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques.

Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1772), discours du vieillard · Lire l'œuvre

Tableau : une baie entourée de montagnes vertes, des pirogues à voile et deux grands navires au loin
William Hodges, Vue de la baie de Matavai à Tahiti, avec les navires de Cook, huile sur toile, 1776 ✱Des navires européens à l'ancre à Tahiti : le vieillard reproche aux Européens de prendre son pays.Domaine public · Wikimedia Commons

III. Dictée (10 points)

10Prolongement · Lecture suivie

Lire un roman attentivement

Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour · première version de la séquence

Dans la première version de la « séquence zéro » (dossier « Le vieux », archives antérieures à 2020), la lecture attentive s'exerçait sur un roman entier, lu en cinq séances suivies d'un contrôle de lecture : Le Vieux qui lisait des romans d'amour, de l'écrivain chilien Luis Sepúlveda. Le roman est protégé : il est lu en œuvre intégrale, et les notes de cours d'Etienne Buraud sont reprises ici sans citation du texte.

Dans un village au bord de la forêt amazonienne, un vieil homme, Antonio José Bolívar Proaño, est l'ami du dentiste de passage. Il a appris à lire tard et lit lentement, avec passion, des romans d'amour. Le cadavre d'un chasseur étranger, un « gringo », apporté par des Indiens shuars, déclenche l'action : le maire, gros homme détesté de tous, accuse aussitôt les Indiens ; le vieux, qui connaît la forêt, lit les indices et reconnaît l'œuvre d'une femelle ocelot dont le chasseur a tué les petits. Une expédition part à la recherche de la bête.

Séance 1 · Le paratexte et l'ouverture du roman

  • Le paratexte : la page de présentation (auteur, titre, collection, traduction), le titre original, une présentation tirée d'un article du Monde, une courte biographie, les dédicaces (expliquées en fin d'étude), la quatrième de couverture (résumé, deux prix littéraires) et l'illustration de couverture (naïve : la forêt, la bête, les éléments naturels).
  • La construction : huit chapitres assez courts, de six à vingt pages. Les plus longs sont le troisième et le dernier, qui apporte la résolution.
  • Le premier paragraphe : une description, avec une métaphore, qui annonce la pluie qui éclatera au chapitre 5 : un paysage symbolique, avant la tempête. Tous les sens sont en éveil. Quels mouvements ferait une caméra ? La description est brève, et l'action démarre très vite.

Séance 2 · Les portraits du vieux

Le portrait est décomposé dans le fil du récit. On relève toutes les expressions qui désignent le personnage : un nom illustre, un article indéfini, puis le défini (« le vieux »), enfin un surnom péjoratif et affectueux à la fois, qui dit son caractère buté. Le lecteur découvre un homme modeste, vif, plein d'humour et détaché face à la mort, têtu, respectueux (il vouvoie le dentiste), généreux et simple, fidèle en amitié, amateur d'histoires. C'est grâce aux dialogues qu'on le saisit : ils ralentissent l'action et font un gros plan sur les personnages.

Le portrait est retardé par un récit enchâssé, l'exploit sanglant du dentiste (un morceau de bravoure, qui joue sur le dégoût du lecteur), puis par l'arrivée du mort. Sa suite révèle les qualités d'analyse du vieux (le présent de vérité générale, opposé au présent d'énonciation), sa sensibilité (le goût des romans d'amour) et, par un retour en arrière (une analepse), l'origine de ces livres. Bilan : le roman intercale des éléments de portrait dans la conduite de l'intrigue, ce qui provoque l'attente et la curiosité du lecteur. C'est un roman qui avance et qui recule en même temps.

Séance 3 · Le portrait du maire

Ce que le texte affirmeCe que les villageois en disent
FonctionLa plus haute autorité du villageTrop lointain pour inspirer la crainte
PhysiqueObèse, il transpire sans cesseIl s'éponge sans arrêt ; on le surnomme « la Limace »
MoraleDétournements de fonds ; vit avec une Indienne qu'il bat ; hanté par la folieMurmures, soupçons de vol, manies, prétextes incompréhensibles
ComportementLève des impôts, vend des permis, invente des taxesUniversellement détesté, obsédé par l'ordre

Le portrait objectif montre un être violent et répugnant, superstitieux et méprisant, incapable de communiquer avec ses administrés mais autoritaire, qui refuse les règles et les coutumes du pays. Le portrait subjectif amplifie ces traits : les villageois le tiennent à distance d'un œil ironique. Ce portrait, pause dans le récit, a trois fonctions : faire du maire le contrepoint d'Antonio, porter une critique sociale, introduire l'humour.

