Officier et écrivain français du XVIIIe siècle, Choderlos de Laclos est connu pour un seul roman, Les Liaisons dangereuses (1782), étudié sur le site. C'est un roman épistolaire, c'est-à-dire écrit sous forme de lettres, dans lequel deux aristocrates, Valmont et Mme de Merteuil, manipulent les autres par jeu. Le livre a fait scandale.
Romancier français du XIXe siècle, Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, a été officier dans l'armée de Napoléon et aimait passionnément l'Italie. Ses héros sont des jeunes gens ambitieux et passionnés, comme Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir (1830) ou Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme (1839), deux romans étudiés sur le site.
Romancière française du XIXe siècle, George Sand, pseudonyme masculin choisi par Aurore Dupin, a défendu la liberté des femmes dans ses romans, comme Indiana (1832), étudié sur le site. Elle a aussi écrit des romans champêtres, comme La Mare au diable (1846). Son récit Une conspiration en 1537 a inspiré à Musset sa pièce Lorenzaccio.
Romancier français du XIXe siècle, Balzac a réuni presque tous ses romans sous un grand titre, La Comédie humaine, dans lequel il veut peindre toute la société de son temps. Plusieurs personnages y reviennent d'un livre à l'autre. Dans Le Père Goriot (1835), étudié sur le site, le jeune Rastignac découvre Paris et l'ambition.
Romancier français du XIXe siècle, Gustave Flaubert travaillait longuement chacune de ses phrases, à la recherche du style parfait. Son roman Madame Bovary (1857), étudié sur le site, raconte l'histoire d'Emma, une jeune femme qui s'ennuie et rêve d'une autre vie ; il lui a valu un procès. Il a aussi écrit L'Éducation sentimentale (1869).
Écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo est le chef de file du romantisme. Il a écrit des poèmes, comme Les Contemplations (1856), du théâtre et des romans, comme Les Misérables (1862). Opposé à Napoléon III, il a vécu en exil pendant près de vingt ans. Sur le site, on étudie notamment « Les Djinns » et « Demain, dès l'aube… ».
Écrivain français du XIXe siècle, Émile Zola est le chef du naturalisme. Dans les vingt romans des Rougon-Macquart, il raconte l'histoire d'une famille sous le Second Empire, comme L'Assommoir (1877) et Germinal (1885), étudiés sur le site. En 1898, il a pris la défense du capitaine Dreyfus dans un article célèbre, « J'accuse… ! ».
Écrivain français du XIXe siècle, élève et ami de Flaubert, Maupassant est l'un des maîtres de la nouvelle réaliste. Il en a écrit environ trois cents, qui peignent les paysans normands, les petits employés ou la guerre de 1870, comme Boule de suif (1880) et La Parure, étudiées sur le site. Il a aussi écrit des récits fantastiques, comme Le Horla, et le roman Bel-Ami (1885).
Universitaire français, spécialiste de la littérature du Moyen Âge, Joseph Bédier a été élu à l'Académie française. En 1900, il a publié Le Roman de Tristan et Iseut, étudié sur le site : il y raconte en français moderne la célèbre légende d'amour, à partir de plusieurs textes médiévaux. Il a aussi étudié La Chanson de Roland et les fabliaux.
Le personnage de roman, du héros épique au héros problématique
Cette séquence de Première, reprise et enrichie d'année en année entre 2008 et 2013 (1re L1, puis classes de 1re ES et L du Microlycée 93), suit une question : que devient le héros quand il entre dans le roman ? Elle part du héros épique, Ulysse, Tristan ou frère Jean, homme idéalisé dont la narration célèbre les exploits, puis montre comment le roman du XIXe siècle le fait descendre parmi les hommes : Fabrice à Waterloo, Frédéric Moreau en 1848, Emma Bovary dans l'ennui de sa campagne, Rastignac au sommet du Père-Lachaise. Le héros devient un personnage, caractérisé par son nom, son corps, son milieu et son regard sur le monde, parfois un antihéros.
La séquence n'étudie pas d'œuvre intégrale : elle procède par corpus, à la manière de l'épreuve anticipée de français, et entraîne à chaque étape aux exercices du baccalauréat : question de corpus, commentaire, dissertation et écriture d'invention.
Fiche enseignant
Intitulé
Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours (Séquence 1 de l'année)
Objet d'étude
« Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours » (programme de 2011) ; auparavant « Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde » (2008-2010)
Classes
1re L1 (2009-2010) ; 1re ES et L du Microlycée 93 (2010-2014) ; 1re ES1 (2012-2013)
Supports
Groupements de textes, de l'Odyssée au roman du XXe siècle ; un cours sur la caractérisation du personnage
Période
Début d'année, de septembre à novembre ou décembre (dates des devoirs)
Fil rouge
Du héros au personnage : que reste-t-il de l'héroïsme quand le roman se veut vraisemblable ?
Le parcours
N°
Dominante
Supports
Notions et exercices
1
Héros, héroïsme, personnage : les mots de la séquence
Cours d'introduction (2012)
Étymologie, polysémie de « héros »
2
Corpus n° 1 : le héros épique
Homère, Odyssée ; Tristan et Iseut ; Rabelais, Gargantua
Question de corpus (méthode et corrigé)
3
Un héros du peuple : la mort de Gavroche
Hugo, Les Misérables
Questionnaire guidé ; registres épique et pathétique
4
Corpus n° 2 : le héros dans la tourmente de l'Histoire
Stendhal, Flaubert, Hugo, Céline
Antihéros, point de vue, réalisme
5
Cours : caractériser un personnage
Thibaudet, Balzac ; noms de personnages
Désignation, portrait, type, focalisation
6
Corpus d'approche et modèle actantiel
Flaubert, Stendhal, Balzac (excipit du Père Goriot)
Objet, discours, schéma actantiel
7
Groupement : l'ennui au féminin
Sand, Flaubert, Maupassant
Personnage et vision du monde
8
La scène de première rencontre
Flaubert ; Aragon et Cohen (références)
Topos, point de vue ; bac blanc
9
Atelier d'écriture : écrire le personnage
Laclos, Flaubert, Zola
Sujets d'invention
10
Prolongement : les Rougon-Macquart
Zola, préface et extraits
Hérédité et milieu
11
Évaluations
Balzac, Maupassant, Hugo ; Camus ; annales
Devoirs de 3 heures, corrigés
Les principaux textes
Texte
Auteur et œuvre
Date
Texte 1
Le Roman de Tristan et Iseut, chap. II : le combat contre le Morholt
XIIe siècle
Texte 2
Victor Hugo, Les Misérables : la mort de Gavroche
1862
Texte 3
Stendhal, La Chartreuse de Parme : Fabrice à Waterloo
1839
Texte 4
Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale : Frédéric dans l'émeute
1869
Textes 5 à 8
Flaubert, Madame Bovary ; Stendhal, Le Rouge et le Noir ; Balzac, Le Père Goriot
1830-1857
Textes 9 à 11
George Sand, Indiana ; Flaubert, Madame Bovary ; Maupassant, Une vie
1832-1883
Textes 12 et 13
Flaubert, L'Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet
1869-1881
Textes 14 à 18
Laclos, Les Liaisons dangereuses ; Flaubert ; Zola, La Débâcle
1782-1892
Textes 19 et 20
Zola, préface de La Fortune des Rougon ; Germinal
1871-1885
2Séance 1 · Ouverture
Du héros au personnage
Les mots de la séquence : cours d'introduction
Avant de lire les textes, la première séance fixe le vocabulaire. Le mot héros a plusieurs sens, et toute la séquence joue sur cette polysémie : le héros de roman est-il un être héroïque, ou seulement le personnage principal ?
Le personnage : un mot venu du théâtre
En latin, persona désigne le masque de l'acteur, et le suffixe -age renvoie au verbe agere, agir. Le personnage est donc d'abord le caractère représenté par le masque, incarné par un acteur : celui qui agit. D'abord employé pour le rôle de théâtre, le mot en vient à désigner, dans toute œuvre de fiction, une individualité, une personne.