Séance 4 · Une parodie de roman policier

IndicesLe maireLe vieux
Les Shuars apportent le corpsCe sont eux les coupablesIl les présume innocents
L'entaille sur le corpsUn coup de machetteDes griffes
L'odeurIl refuse de sentirL'urine d'une femelle ocelot
Les peaux de petits ocelotsIl ne s'y intéresse pasLe chasseur a tué les petits, blessé le mâle ; la femelle rôde
Le mobileVoler l'argent du mortLa vengeance de l'animal
La méthodeL'arme, la menace, l'ignoranceLa politesse, la connaissance de la forêt, le raisonnement

L'enquête est un spectacle et une leçon (d'analyse, de modestie, de tolérance) : le vieux laisse le maire se tromper pour mieux le contredire, et le lecteur découvre la vérité avec lui. C'est une parodie des enquêtes de Sherlock Holmes, clin d'œil au lecteur, d'autant qu'Antonio est lui-même un lecteur ; mais l'assassin est un animal, comme dans Le Chien des Baskerville, et sa vengeance est méritée : le chasseur a rompu un équilibre naturel. Enquêter, pour le vieux, ressemble à lire. L'élément perturbateur est sans cesse interrompu (portrait du maire, histoire d'Antonio, second cadavre, anecdote de la mule) : ces retardements font monter le suspens.

Séance 5 · Une histoire d'apprentissage

Les chapitres 3 à 5 racontent l'histoire d'Antonio : un roman dans le roman (une mise en abyme) et un parcours initiatique. Il découvre qu'il sait lire, rencontre un prêtre, part à la ville chercher l'institutrice, puis passe des commandes régulières de livres. Apprendre à lire est une conquête lente et difficile des mots et du sens : Antonio déchiffre les livres comme il déchiffre la forêt. Une scène le résume, la lecture collective. Le roman propose ainsi une image du lecteur, peut-être un art poétique.

Carte mentale de l'étapeschéma narratifVoir dans le Lexique →
11Bilan

Ce que révèle la seconde lecture

Mobiliser ses connaissances · les mots du récit

✱
TexteÀ la première lectureCe que révèle la chute
L'AveugleUne joie de printempsUne mort qui « soulage » ses bourreaux
La ParureDix ans de sacrifice héroïqueUn sacrifice pour un bijou faux
« Pauvre petit garçon ! »Un enfant humiliéLe futur Hitler
« Iceberg »Un rival amoureuxUn bébé
« Cycle de survie »Une chaîne du livreUn seul survivant

Mémento : les mots du récit

Situation initiale
Début du récit : une situation d'équilibre (descriptions, imparfait).
Élément perturbateur
Donnée nouvelle qui rompt l'équilibre et lance l'action.
Récit enchâssé
Récit placé à l'intérieur d'un autre, souvent rétrospectif.
Analepse
Retour en arrière dans le récit (un « flash-back »).
Présent de vérité générale
Présent d'une vérité valable en tout temps (≠ présent d'énonciation).
Portrait objectif / subjectif
Il donne des informations / il les juge et les amplifie.
Reprise pronominale, nominale
Reprendre un nom par un pronom / par un autre groupe nominal.
Mise en abyme
Œuvre dans l'œuvre : un roman dans le roman, une lecture dans un livre.
Parodie
Imitation amusée d'un genre (l'enquête à la Sherlock Holmes).
Ironie, antiphrase
Dire le contraire de ce que l'on pense pour le faire entendre.
Énonciation première, rapportée
Qui parle à qui dans le texte / ce que l'auteur dit au lecteur.
✱
Chute
Fin inattendue qui éclaire tout le récit et invite à le relire.
Indice
Détail qui ne prend son sens qu'après la chute.
Narrateur-témoin
Il raconte une histoire dont il n'est pas le héros.
Ellipse
Période passée sous silence (« Et cette vie dura dix ans »).

Sources : dossiers « Séquence zéro : la lecture » et « Séquence – La lecture attentive » de 3e (2019-2025) : TD texte 2 ; « L'aveugle », entraînement (2021-2022) ; contrôle de 4e sur L'Aveugle (2019) ; « Nouvelles à chute ! » (septembre 2021) ; nouvelle à finir (14 septembre 2021) ; « Iceberg », « Quand Angèle fut seule… », « Le Reflet » (2025), « Le Dragon » ; Contrôle N°1 – 3°1 et variante ; Evaluation-3-3-2021 (mise à jour 2025) ; Voltaire et ses conclusions (Première, 2000) ; dossier « Le vieux » ; enregistrements d'élèves (novembre 2021). Voltaire, Diderot, Maupassant : domaine public. Les compléments rédigés pour ce manuel sont signalés.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱ironienom féminin
Synonymes

railleriemoqueriepersiflageantiphrase

Antonymes

sérieuxsincéritépremier degré

Dérivés

ironiqueadj.ironiquementadv.ironiserv.ironisten.

Champ lexical

antiphrasesous-entenducomplicitédénonciationsecond degrélecteur

Étymologie
  • eirôneia grec : action d'interroger en feignant l'ignorance
  • ironia latin : ironie
  • ironique, ironiser mots de la même famille
Expressions
  • l'ironie du sort : un hasard cruel, comme une moquerie du destin
  • l'ironie socratique : Socrate feint l'ignorance pour faire réfléchir
  • au second degré : il faut comprendre le contraire de ce qui est dit
Références culturelles
  • Montesquieu, De l'esprit des lois (« De l'esclavage des nègres »), 1748Montesquieu feint de justifier l'esclavage par des arguments absurdes pour mieux le condamner.
  • Jonathan Swift, Modeste proposition, 1729Swift propose avec un sérieux glacial de manger les enfants des pauvres pour dénoncer leur misère.
  • Voltaire, Candide, 1759L'ironie de Voltaire ridiculise l'optimisme de Pangloss face aux pires catastrophes.
  • Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Voltaire fait interdire l'imprimerie par un mufti pour en défendre la liberté par antiphrase.
Carte mentale ✱lecturenom féminin
Synonymes

déchiffrageinterprétationétudedécouverte

Dérivés

lirev.lecteurn. m.lectricen. f.relirev.relecturen. f.lisibleadj.illisibleadj.lisibilitén. f.

Champ lexical

livrelecteurtextesensindicebibliothèque

Étymologie
  • legere latin : cueillir, choisir, puis lire
  • lectura latin médiéval : lecture
  • lecteur, légende, lisible mots de la même famille
Expressions
  • une lecture attentive : on lit deux fois et on cherche les indices
  • une lecture cursive : une lecture personnelle, en entier
  • une grille de lecture : une façon d'interpréter
  • lire entre les lignes : comprendre ce qui n'est pas dit
Références culturelles
  • Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Par antiphrase, Voltaire fait condamner la lecture par un mufti pour en défendre la liberté.
  • Marcel Proust, Sur la lecture, 1906Proust y évoque les lectures de son enfance et la lecture comme incitation à penser.
  • Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953Dans un monde où lire est interdit, des hommes apprennent les livres par cœur pour les sauver.
  • Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964Sartre y raconte une enfance parmi les livres, en deux parties : « Lire » et « Écrire ».
  • Daniel Pennac, Comme un roman, 1992Pennac y défend le plaisir de lire et énonce les droits imprescriptibles du lecteur.
Carte mentale ✱chutenom féminin
Synonymes

pointefintrait finaldénouement

Antonymes

incipitouverture

Dérivés

chuterv.rechuten. f.parachuten. m.choirv.déchoirv.déchéancen. f.échoirv.échéancen. f.