Le terme ne s'impose qu'au XVIIe siècle pour désigner le protagoniste d'un récit, et il remplace peu à peu celui de héros. Ce choix témoigne d'un éloignement par rapport à l'idéalisation héroïque et d'une plus grande proximité avec la personne humaine. Le lecteur a davantage l'illusion que le personnage existe vraiment ; il partage plus facilement ses aventures et ses pensées. Le personnage prend de l'épaisseur : il n'est plus réduit à la somme de ses actions.
Homère, Odyssée, chant V ; Tristan et Iseut, chap. II ; Rabelais, Gargantua, chap. 25
Premier corpus de la séquence, étudié en 2011-2012 et repris au Microlycée en 2012-2013. Trois héros masculins sont confrontés à une épreuve : Ulysse aux flots déchaînés par Neptune, Tristan au terrible Morholt, frère Jean à l'armée de Picrochole. La consigne est celle de l'épreuve anticipée : comparez le traitement de ces trois personnages de récit.
Texte A · Homère, Odyssée, chant V (fin du VIIIe siècle av. J.-C.)
Texte distribué en classe (traduction non identifiée dans le document). Après dix ans de guerre à Troie, Ulysse cherche à regagner Ithaque. Parti de l'île de Calypso sur un radeau, il est assailli par une tempête que soulève Neptune : le mât se brise, le héros est englouti, alourdi par ses vêtements, puis remonte et regagne son radeau. La déesse Leucothée, prise de pitié, lui donne un voile protecteur et lui conseille d'abandonner l'embarcation ; Ulysse hésite, se méfie d'un piège, jusqu'à ce qu'une vague « haute comme une montagne » disperse les poutres. Il se jette alors à la mer et nage vers le pays des Phéaciens.
[Le Morholt exige du roi Marc, oncle de Tristan, un tribut de trois cents jeunes gens et trois cents jeunes filles. Tristan accepte de l'affronter en combat singulier.]
Au jour dit, Tristan se plaça sur une courtepointe de cendal vermeil, et se fit armer pour la haute aventure. Il revêtit le haubert et le heaume d'acier bruni. Les barons pleuraient de pitié sur le preux et de honte sur eux-mêmes. « Ah ! Tristan, se disaient-ils, hardi baron, belle jeunesse, que n'ai-je, plutôt que toi, entrepris cette bataille ! Ma mort jetterait un moindre deuil sur cette terre !… » Les cloches sonnent, et tous, ceux de la baronnie et ceux de la gent menue, vieillards, enfants et femmes, pleurant et priant, escortent Tristan jusqu'au rivage. Ils espéraient encore, car l'espérance au cœur des hommes vit de chétive pâture.
[Les deux adversaires gagnent l'île Saint-Samson. Tristan repousse sa barque vers la mer : un seul reviendra vivant.]
Nul ne vit l'âpre bataille ; mais, par trois fois, il sembla que la brise de mer portait au rivage un cri furieux. Alors, en signe de deuil, les femmes battaient leurs paumes en chœur, et les compagnons du Morholt, massés à l'écart devant leurs tentes, riaient. Enfin, vers l'heure de none, on vit au loin se tendre la voile de pourpre ; la barque de l'Irlandais se détacha de l'île, et une clameur de détresse retentit : « Le Morholt ! Le Morholt ! » Mais, comme la barque grandissait, soudain, au sommet d'une vague, elle montra un chevalier qui se dressait à la proue ; chacun de ses poings tendait une épée brandie : c'était Tristan.
[…]
Alors il monta vers Tintagel. Sur son passage, les enfants délivrés agitaient à grands cris des branches vertes, et de riches courtines se tendaient aux fenêtres. Mais quand, parmi les chants d'allégresse, aux bruits des cloches, des trompes et des buccines, si retentissants qu'on n'eût pas ouï Dieu tonner, Tristan parvint au château, il s'affaissa entre les bras du roi Marc : et le sang ruisselait de ses blessures.
Le Roman de Tristan et Iseut, chapitre II, version en prose de Joseph Bédier (1900) [à vérifier], d'après les poèmes du XIIe siècle · Lire l'œuvre
Texte C · Rabelais, Gargantua, chapitre 25 (1534)
Texte distribué en classe (version en français moderne, adaptateur non identifié). Les soldats de Picrochole pillent l'enclos de vignes de l'abbaye de Seuilly. Frère Jean des Entommeures, moine « jeune, vigoureux, gaillard », fort en gueule et grand buveur, s'indigne de voir disparaître la vendange de l'année. Il quitte le chœur où ses frères chantent, saisit le bâton de la croix et charge seul les ennemis, qu'il assomme dans une longue énumération de coups aussi violente que comique.
Victor Hugo, Les Misérables, 1862 : la mort de Gavroche
Le 5 juin 1832, une manifestation républicaine organisée lors des funérailles du général Lamarque, député populaire, se termine en émeute violemment réprimée. Hugo réunit derrière la barricade de la rue de la Chanvrerie, dans le quartier des Halles, les principaux personnages du roman : Marius, Javert, que sauvera Jean Valjean, et le petit Gavroche, douze ans. L'enfant quitte l'abri de la barricade pour ramasser les cartouches sur les morts ; les gardes nationaux lui tirent dessus, et les insurgés suivent la scène avec inquiétude.
Texte 2 · « Cette petite grande âme »Victor Hugo1802 – 1885
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. […] Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n'était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter : Je suis tombé par terre, / C'est la faute à Voltaire, / Le nez dans le ruisseau, / C'est la faute à…
Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s'envoler.
Victor Hugo, Les Misérables (1862), cinquième partie, livre I, chapitre 15 [à vérifier] · Lire l'œuvre
Stendhal, Flaubert, Hugo, Céline : le champ de bataille et l'émeute
Le deuxième corpus (2012) place quatre personnages dans une bataille ou une émeute : le cadre épique rappelle les récits mythologiques et médiévaux du corpus n° 1, mais le rôle qu'y joue le personnage principal est tout autre. Le corpus réunit la bataille de Waterloo (Stendhal), les journées de février 1848 (Flaubert), l'émeute de juin 1832 (Hugo, texte 2 de ce manuel) et la guerre de 1914 (Céline).
Avertissement. Les textes 3 et 4 ont été reconstitués par reconnaissance de caractères (OCR) à partir d'un scan du polycopié distribué en classe. Les erreurs de lecture évidentes ont été corrigées ; les passages illisibles ou coupés sur le scan sont signalés par […] et n'ont pas été complétés. Ponctuation à vérifier sur une édition.
Au début de La Chartreuse de Parme, le jeune Fabrice del Dongo, qui a grandi en Italie dans le culte des conquêtes napoléoniennes, s'enfuit de la maison familiale en 1815, lorsqu'il apprend le retour de Napoléon en France. Il arrive à Waterloo l'après-midi même de la bataille et se joint à l'escorte d'un général.
Texte 3 · « Notre héros était fort peu héros »Stendhal1783 – 1842
Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois la peur ne venait chez lui qu'en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L'escorte prit le galop ; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au-delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.
— Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards de l'escorte, et d'abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu'en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d'horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore, ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s'arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit rouge. L'escorte s'arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d'attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.
— Veux-tu bien t'arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal des logis. […]
[Fabrice demande à son voisin qui est ce général qui « gourmande » les autres.]
— Pardi, c'est le maréchal ! — Quel maréchal ? — Le maréchal Ney, bêta ! Ah ça ! où as-tu servi jusqu'ici ?
Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l'injure ; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves.
Stendhal, La Chartreuse de Parme (1839), première partie, chapitre 3 · texte reconstitué par OCR · Lire l'œuvre
Mme Arnoux, aimée de Frédéric Moreau, lui a enfin accordé un rendez-vous ; il l'attend en vain, au beau milieu d'un Paris en pleine fièvre révolutionnaire. Le surlendemain, il se trouve pris dans les combats de la place du Palais-Royal.
Texte 4 · « Il lui semblait assister à un spectacle »Gustave Flaubert1821 – 1880
Les tambours battaient la charge. Des cris aigus, des hourras de triomphe s'élevaient. Un remous continuel faisait osciller la multitude. Frédéric, pris entre deux masses profondes, ne bougeait pas, fasciné d'ailleurs et s'amusant extrêmement. Les blessés qui tombaient, les morts étendus n'avaient pas l'air de vrais blessés, de vrais morts. Il lui semblait assister à un spectacle.
[…]
Le premier étage du Palais-Royal s'était peuplé de gardes nationaux. De toutes les fenêtres de la place, on tirait ; les balles sifflaient ; l'eau de la fontaine crevée se mêlait avec le sang, faisait des flaques par terre ; on glissait dans la boue sur des vêtements, des shakos, des armes ; Frédéric sentit sous son pied quelque chose de mou ; c'était la main d'un sergent en capote grise, couché la face dans le ruisseau. Des bandes nouvelles de peuple arrivaient toujours, poussant les combattants sur le poste. La fusillade devenait plus pressée. Les marchands de vins étaient ouverts ; on allait de temps à autre y fumer une pipe, boire une chope, puis on retournait se battre. Un chien perdu hurlait. Cela faisait rire.
Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale (1869), troisième partie, chapitre I [à vérifier] · texte reconstitué par OCR · Lire l'œuvre
Céline, Voyage au bout de la nuit (1932), début du roman
Texte distribué en classe (œuvre sous droits). Ferdinand Bardamu, narrateur et personnage, s'est engagé sur un coup de tête en 1914. Sur une route des Flandres, un obus tue son colonel et le cavalier venu lui porter un message ; Bardamu s'enfuit, soulagé d'avoir un prétexte pour quitter les lieux. Dans un long monologue, il se découvre lâche au milieu de millions de « fous héroïques » et comprend que la guerre est une boucherie absurde.
Désignation, portrait, type, focalisation : le cours de 2008
Le personnage désigne chacune des personnes fictives d'une œuvre littéraire. En devenant au XIXe siècle le genre dominant, le roman a redéfini ce concept, longtemps réservé au théâtre. Le personnage est une création concertée du romancier, conçue dans la logique de l'univers qu'il fait naître et du regard qu'il a décidé de porter sur le monde. C'est ce qui le distingue d'une personne réelle, même lorsque le cinéma entretient la confusion entre réalité et fiction.
« Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée avec la ligne unique de sa vie réelle. Le vrai roman est comme une autobiographie du possible, […] le génie du roman nous fait vivre le possible, il ne fait pas revivre le réel. »
Albert Thibaudet, Réflexions sur le roman
Le romancier s'ingénie pourtant à faire oublier cette irréalité : il dote le personnage de tout ce qui peut entretenir l'illusion du lecteur. Cette recherche est la plus féconde au XIXe siècle, quand le roman se veut réaliste ; mais ce sont aussi les grands romanciers de cette époque qui ont le plus contribué à « déréaliser » le personnage.
1. La caractérisation du personnage
Quelles que soient les formes du roman, le personnage en est le pivot : il est le moteur de la fiction, et c'est à lui qu'on mesure la vraisemblance du récit. La caractérisation peut être explicite : le narrateur indique l'état civil (sexe, rang social), brosse un portrait, analyse les ressorts psychologiques. Elle est plus souvent implicite : les connotations du nom, les situations, les discours et les relations sociales complètent indirectement notre connaissance du personnage.
La désignation
Démiurge, le romancier veille à la vraisemblance du monde qu'il crée ; Balzac voulait « faire concurrence à l'état civil ». Le premier indice est le nom. Dans la vie, un jeune homme fin et racé peut s'appeler Marcel Bouffartigue ; dans un roman, le nom résulte d'un choix : ce sera Raphaël de Valentin. Le nom ne doit pas jurer avec les qualités ou les défauts du personnage ; il peut même les annoncer. Il trahit souvent une origine sociale (Manon Lescaut, Félix de Vandenesse, Octave Mouret), une profession, un caractère : les mères cruelles portent des noms aux sonorités agressives ou chuintantes (Mme Lepic chez Jules Renard, Mme Mac Miche chez la comtesse de Ségur).
Les modes de présentation
La description est le moyen privilégié de la caractérisation explicite : le point de vue omniscient permet de dévoiler le passé du personnage, de révéler ses pensées, bref d'organiser un portrait. Sur le plan physique, le personnage est campé dans un corps dont les traits, choisis pour le pittoresque, suggèrent aussi une psychologie (ainsi chez Balzac). Sur le plan moral, le romancier exprime les sentiments et leurs manifestations extérieures (larmes, sourires, gestes) ; le caractère peut faire du personnage un individu d'exception ou le simple exemplaire d'une espèce sociale (les employés chez Balzac). Sur le plan social, le personnage reflète un milieu par ses vêtements, sa profession, son langage, ses idées : il devient un type, voire un mythe (la Carmen de Mérimée).
« Un type […] est un personnage qui résume en lui-même les traits caractéristiques de tous ceux qui lui ressemblent plus ou moins, il est le modèle du genre. »
Honoré de Balzac, préface d'Une ténébreuse affaire
Le personnage se révèle aussi de manière implicite : par ce qu'il fait (actions, comportement) et par sa manière d'agir (mimiques, gestes, notamment dans les incises du dialogue) ; par ce qu'il dit (vocabulaire, niveau de langue, contenu du discours) ; par un objet qui lui appartient ou un lieu qui lui est familier (la salle à manger de la pension Vauquer, dans Le Père Goriot) ; enfin par le regard des autres personnages.
Flaubert, Madame Bovary ; Stendhal, Le Rouge et le Noir ; Balzac, Le Père Goriot
Ce « corpus d'approche » (2008) met le cours en pratique. Chaque texte illustre une manière de caractériser le personnage : par un objet, par son discours, par sa position dans l'espace, par sa place dans un schéma d'action.
I. Un personnage peut être caractérisé…
… par un objet. Au début du roman, la casquette de Charles Bovary, nouvel élève moqué par toute la classe, préfigure la balourdise et la médiocrité du personnage.
Texte 5 · La casquette de CharlesGustave Flaubert1821 – 1880
C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poil de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or en manière de gland.
Alfred de Richemont (dessin) et Carlo Chessa (eau-forte), le premier jour de classe de Charles Bovary, Madame Bovary, Paris, Ferroud, 1905 ✱Le premier jour de classe de Charles, le « nouveau », face au professeur et aux élèves.Domaine public · Wikimedia Commons
… par son discours. Le pédantisme ampoulé du pharmacien Homais, qui accueille le nouveau médecin à Yonville, signale sa bêtise satisfaite.
Texte 6 · Homais pérore
Ah ! vous trouverez bien des préjugés à combattre, monsieur Bovary ; bien des entêtements de la routine, où se heurteront quotidiennement tous les efforts de votre science ; car on a recours encore aux neuvaines, aux reliques, au curé, plutôt que de venir naturellement chez le médecin ou chez le pharmacien. Le climat, pourtant, n'est point, à vrai dire, mauvais, et même nous comptons dans la commune quelques nonagénaires. Le thermomètre (j'en ai fait les observations) descend en hiver jusqu'à quatre degrés, et, dans la forte saison, touche vingt-cinq, trente centigrades tout au plus, ce qui nous donne vingt-quatre Réaumur au maximum, ou autrement cinquante-quatre Fahrenheit (mesure anglaise), pas davantage ! […]
II. Réfléchissez au mode de présentation du personnage
Texte 7 · Julien sur son rocherStendhal1783 – 1842
[Julien Sorel, fils de charpentier devenu précepteur chez le maire de Verrières, vient d'obtenir de M. de Rênal une augmentation. Il gravit la montagne.]
Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d'être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre au moral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre ; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. […]
Julien, debout, sur son grand rocher, regardait le ciel, embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher, quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L'œil de Julien suivait machinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.
C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?
Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830), première partie, chapitre 10 · Lire l'œuvre
III. Le système des personnages et le modèle actantiel
Le personnage se définit dans un système de relations, un jeu de forces dont il est l'élément moteur. On l'appelle héros (ou héroïne) lorsqu'il occupe la place centrale du récit : souvent le premier nommé, le premier vu ou décrit, parfois celui qui donne son titre au roman (personnage éponyme). Mais le héros n'existe que par rapport aux personnages secondaires, par contraste ou complémentarité : Don Quichotte et Sancho Panza, Jacques et son maître, Vautrin et Rastignac. Cette place ne lui confère aucune vertu particulière : on parle parfois d'antihéros. Pour dissiper le malentendu, la critique moderne, à la suite d'A. J. Greimas, analyse l'ensemble des personnages comme un système dynamique d'actants.