Champ lexical

sonnetsurprisedernier verseffetpointerévélation

Étymologie
  • cadere latin : tomber
  • cheoir, choir ancien français : tomber ; « chute » vient de son ancien participe (cheüte)
Expressions
  • la chute du sonnet : vers final qui surprend
  • « Il a deux trous rouges au côté droit » : chute du « Dormeur du val »
  • une chute inattendue : un effet de surprise
Références culturelles
  • Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du mal (2e éd.), 1861Le dernier vers, « Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! », forme une chute saisissante.
  • Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », écrit en 1870Le dernier vers révèle que le soldat endormi est mort : « deux trous rouges au côté droit ».
  • Guy de Maupassant, « La Parure », 1884La nouvelle se clôt sur une révélation : la parure perdue était fausse.
Carte mentale ✱nouvellenom féminin
Synonymes

récit brefcontehistoire courte

Antonymes

roman

Dérivés

nouvellisten. m.nouveauadj.nouvellementadv.nouveautén. f.renouvelerv.

Champ lexical

récit brefpersonnages peu nombreuxchuterecueilintensitéréalisme

Étymologie
  • novus latin : nouveau
  • novella italien : récit d'un fait nouveau, d'où « nouvelle »
  • nouveau, nouveauté mots de la même famille
Expressions
  • un recueil de nouvelles : un livre qui rassemble des nouvelles
  • une nouvelle réaliste : peint le réel avec précision
  • pas de nouvelles, bonnes nouvelles : sens courant : information
Références culturelles
  • Boccace, Le Décaméron, vers 1350Dix jeunes gens fuyant la peste racontent cent nouvelles en dix jours.
  • Prosper Mérimée, Mateo Falcone, 1829Dans cette nouvelle corse très brève, un père tue son fils qui a trahi l'honneur familial.
  • Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880Publiée dans le recueil Les Soirées de Médan, cette nouvelle rend Maupassant célèbre.
  • Guy de Maupassant, La Parure, 1884Récit bref et chute inattendue : cette nouvelle est un modèle du genre.
Carte mentale ✱schéma narratifnom masculin
Synonymes

structure du récitétapes du récitsquelette du conteplan du récit

Dérivés

schématiqueadj.schématiquementadv.schématiserv.narrerv.narrationn. f.narratifadj.

Champ lexical

situation initialeélément perturbateurpéripétiesélément de résolutionsituation finaletemps du récit

Étymologie
  • skhêma grec : forme, figure
  • narrare latin : raconter
  • narratif, narrateur, narration mots de la même famille
Expressions
  • la situation initiale : le début stable de l'histoire
  • l'élément perturbateur : ce qui lance l'action
  • les péripéties : les aventures du héros
  • la situation finale : le nouvel équilibre
Références culturelles
  • Charles Perrault, Les Fées, 1697Ce conte bref suit nettement les étapes du schéma narratif, de la situation initiale à la situation finale.
  • Jacob et Wilhelm Grimm, Contes de l'enfance et du foyer, 1812Leurs contes suivent des structures répétitives faciles à repérer : départ, épreuves, récompense.
  • Vladimir Propp, Morphologie du conte, 1928Propp dégage trente et une « fonctions » communes aux contes merveilleux russes.
12IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Le mufti contre la classe : l'horrible danger de la lecture

En classe25 min

Objectif. Comprendre l'ironie de Voltaire (« De l'horrible danger de la lecture ») : le mufti dit le contraire de ce que pense l'auteur.

  1. Relis les deux extraits et l'encadré « À retenir » : se demander qui parle.
  2. Le professeur fait jouer le mufti à l'IA, qui défend l'interdiction de lire.
  3. Par groupes, transformez chaque « danger » cité par le mufti en bienfait, et répondez-lui.
  4. Notez si l'IA garde le ton solennel et absurde du texte de Voltaire.
À écrire à l'IA

Joue le mufti Joussouf-Chéribi dans le texte de Voltaire « De l'horrible danger de la lecture » (1765). Avec un ton solennel, donne trois raisons d'interdire la lecture et l'imprimerie. Une classe de 3e va te répondre : réponds-lui ensuite en restant dans le personnage, en 2 phrases maximum.

Garde ton esprit critique. Vérifie que les raisons données par l'IA ressemblent à celles du texte. Repère si elle sort du rôle pour donner son avis moderne : c'est un indice que l'ironie lui échappe.