Consigne : examinez le modèle actantiel de l'excipit du Père Goriot.
Texte 8 · « À nous deux maintenant ! »Honoré de Balzac1799 – 1850
[Le père Goriot, qui a tout sacrifié à ses filles, meurt abandonné d'elles. Ses obsèques sont expédiées par un clergé pressé, et seules deux voitures armoriées, mais vides, celles de ses gendres, suivent le convoi jusqu'au Père-Lachaise. Eugène de Rastignac, l'étudiant qui a veillé le vieillard, a payé l'enterrement.]
Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien, il fut forcé d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages et, le voyant ainsi, Christophe le quitta.
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : « À nous deux maintenant ! »
Et pour premier acte de défi qu'il portait à la société, Rastignac alla dîner chez madame de Nucingen.
Honoré de Balzac, Le Père Goriot (1835), excipit du roman · Lire l'œuvre
George Sand, Indiana ; Flaubert, Madame Bovary ; Maupassant, Une vie
Ce groupement (2012), proposé comme « documents à l'appui », réunit trois héroïnes mal mariées. Le personnage n'est plus défini par ses exploits mais par son attente, ses rêves et sa déception : le paysage devient le miroir de son âme.
Texte 9. Élevée à l'île Bourbon, aujourd'hui La Réunion, Indiana a épousé le vieux colonel Delmare. Elle vit au Lagny, un domaine près de Fontainebleau, avec Noun, sa servante créole, et son cousin, sir Ralph.
Texte 9 · « Un jour viendra… »George Sand1804 – 1876
Élevée au désert, négligée de son père, vivant au milieu des esclaves, pour qui elle n'avait d'autre secours, d'autre consolation que sa compassion et ses larmes, elle s'était habituée à dire : « Un jour viendra où tout sera changé dans ma vie, où je ferai du bien aux autres ; un jour où l'on m'aimera, où je donnerai tout mon cœur à celui qui me donnera le sien ; en attendant, souffrons ; taisons-nous, et gardons notre amour pour sa récompense à qui me délivrera. » Ce libérateur, ce messie n'était pas venu ; Indiana l'attendait encore. Elle n'osait plus, il est vrai, s'avouer toute sa pensée. Elle avait compris sous les charmilles taillées du Lagny que la pensée même devait avoir là plus d'entraves que sous les palmistes sauvages de l'île Bourbon ; et lorsqu'elle se surprenait à dire encore par l'habitude : « Un jour viendra… Un homme viendra… », elle refoulait ce vœu téméraire au fond de son âme, et se disait : « Il faudra donc mourir ! »
Aussi elle se mourait. Un mal inconnu dévorait sa jeunesse. Elle était sans force et sans sommeil. Les médecins lui cherchaient en vain une désorganisation apparente, il n'en existait pas ; toutes ses facultés s'appauvrissaient également, tous ses organes se lésaient avec lenteur ; son cœur brûlait à petit feu, ses yeux s'éteignaient, son sang ne circulait plus que par crise et par fièvre ; encore quelque temps, et la pauvre captive allait mourir. […]
Texte 10. Emma a épousé le médiocre officier de santé Charles Bovary. Bientôt l'ennui envahit son existence, et les rêves dont, au contact des livres, elle a encombré sa jeunesse font miroiter les mirages d'une autre vie. Le narrateur évoque ici une de ses promenades.
Elle commençait par regarder tout alentour, pour voir si rien n'avait changé depuis la dernière fois qu'elle était venue. Elle retrouvait aux mêmes places les digitales et les ravenelles, les bouquets d'orties entourant les gros cailloux, et les plaques de lichen le long des trois fenêtres dont les volets toujours clos s'égrenaient en pourriture, sur leurs barres de fer rouillées. Sa pensée, sans but d'abord, vagabondait au hasard, comme sa levrette, qui faisait des cercles dans la campagne, jappait après les papillons jaunes, donnait la chasse aux musaraignes en mordillant les coquelicots sur le bord d'une pièce de blé. Puis ses idées peu à peu se fixaient et, assise sur le gazon, qu'elle fouillait à petits coups avec le bout de son ombrelle, Emma se répétait :
— Pourquoi, mon Dieu, me suis-je mariée ?
Elle se demandait s'il n'y aurait pas eu moyen, par d'autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme ; et elle cherchait à imaginer quels eussent été ces événements non survenus, cette vie différente, ce mari qu'elle ne connaissait pas. Tous, en effet, ne ressemblaient pas à celui-là. […] Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre, à tous les coins de son cœur.
Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire. Toute sa jeunesse au couvent avait été préoccupée de l'avenir, affairée de songeries. […] Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini d'attendre. Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain ni jamais. Elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves.
[Jeanne sort dans la campagne d'automne.]
Étaient-ce la même campagne, la même herbe, les mêmes arbres qu'au mois de mai ? Qu'étaient donc devenues la gaieté ensoleillée des feuilles, et la poésie verte du gazon où flambaient les pissenlits, où saignaient les coquelicots, où rayonnaient les marguerites, où frétillaient, comme au bout de fils invisibles, les fantasques papillons jaunes ? […]
Les avenues détrempées par les continuelles averses d'automne s'allongeaient, couvertes d'un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. […] Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, voltigeaient et tombaient.
Flaubert, L'Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet ; Aragon, Aurélien ; Cohen, Belle du Seigneur
La scène de première rencontre est un passage obligé du roman : un topos. Le corpus du baccalauréat blanc de février 2012, repris en novembre 2013, montre comment chaque romancier le reprend et le détourne. On y lit le personnage à travers son regard sur l'autre.
Texte 12. Frédéric Moreau, le héros de L'Éducation sentimentale, voyage sur un bateau de la Seine. Il aperçoit Mme Arnoux et tombe amoureux d'elle.
Texte 12 · « Ce fut comme une apparition »Gustave Flaubert1821 – 1880
Frédéric, pour rejoindre sa place, poussa la grille des Premières, dérangea deux chasseurs avec leurs chiens.
Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.
Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.
Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.
Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
[Le narrateur décrit le canal Saint-Martin, les quais, le grand ciel pur et l'engourdissement du dimanche d'été.]
Deux hommes parurent.
L'un venait de la Bastille, l'autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.
Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s'assirent, à la même minute, sur le même banc.
Pour s'essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures, que chacun posa près de soi ; et le petit homme aperçut, écrit dans le chapeau de son voisin : Bouvard ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : Pécuchet.
— Tiens, dit-il, nous avons eu la même idée, celle d'inscrire notre nom dans nos couvre-chefs.
— Mon Dieu, oui, on pourrait prendre le mien à mon bureau !
— C'est comme moi, je suis employé.
Alors ils se considérèrent.
Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet (1881), incipit · Lire l'œuvre
Alfred Sisley, Vue du canal Saint-Martin, huile sur toile, 1870 ✱Le canal Saint-Martin, près du boulevard Bourdon, où Bouvard et Pécuchet se rencontrent par un dimanche d'été.Domaine public · Wikimedia Commons
Louis Aragon, Aurélien (1944), incipit
Texte distribué en classe (œuvre sous droits). Le roman s'ouvre sur un aveu déceptif : la première fois qu'Aurélien voit Bérénice, il la trouve laide, mal habillée, mal coiffée. Seul son prénom l'irrite et l'obsède, parce qu'il lui rappelle un vers de Racine qui l'a hanté dans les tranchées : « Je demeurai longtemps errant dans Césarée… » Le monologue intérieur d'Aurélien, ancien combattant désabusé, glisse de la jeune femme à la ville imaginaire de Césarée, image de sa propre défaite.
Albert Cohen, Belle du Seigneur (1968), première partie
Texte distribué en classe (œuvre sous droits). Solal, haut fonctionnaire de la Société des Nations, s'est introduit dans la chambre d'Ariane déguisé en vieillard édenté et misérable ; il a fermé la porte à clé. Terrifiée, la jeune femme l'écoute raconter, dans un long discours lyrique, comment il l'a aimée au premier battement de cils, un soir de réception au Ritz, où il la regardait se croyant seule devant une glace.
Sujets d'invention sur Laclos, Flaubert et Zola, inspirés des annales
Ces quatre sujets d'invention, inspirés des annales du baccalauréat, entraînent à l'écriture d'invention : il s'agit chaque fois de faire parler ou penser un personnage, en restant fidèle au texte source et à son contexte.
Sujet 1 · Une lettre de Sophie
Au XVIIIe siècle, Mme de Volanges vient de faire sortir sa fille Cécile, quinze ans, du couvent où elle recevait l'éducation réservée aux jeunes filles de la haute société, dans la perspective d'un riche mariage. Cécile écrit à son amie Sophie Carnay, restée au couvent, pour lui faire part de ses premières expériences dans le monde.
Texte 14 · Lettre VII, de Cécile Volanges à Sophie CarnayChoderlos de Laclos1741 – 1803
Si je ne t'ai rien dit de mon mariage, c'est que je ne suis pas plus instruite que le premier jour. Je m'accoutume à n'y plus penser, et je me trouve assez bien de mon genre de vie. J'étudie beaucoup mon chant et ma harpe ; il me semble que je les aime mieux depuis que je n'ai plus de maîtres : ou plutôt c'est que j'en ai un meilleur. M. le chevalier Danceny, ce monsieur dont je t'ai parlé, et avec qui j'ai chanté chez Mme de Merteuil, a la complaisance de venir ici tous les jours, et de chanter avec moi des heures entières. Il est extrêmement aimable. Il chante comme un ange, et compose de très jolis airs dont il fait aussi les paroles. C'est bien dommage qu'il soit chevalier de Malte. Il me semble que s'il se mariait, sa femme serait bien heureuse… Il a une douceur charmante. Il n'a jamais l'air de faire un compliment, et pourtant tout ce qu'il dit flatte. […] Cela m'a bien fait plaisir ; car, quand il n'y est pas, personne ne me parle, et je m'ennuie : au lieu que quand il y est, nous chantons et nous causons ensemble. Il a toujours quelque chose à me dire. Lui et Mme de Merteuil sont les deux seules personnes que je trouve aimables. Mais adieu, ma chère amie ; j'ai promis que je saurais pour aujourd'hui une ariette de harpe dont l'accompagnement est très difficile, et je ne veux pas manquer de parole. Je vais me mettre à l'étude jusqu'à ce qu'il vienne.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre VII · Lire l'œuvre
Sujet 2 · Le sac des Tuileries raconté par une émeutière
Frédéric, le héros de L'Éducation sentimentale, assiste avec son ami Hussonnet au saccage du palais des Tuileries, au cours de la révolution de février 1848.
Tout à coup la Marseillaise retentit. Hussonnet et Frédéric se penchèrent sur la rampe. C'était le peuple. Il se précipita dans l'escalier, en secouant à flots vertigineux des têtes nues, des casques, des bonnets rouges, des baïonnettes et des épaules, si impétueusement, que des gens disparaissaient dans cette masse grouillante qui montait toujours, comme un fleuve refoulé par une marée d'équinoxe, avec un long mugissement, sous une impulsion irrésistible. En haut, elle se répandit, et le chant tomba.
[Dans la salle du trône, un prolétaire s'assoit sur le trône ; la foule le jette par la fenêtre.]
Alors, une joie frénétique éclata, comme si, à la place du trône, un avenir de bonheur illimité avait paru ; et le peuple, moins par vengeance que pour affirmer sa possession, brisa, lacéra les glaces et les rideaux, les lustres, les flambeaux, les tables, les chaises, les tabourets, tous les meubles, jusqu'à des albums de dessins, jusqu'à des corbeilles de tapisserie. Puisqu'on était victorieux, ne fallait-il pas s'amuser ! La canaille s'affubla ironiquement de dentelles et de cachemires. […] Chacun satisfaisait son caprice ; les uns dansaient, d'autres buvaient. Dans la chambre de la reine, une femme lustrait ses bandeaux avec de la pommade ; derrière un paravent, deux amateurs jouaient aux cartes ; Hussonnet montra à Frédéric un individu qui fumait son brûle-gueule accoudé sur un balcon ; et le délire redoublait au tintamarre continu des porcelaines brisées et des morceaux de cristal qui sonnaient, en rebondissant, comme des lames d'harmonica.
Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale (1869), troisième partie, chapitre I · Lire l'œuvre
Le Peuple aux Tuileries, 24 février 1848, lithographie coloriée, 1848, Bibliothèque du Congrès ✱Le 24 février 1848, le peuple envahit le palais des Tuileries : la scène que voient Frédéric et Hussonnet.Domaine public · Wikimedia Commons
Sujet 3 · Le carnet d'un soldat de Sedan
La défaite de l'armée française à Sedan, dans les Ardennes, conduit à la capitulation de la France devant la Prusse le 2 septembre 1870 et marque la fin du Second Empire. Zola retrace la bataille dans La Débâcle. La ville est assaillie, la défaite déjà certaine. Le soldat Gaude vient d'être abattu alors qu'il tentait un ultime geste de résistance ; son camarade Rochas est en danger.
Texte 16 · « Avec lui, finissait une légende »Émile Zola1840 – 1902
Cela ne lui entrait pas dans la cervelle, que ce fût la défaite encore. On changeait tout, même la façon de se battre. Ces gens n'auraient-ils pas dû attendre, de l'autre côté du vallon, qu'on allât les vaincre ? On avait beau en tuer, il en arrivait toujours. […] Ahuri, éperdu, n'ayant jusque-là rien compris à la campagne, il se sentait enveloppé, emporté par quelque chose de supérieur, auquel il ne résistait plus, bien qu'il répétât machinalement, dans son obstination :
— Courage, mes enfants, la victoire est là-bas !
D'un geste prompt, cependant, il avait repris le drapeau. C'était sa pensée dernière, le cacher, pour que les Prussiens ne l'eussent pas. Mais, bien que la hampe fût rompue, elle s'embarrassa dans ses jambes, il faillit tomber. Des balles sifflaient, il sentit la mort, il arracha la soie du drapeau, la déchira, cherchant à l'anéantir. Et ce fut à ce moment que, frappé au cou, à la poitrine, aux jambes, il s'affaissa par minces lambeaux tricolores [à vérifier], comme vêtu d'eux. Il vécut encore une minute, les yeux élargis, voyant peut-être monter à l'horizon la vision vraie de la guerre, l'atroce lutte vitale qu'il ne faut accepter que d'un cœur résigné et grave, ainsi qu'une loi. Puis, il eut un petit hoquet, il s'en alla dans son ahurissement d'enfant, tel qu'un pauvre être borné, un insecte joyeux, écrasé sous la nécessité de l'énorme et impassible nature. Avec lui, finissait une légende.
[Des années après leur dernière rencontre, vers la fin de mars 1867, Mme Arnoux revient voir Frédéric chez lui.]
Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine.
Pour lui cacher cette déception, il se posa par terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit à lui dire des tendresses. […]
Elle acceptait avec ravissement ces adorations pour la femme qu'elle n'était plus. Frédéric, se grisant par ses paroles, arrivait à croire ce qu'il disait. […]
[Mme Arnoux semble prête à s'offrir. Frédéric, par prudence et pour ne pas dégrader son idéal, se détourne et se met à faire une cigarette.]
Onze heures sonnèrent.
— Déjà ! dit-elle ; au quart, je m'en irai.
Elle se rassit ; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment dans les séparations, où la personne aimée n'est déjà plus avec nous. […]
Elle défit son peigne ; tous ses cheveux blancs tombèrent.
Elle s'en coupa, brutalement, à la racine, une longue mèche.
— Gardez-les ! adieu !
Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe d'avancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut.
Et ce fut tout.
Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale (1869), troisième partie, chapitre VI · Lire l'œuvre
Prolongement · Un personnage qui se construit lui-même
Dans la lettre 81 des Liaisons dangereuses, la marquise de Merteuil raconte à Valmont comment elle s'est formée elle-même. Ce texte appartient à la séquence suivante, consacrée au roman épistolaire, où il était étudié comme texte 2 : le personnage n'y est plus décrit par un narrateur, il se peint lui-même.
Texte 18 · « Je ne montrai plus que celle qu'il m'était utile de laisser voir »
Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j'étais vouée par état au silence et à l'inaction, j'ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu'on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu'on s'empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu'on cherchait à me cacher.