2

Résumer La Parure avec exactitude

À la maison25 min

Objectif. Appliquer la méthode de la lecture attentive (résumer avec exactitude, repérer les indices) en corrigeant le résumé d'une IA.

  1. Écris seul un résumé de La Parure de Maupassant (8 à 10 lignes) qui donne le sens exact de la chute.
  2. Demande ensuite un résumé à l'IA.
  3. Compare les deux avec le texte : erreurs de détail, indices oubliés (le prêt facile, l'écrin), durée du remboursement.
  4. Corrige ton propre résumé si besoin.
À écrire à l'IA

Résume en 10 lignes La Parure de Guy de Maupassant (1884) pour un élève de 3e, en citant les indices qui préparent la chute. Si tu n'es pas certain d'un détail (somme, durée), signale-le.

Garde ton esprit critique. Les IA se trompent souvent sur les sommes, la durée des dix ans de travail ou les noms des personnages. Tout détail doit être vérifié dans la nouvelle.

3

Ma chute est-elle devinable ? Le test de l'IA

À la maison40 min

Objectif. Écrire sa propre nouvelle à chute (séance 8) en vérifiant que les indices sont « inattendus et justes », selon la règle de l'iceberg.

  1. Choisis ta chute, puis écris seul ta nouvelle (une à deux pages).
  2. Colle dans l'IA ta nouvelle sans les dernières lignes.
  3. Demande-lui de deviner la fin.
  4. Si elle trouve tout de suite, rends tes indices plus discrets ; si elle ne voit aucun indice, ajoutes-en un. Note ce que tu as modifié.
À écrire à l'IA

Voici le début d'une nouvelle à chute que j'ai écrite en 3e ; j'ai retiré la fin (je colle le texte ci-dessous). Ne l'écris pas à ma place. Propose 3 fins possibles en une phrase chacune, puis dis-moi quels indices du texte t'ont guidé.

Garde ton esprit critique. L'IA ne doit pas écrire ta fin : garde la tienne. Vérifie que les indices qu'elle cite existent vraiment dans ton texte.

4

Le narrateur-témoin de L'Aveugle

En classe ou à la maison25 min

Objectif. Analyser la narration de L'Aveugle (narrateur-témoin, récit encadré par le présent) en comparant son analyse à celle de l'IA.

  1. Relis les trois extraits de L'Aveugle.
  2. Réponds seul : qui raconte ? À quel temps ? Pourquoi commencer par la joie du soleil ?
  3. Colle l'extrait 1 (texte du domaine public) dans l'IA et pose-lui les mêmes questions.
  4. Compare avec les éléments de correction du manuel.
À écrire à l'IA

Voici le début de L'Aveugle de Guy de Maupassant (1882) (je le colle ci-dessous). Je suis en 3e. Qui raconte ? Le narrateur est-il un personnage ou un témoin ? Quel est l'effet de ce début heureux par rapport au reste de la nouvelle ? Réponds en 6 lignes, en citant le texte.

Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA appuie ses réponses sur des mots de l'extrait et qu'elle ne raconte pas une fin différente de celle du texte.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

5 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 16
    Lire, un horrible danger ?Apprendre à se demander qui parle avant de comprendre un texte : repérer le double discours d'un faux décret, étudier la langue de ce texte de loi, vérifier…
  • 17
    L'Aveugle, lire deux foisAppliquer la méthode de la lecture attentive à une nouvelle de Maupassant : repérer ce qui prend sens à la seconde lecture, décrire le personnage et le jeu des…
  • 18
    L'Aveugle, chronologie et nature des motsReprendre L'Aveugle avec un autre questionnaire d'Etienne Buraud : frise chronologique du schéma narratif, carte mentale de présentation, nature de tous les mots…
  • 19
    La Parure, une chute exemplaireReconstituer l'intrigue de La Parure, appliquer la méthode de la lecture attentive, puis réécrire la scène finale d'un autre point de vue. Travail individuel.
  • 20
    Qui parle à qui ? Le vieillard tahitienS'entraîner à la partie « énonciation » du Contrôle N°1 : comprendre qui parle à qui dans le discours du vieillard, dresser les deux schémas de l'énonciation…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.