Cette utile curiosité, en servant à m'instruire, m'apprit encore à dissimuler : forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux de ceux qui m'entouraient, j'essayai de guider les miens à mon gré ; j'obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m'étudiais à prendre l'air de la sérénité, même celui de la joie ; j'ai porté le zèle jusqu'à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l'expression du plaisir. […]
J'étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n'avais à moi que ma pensée, et je m'indignais qu'on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j'en essayai l'usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m'amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j'observais mes discours ; je réglai les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu'il m'était utile de laisser voir.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre 81, de la marquise de Merteuil au vicomte de Valmont (extrait) · Lire l'œuvre
Le personnage déterminé par l'hérédité et le milieu
Émile Zola, préface de La Fortune des Rougon (1871) et extraits des Rougon-Macquart
Texte 19 · « L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur »Émile Zola1840 – 1902
Je veux expliquer comment une famille, un petit groupe d'êtres, se comporte dans une société, en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres. L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur.
Je tâcherai de trouver et de suivre, en résolvant la double question des tempéraments et des milieux, le fil qui conduit mathématiquement d'un homme à un autre homme. […]
Les Rougon-Macquart, le groupe, la famille que je me propose d'étudier a pour caractéristique le débordement des appétits, le large soulèvement de notre âge, qui se rue aux jouissances. […] Historiquement, ils partent du peuple, ils s'irradient dans toute la société contemporaine, ils montent à toutes les situations, par cette impulsion essentiellement moderne que reçoivent les basses classes en marche à travers le corps social, et ils racontent ainsi le second empire à l'aide de leurs drames individuels, du guet-apens du coup d'état à la trahison de Sedan.
[…]
Cette œuvre, qui formera plusieurs épisodes, est donc, dans ma pensée, l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire.
Émile Zola, préface de La Fortune des Rougon (1871), datée de Paris, le 1er juillet 1871 · Lire l'œuvre
Le document de 2012 associe à cette préface des extraits qui montrent les membres de la famille à l'œuvre. Ils peuvent être lus en lecture cursive, au choix :
Roman
Personnages
Extrait
La Fortune des Rougon (1871)
Adélaïde Fouque, Pierre Rougon
Pierre soumet sa mère par le seul regard et devient « seul maître au logis ».
L'Assommoir (1876)
Gervaise, Coupeau, Lantier, Nana
Coupeau ivre souille la chambre ; Gervaise cède à Lantier sous les yeux de la petite Nana.
Nana (1880)
Nana, le comte Muffat
Muffat lit la chronique de « la Mouche d'or » pendant que Nana s'admire devant la glace.
Germinal (1885)
Étienne Lantier
Étienne découvre le puits du Voreux, qui « avale » les mineurs.
Il ne comprenait bien qu'une chose : le puits avalait des hommes par bouchées de vingt et de trente, et d'un coup de gosier si facile, qu'il semblait ne pas les sentir passer. […] Pendant une demi-heure, le puits en dévora de la sorte, d'une gueule plus ou moins gloutonne, selon la profondeur de l'accrochage où ils descendaient, mais sans un arrêt, toujours affamé, de boyaux géants capables de digérer un peuple. Cela s'emplissait, s'emplissait encore, et les ténèbres restaient mortes, la cage montait du vide dans le même silence vorace.
Balzac, Le Père Goriot ; Maupassant, Bel-Ami ; Hugo, Quatrevingt-treize · devoir de 3 heures
Évaluation de fin de séquence de la 1re L1, jeudi 3 décembre 2009, trois heures. Objet d'étude : « Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde ».
Texte A. Sous la Restauration, en 1819, la duchesse de Langeais, aristocrate de haut rang du faubourg Saint-Germain, raconte à son amie Mme de Beauséant le parcours d'un certain M. Goriot, dont elle déforme systématiquement le nom.
Texte A · « Le citron bien pressé »Honoré de Balzac1799 – 1850
— Oui, ce Moriot a été président de sa section pendant la Révolution ; il a été dans le secret de la fameuse disette, et a commencé sa fortune par vendre dans ce temps-là des farines dix fois plus qu'elles ne lui coûtaient. […] Eh bien ! ce Loriot, qui vendait du blé aux coupeurs de têtes, n'a eu qu'une passion. Il adore, dit-on, ses filles. Il a juché l'aînée dans la maison de Restaud, et greffé l'autre sur le baron de Nucingen, un riche banquier qui fait le royaliste. Vous comprenez bien que, sous l'Empire, les deux gendres ne se sont pas trop formalisés d'avoir ce vieux Quatre-vingt-treize chez eux ; ça pouvait encore aller avec Buonaparte. Mais quand les Bourbons sont revenus, le bonhomme a gêné monsieur de Restaud, et plus encore le banquier. […]
Il fallait donc se sacrifier. Il s'est sacrifié parce qu'il était père : il s'est banni de lui-même. En voyant ses filles contentes, il comprit qu'il avait bien fait. Le père et les enfants ont été complices de ce petit crime. Nous voyons cela partout. Ce père Doriot n'aurait-il pas été une tache de cambouis dans le salon de ses filles ? […] Notre cœur est un trésor, videz-le d'un coup, vous êtes ruinés. Nous ne pardonnons pas plus à un sentiment de s'être montré tout entier qu'à un homme de ne pas avoir un sou à lui. Ce père avait tout donné. Il avait donné pendant vingt ans, ses entrailles, son amour ; il avait donné sa fortune en un jour. Le citron bien pressé, ses filles ont laissé le zeste au coin des rues.
Honoré de Balzac, Le Père Goriot (1835) · Lire l'œuvre
Texte B. La dernière page du roman fait assister au mariage de Georges Duroy, devenu baron du Roy, avec Suzanne Walter, à l'église de la Madeleine, et à son triomphe social.
Texte B · Le triomphe de Bel-AmiGuy de Maupassant1850 – 1893
Puis des voix humaines s'élevèrent, passèrent au-dessus des têtes inclinées. Vauri et Landeck, de l'Opéra, chantaient. L'encens répandait une odeur fine de benjoin, et sur l'autel le sacrifice divin s'accomplissait ; l'Homme-Dieu, à l'appel de son prêtre, descendait sur la terre pour contempler le triomphe du baron Georges du Roy.
Bel-Ami, à genoux à côté de Suzanne, avait baissé le front. Il se sentait en ce moment presque croyant, presque religieux, plein de reconnaissance pour la divinité qui l'avait ainsi favorisé, qui le traitait avec ces égards. […]
[Au défilé des invités, Georges reconnaît sa maîtresse, Mme de Marelle ; ils se promettent de se revoir bientôt.]
Il allait lentement, d'un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne. Il ne pensait qu'à lui.
Lorsqu'il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l'enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon.
Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point ; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis par l'éclatant soleil flottait l'image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit.
Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885), excipit · Lire l'œuvre
Texte C. En 1793, le peuple de Vendée se soulève contre le gouvernement révolutionnaire. Le marquis de Lantenac débarque en Bretagne pour prendre la tête des troupes royalistes. Poursuivi par l'armée républicaine, il rencontre le mendiant Tellmarch, homme du peuple qui vit en marge des autres hommes, et qui le cachera.
— Je m'appelle Tellmarch, et l'on m'appelle le Caimand.
— Je sais. Caimand est un mot du pays.
— Qui veut dire mendiant. On me surnomme aussi le Vieux. […] Je n'ai jamais été jeune. Vous l'êtes toujours, vous, monsieur le marquis. Vous avez des jambes de vingt ans, vous escaladez la grande dune ; moi, je commence à ne plus marcher ; au bout d'un quart de lieue je suis las. Nous sommes pourtant du même âge ; mais les riches, ça a sur nous un avantage, c'est que ça mange tous les jours. Manger conserve.
Le mendiant, après un silence, continua :
— Les pauvres, les riches, c'est une terrible affaire. C'est ce qui produit les catastrophes. Du moins, ça me fait cet effet-là. Les pauvres veulent être riches, les riches ne veulent pas être pauvres. Je crois que c'est un peu là le fond. Je ne m'en mêle pas. Les événements sont les événements. […] Tenez, moi, pour un méchant coup de fusil tiré à un chevreuil du roi, j'ai vu pendre un homme qui avait une femme et sept enfants. Il y a à dire des deux côtés.
Il se tut encore, puis ajouta :
— Vous comprenez, je ne sais pas au juste, on va, on vient, il se passe des choses ; moi, je suis là sous les étoiles.
Victor Hugo, Quatrevingt-treize (1874) · Lire l'œuvre
Jules Férat (dessin) et Fortuné Méaulle (gravure), Tellmarch, illustration pour Quatrevingt-treize de Victor Hugo, édition Hugues, vers 1876, Maison de Victor Hugo ✱La nuit, sous les étoiles, le vieux mendiant Tellmarch près du marquis, devant un calvaire.Domaine public · Wikimedia Commons
13Évaluation · 8 novembre 2012
Un héros de l'absurde : Meursault
Albert Camus, L'Étranger (1942) · devoir surveillé de 3 heures
Devoir surveillé de la 1re ES1, lundi 8 novembre 2012, trois heures. Le corpus est formé de trois extraits de L'Étranger, lu en œuvre intégrale la même année. Le roman étant protégé par le droit d'auteur, les extraits ne sont pas reproduits : ils ont été distribués en classe.
Texte
Référence
Résumé
1
Première partie, chapitre I (incipit)
Meursault, employé de bureau à Alger, apprend par un télégramme la mort de sa mère, placée dans un asile à Marengo. Il demande un congé à son patron, prend l'autobus, rencontre le directeur de l'asile. Le récit, à la première personne et au passé composé, enregistre les faits sans exprimer de chagrin.
2
Première partie, chapitre VI (fin)
Revenu seul sur la plage écrasée de soleil, Meursault retrouve l'Arabe qui a blessé son ami Raymond. Aveuglé par la lumière et la sueur, il serre le revolver de Raymond et tire, puis tire encore quatre fois sur le corps inerte.
3
Deuxième partie, dernier chapitre (le sujet indique chapitre VI) [à vérifier]
Condamné à mort, Meursault reçoit l'aumônier de la prison. Il explose de colère, crie ses certitudes contre celles du prêtre, puis, apaisé, s'ouvre dans la nuit à l'indifférence du monde et se sent heureux.
14Évaluations · Bac blanc et annales
S'entraîner sur des sujets complets
Baccalauréat blanc du Microlycée 93 (2011) ; sujet du baccalauréat 2008
1. Baccalauréat blanc, 1re ES et L, Microlycée 93 (printemps 2011)
Objet d'étude : « Le roman et ses personnages : visions de l'homme et du monde ». Le corpus étudie la description des lieux.
Texte
Œuvre
Le passage
A
Balzac, Illusions perdues, « Un grand homme de province à Paris » (1843)
Le journaliste Lousteau fait découvrir à Lucien de Rubempré, jeune poète venu d'Angoulême, les coulisses du Panorama-Dramatique : décors horribles vus de près, acteurs plâtrés, « une vraie cuisine ».
B
Zola, L'Œuvre (1886)
Le peintre Claude Lantier, après le refus de son troisième tableau, refait avec Christine leur ancienne promenade le long des quais de la Seine ; le coucher de soleil sur Paris ne leur apporte qu'une mélancolie invincible.
C
Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique (1950), début de la deuxième partie
Description satirique du « haut quartier » blanc d'une grande ville coloniale d'Indochine, aux rues immenses et propres. Texte distribué en classe (œuvre sous droits).
D
Isabelle Jarry, Le Jardin Yamata (1999)
Au Japon, la narratrice retrouve dans un jardin de Kyoto le vieux jardinier qui contemple le paysage. Texte distribué en classe (œuvre sous droits).
2. Sujet du baccalauréat 2008 : le roman et ses personnages
Texte
Œuvre
Le passage
A
Balzac, Illusions perdues, deuxième partie (1836-1843)
Lors de sa première soirée au théâtre à Paris, Lucien trouve démodée la toilette de Mme de Bargeton, tandis qu'elle-même le juge ridicule dans ses vêtements de province.
B
Flaubert, Bouvard et Pécuchet, chapitre VII (1881)
Après l'échec de toutes leurs entreprises, les deux amis vivent dans l'ennui de la campagne normande, sous un ciel blanc.
C
Maupassant, Une vie, chapitre XIV (1883)
Dernière page du roman, reproduite ci-dessous.
D
Huysmans, Là-bas, chapitre XIX (1891 ; le sujet indique 1884) [à vérifier]
L'écrivain Durtal accompagne en fiacre, dans des rues désertes et mal éclairées, Mme Chantelouve, silencieuse et angoissée.
Texte C. Jeanne, jeune fille noble, sort du couvent à dix-sept ans et épouse l'homme de son cœur, qui se révèle brutal et avare et la trompe très vite. Elle va de déception en déception. Elle ne trouve réconfort et espoir qu'à la toute fin du roman, en acceptant de prendre soin de sa petite-fille, laissée par ses parents.
Texte C · « La vie, voyez-vous… »Guy de Maupassant1850 – 1893
Le soleil baissait vers l'horizon, inondant de clarté les plaines verdoyantes, tachées de place en place par l'or des colzas en fleur, et par le sang des coquelicots. Une quiétude infinie planait sur la terre tranquille où germaient les sèves. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue pour exciter son cheval.
Et Jeanne regardait droit devant elle en l'air, dans le ciel que coupait, comme des fusées, le vol cintré des hirondelles. Et soudain une tiédeur douce, une chaleur de vie traversant ses robes, gagna ses jambes, pénétra sa chair ; c'était la chaleur du petit être qui dormait sur ses genoux.
Alors une émotion infinie l'envahit. Elle découvrit brusquement la figure de l'enfant qu'elle n'avait pas encore vue : la fille de son fils. Et comme la frêle créature, frappée par la lumière vive, ouvrait ses yeux bleus en remuant la bouche, Jeanne se mit à l'embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, la criblant de baisers.
Mais Rosalie, contente et bourrue, l'arrêta. « Voyons, voyons, madame Jeanne, finissez ; vous allez la faire crier. »
Puis elle ajouta, répondant sans doute à sa propre pensée : « La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit. »
Guy de Maupassant, Une vie (1883), chapitre XIV, excipit · Lire l'œuvre
15Bilan
Du héros épique au héros problématique ✱
Ce que la séquence a montré
✱
Personnage
Ce qui le définit
Le regard du narrateur
Ulysse, Tristan
Ses exploits, sa force surhumaine
Admiration, célébration épique
Gavroche
Son courage d'enfant du peuple
Héroïsation et pathétique
Fabrice, Frédéric
Leurs sensations, leur passivité dans l'Histoire
Ironie complice ou distance critique
Emma, Jeanne, Indiana
Leurs rêves déçus, leur ennui
Point de vue interne, paysage-miroir
Rastignac, Bel-Ami
Leur ambition, leur réussite sociale
Satire d'une société sans morale
Meursault
Son étrangeté, son indifférence
Narrateur-personnage opaque
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
le roman expérimental : le roman comme une expérience scientifique
l'hérédité et le milieu : ce qui détermine les personnages
une tranche de vie : un morceau de réel montré tel quel
Références culturelles
Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, 1865Ce roman sur la double vie d'une servante annonce le naturalisme par son sujet populaire.
Émile Zola, L'Assommoir, 1877Zola peint la déchéance d'une blanchisseuse dans le milieu ouvrier parisien.
Émile Zola, Le Roman expérimental, 1880Zola y théorise le naturalisme : le romancier observe ses personnages comme un savant.
Émile Zola, La Bête humaine, 1890Zola étudie l'hérédité criminelle de Jacques Lantier dans l'univers du chemin de fer.
AaLes mots du récit
Les notions de la séquence, pour le commentaire et la dissertation
HHéros
Demi-dieu ou être d'exception par ses exploits ; par extension, personnage principal d'une œuvre.
AAntihéros
Personnage principal sans qualités héroïques : lâche, passif, médiocre ou cupide.
PPersonnage éponyme
Personnage qui donne son nom au titre de l'œuvre (Madame Bovary, Bel-Ami).
CCaractérisation
Ensemble des moyens qui font exister un personnage : explicite (état civil, portrait, analyse) ou implicite (nom, actes, paroles, objets, lieux, regard des autres).
TType
Personnage qui « résume en lui-même les traits caractéristiques de tous ceux qui lui ressemblent » (Balzac).
FFocalisation zéro
Le narrateur omniscient connaît le passé et les pensées de tous les personnages.
FFocalisation interne
Le récit adopte le point de vue d'un personnage, dont il respecte les limites.
MModèle actantiel
Les six fonctions du récit : sujet, objet, destinateur, destinataire, adjuvant, opposant.
EExcipit
Dernières lignes d'un roman (l'excipit du Père Goriot, de Bel-Ami, d'Une vie).
✱
IIncipit
Premières lignes d'un roman.
NNarrateur-personnage
Narrateur qui raconte à la première personne une histoire dont il est un personnage.
MMonologue intérieur
Pensées d'un personnage rapportées sans intermédiaire, comme il se les dit à lui-même.
DDiscours indirect libre
Paroles ou pensées rapportées sans verbe introducteur ni subordination, mêlées au récit.
RRegistres épique et pathétique
Le premier amplifie et célèbre des exploits ; le second fait naître la pitié.
TTopos
Scène ou motif traditionnel, repris d'œuvre en œuvre (la première rencontre).
Sources : documents de la séquence « Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours » (Google Drive d'Etienne Buraud, dossier 1re / Roman et biographique, Microlycée 93 et clés USB 2009-2012) : cours et corpus d'approche « Le personnage de roman » (2008, cours repris en partie d'un site pédagogique en ligne et reformulé ici) ; sujet du baccalauréat 2008 ; évaluation de fin de séquence 1re L (3 décembre 2009) ; baccalauréat blanc du Microlycée 93 (2011) ; cours d'introduction, corpus n° 1 « Héros et héroïsme » et son corrigé, corpus n° 2 et son corrigé, groupement « L'ennui au féminin », sujets d'invention, baccalauréat blanc de février 2012 (2011-2012) ; corpus Homère, Rabelais, Hugo et questionnaire guidé sur Gavroche (Microlycée 93, 2012-2013) ; DST de la 1re ES1 et corrigé de la question de corpus (8 novembre 2012) ; plan du commentaire de Belle du Seigneur (2012) ; baccalauréat blanc de novembre 2013 et correction du sujet d'invention ; document « Les Rougon-Macquart » (2012). La partie du cours d'introduction copiée de Wikipédia (archétypes de personnages) n'a pas été reprise. Les textes 3 et 4 sont reconstitués par OCR. Ajouts pour ce manuel, signalés par la pastille : encadrés « L'auteur », « À retenir », questions de comparaison sur l'ennui au féminin, bilan, une partie du mémento. Les auteurs sous droits (Camus, Céline, Aragon, Cohen, Duras, Jarry) ne sont cités qu'en référence.
16IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Héros ou antihéros ? Le procès de Fabrice
En classe30 min
Objectif. Appliquer les notions de héros et d'antihéros au corpus sur le héros dans l'Histoire (Stendhal, Flaubert, Hugo).
Relis l'« À retenir : l'antihéros » et l'extrait de La Chartreuse de Parme (« Notre héros était fort peu héros »).
Le professeur demande à l'IA de soutenir que Fabrice est un vrai héros.
Par groupes, réfutez avec des indices du texte : ce que Fabrice voit, comprend, subit.
Comparez avec Gavroche (Les Misérables) : pourquoi Hugo, lui, garde-t-il un héros épique ?
À écrire à l'IA
Défends en huit lignes la thèse suivante : « Dans La Chartreuse de Parme de Stendhal (1839, chapitre 3), Fabrice à Waterloo est un véritable héros épique. » Ensuite, attends nos arguments tirés du texte et dis-nous s'ils te font changer d'avis.
Garde ton esprit critique. Vérifiez que l'IA ne raconte pas des épisodes de Waterloo qui ne sont pas dans l'extrait. Une bonne réfutation cite le narrateur lui-même, qui commente son personnage.
2
Le monologue intérieur de Frédéric
À la maison40 min
Objectif. Réussir le sujet d'invention sur la dernière rencontre de Frédéric et de Mme Arnoux (L'Éducation sentimentale, III, 6).
Relis l'extrait « Et ce fut tout » et le sujet d'invention.
Écris toi-même le monologue intérieur de Frédéric, fidèle aux faits du texte.
Demande à l'IA de vérifier la fidélité au texte et le respect de la forme du monologue intérieur.
Note les remarques que tu acceptes et celles que tu refuses, avec une raison.
À écrire à l'IA
Voici mon monologue intérieur de Frédéric Moreau lors de sa dernière rencontre avec Mme Arnoux, dans L'Éducation sentimentale de Flaubert (troisième partie, chapitre VI) : [colle ton texte]. Vérifie : la première personne, le présent ou le discours indirect libre, la fidélité aux faits du roman, l'expression des sentiments. Signale les problèmes sans réécrire mon texte.
Garde ton esprit critique. L'IA peut te reprocher à tort un détail parce qu'elle connaît mal la scène. Reviens toujours à l'extrait du manuel pour trancher.
3
Le nom du personnage dit-il tout ?
En classe ou à la maison20 min
Objectif. Analyser la désignation des personnages (séance 5) et vérifier les interprétations de l'IA.
Relis l'exercice sur les noms de personnages (Sylvestre Bonnard, Georges Duroy, Solal, Hauteclaire).
Propose d'abord ta propre interprétation de chaque nom.
Demande ensuite les siennes à l'IA.
Vérifie les œuvres et les auteurs qu'elle associe à chaque nom.
À écrire à l'IA
Que peut-on attendre d'un personnage de roman nommé Sylvestre Bonnard, Georges Duroy, Solal ou Hauteclaire ? Analyse ce que chaque nom suggère (sons, sens, connotations). Dis de quel roman vient chaque personnage et écris « à vérifier » si tu n'es pas certain.
Garde ton esprit critique. L'IA peut se tromper d'œuvre ou d'auteur pour un personnage. Vérifie avec le manuel ou un dictionnaire des œuvres avant de recopier.
4
Zola : l'IA lit-elle la préface comme toi ?
À la maison25 min
Objectif. Comprendre l'idée d'hérédité et de milieu dans la préface de La Fortune des Rougon (1871).
Relis la préface et l'extrait de Germinal (« Le puits avalait des hommes »).
Résume toi-même la préface en trois phrases.
Demande ensuite à l'IA un résumé et un exemple tiré de Germinal.
Compare et explique ce que l'IA simplifie dans la notion de déterminisme.
À écrire à l'IA
Résume en trois phrases l'idée principale de la préface de La Fortune des Rougon d'Émile Zola (1871) sur l'hérédité et le milieu. Puis montre comment l'incipit de Germinal (le puits qui « avalait des hommes ») illustre cette idée. Ne cite que des passages dont tu es sûr.
Garde ton esprit critique. Contrôle les citations dans le manuel. Vérifie aussi que l'IA n'oublie pas que Zola parle d'une « histoire naturelle et sociale » : le milieu compte autant que l'hérédité.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
6 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
06
Trois héros face à l'épreuveFixer le vocabulaire du héros, analyser le récit épique du combat de Tristan, puis rédiger une question de corpus comparative. Travail individuel ; étape 3 en…
07
Gavroche, un héros du peupleMener, avec les questions du questionnaire guidé, une lecture analytique de la mort de Gavroche (jeu, mort, héroïsation), puis réinvestir les procédés épiques…
08
Des héros peu héroïquesLire deux scènes de bataille du roman réaliste, répondre aux questions du cours sur le corpus n° 2, analyser l'ironie du narrateur, puis récrire un passage sur…
09
Un nom, un objet, une voixS'approprier le cours sur la caractérisation (explicite et implicite) en travaillant les noms de personnages, puis deux procédés de Flaubert : le portrait par…
10
Deux ambitieux sur les hauteursLire la position du personnage dans l'espace comme le signe de son ambition, puis appliquer le modèle actantiel à l'excipit du Père Goriot et comparer les deux…
11
Trois héroïnes qui s'ennuientComparer trois héroïnes mal mariées : leur situation, le paysage qui reflète leur état d'âme, le discours rapporté et les images de l'ennui ; réinvestir ces…